Rois égyptiens el rois Ilyksos
A la faveur de ces désordres intérieurs, l'infiltration asiatique s'est développée sans reaction, et a couvert tout le Delta oriental. En un demisiècle ou plus, elle a amené en Egypte plusieurs milliers d'Orientaux. Les chefs de tribus {/iù]02i-/mit) sont devenus de puissants seigneurs, rivalisant en richesse et en magnificence avec leurs voisins, les roitelets égyptiens. De là à l'usurpation du pouvoir suprême, il n'y avait qu'un pas à faire, et on comprend qu'ils le firent « facilement et sans combat >. selon l'aveu de Manéthon ('). Fallut-il pour cela enchaîner quelques-uns des princes plus redoutes .' C'est de l'histoire de tous les temps.
Manéthon nomme six rois H^-ksos, Salitis, Béon (ou Benon), Apachnan, Apophis, lannas, Assis (ou Aseth) ('). Puis, dans le résumé conservé par l'Africain, vient une autre d}^nastie (la XVII°) où régnent simultanément 43 Pasteurs et 43 Thébains. Les chiffres donnés pour ces règnes dépassent les 900 ans, ce qui prouve qu'ils ne méritent aucune créance, pas plus que le nombre des rois. En fait, quels furent les pharaons Hyksos, quel fut leur nombre, quelle fut la durée de leur empire.' Les documents historiques ne le disent pas.
D'après le texte manéthonien, k- fondateur, Salitis, créa une nouvelle capitale, à Avaris. Et ce détail conforme à la réalité prouve que la source de l'historien n'était pas sans valeur. Selon les plus grandes probabilités, Avaris était située à l'embouchure de la branche bubastique du Nil, à l'endroit même où plus tard, Ramsès II édifia sa merveilleuse résidence, Pi-Ramessé le-Gyand-e?ivictoires, et où s'éleva la fameuse Péluse- Nul emplacement ne convenait mieux, car c'était à la fois la porte de l'Egypte et la porte de l'Orient (^).
Les noms de Salitis, Beon (ou Benon), Apachnan, Assis (ou Aseth) ne sont pas connus des textes égyptiens et se refusent à toute identification. Par contre, les monuments nous révèlent au moins trois Apophis 'Aa-ousir-ra Apopi (]ui fit graver son cartouche sur un linteau de calcaire
{'; Il ressort du récit de .Manéthon, cité plus haut, que les Hyksos n'arrivèrent au pouvoir qu'après un long séjour en Egypte. C'est après l'invasion (\\x'enfin (jiépoç) ils font roi l'un d'eux.
(') Sur les noms de ces rois, voir quelques tentatives d'explication assez aventurées dans R. Eisler, Die Kenitischen Weihinschriften der Hyksoszeit, 1919, p. 142-143.
(3) Avaris, hat w'arit, < maison de la fuite » , est une allusion au mythe ancien de Set et d'Horus. Set, meurtrier du juste Osiris, poursuivi par le fils de celui-ci, Horus, s'enfuit en Orient. Les deux adversaires arrivent cependant à un compromis. Set garde la Basse Egypte et Horus se contente de la Haute Egypte. Quand un grand pharaon réussit à unifier les deux pays sous le même sceptre les deux dieux sont figurés sur son trône avec le symbole de l'union (voir plus haut).
On voit pourquoi Avaris vouait un culte spécial à Set (ou Setekh) et l'on trouve étrange que les Thébains aient fait un grief aux Hyksos des honneurs qu'ils rendaient à ce très ancien dieu du pays.
Sur la position d'Avaris, voir A. Gardiner, The defeat of the Hyksos by Kaniose dans \e Joitrn. of eg. arch. III, 1916, p. 99-101. Une tablette d'Edfou dit d'un officier: ayant fait sa limite Nord à Avaris et sa /imite Sud à Kotish. Avaris était donc à l'extrémité Nord de l'Egypte. C'est ce qui ressort aussi du texte de .Manéthon cité plus haut.
58 /r. Les conditions politiques en Egypte du Moyen au Nouvel Empire
à Gebelein ('), Nib-Khopesh (?)-ra Apopi, celui qui avait pour ministre rOriental Néhémen (p. 36), et Aaqnen-ra Apopi qui usurpa les statues du Mirmasha de Tanis (^). Les noms, les monuments de ces rois sont strictement ég3'ptiens et ne trahissent rien d'étranger. Aussi en a-t on conclu qu'ils n'étaient pas H3'ksos mais de vrais Egyptiens ('). Cette assertion est sans fondement ferme puisque l'on sait que les Asiatiques, avec leur étonnante facilité d'adaptation — (ju'ils ont gardée jusqu'à nos jours — s'étaient admirablement assimilé la civilisation de leur nouvelle patrie.
En outre, le papyrus SaHier I qui raconte le début des hostilités, entre le Sud et le Nord, met en opposition Seqnenra, prince de Thèbes, et Apophis, prince d'Avaris. ville des Asiatiques. Et ce Secjnenra est le père du pharaon Ahmosis qui triompha définitivement des étrangers. Apophis d'Avaris est donc un des derniers rois H3-ksos. sinon tout à fait le dernier.
Le papyrus Sallier I dit de lui qu'il se prit Setekh pour dieu et qu'?'/ lui construisit jui temple en beau et éternel travail près de son palais {*). Rapprochons de ce texte l'inscription hiéroglyphique de la table d'offrande du musée du Caire: LHorus SeJwteptooni, le dieu don Aaqnenra a fait ce monument à son père (Set), seigneur d'Avaris, parce qu'il a mis tous les pavs sous ses sandales, et le protocole gravé sur la statue du Mirmasha de Tanis: le dieu bon Aaqnenra, fils de Ra. Apopi, do7tc de :'ie, aimé de Set {").
C'est de part et d'autre le même culte de Set, seigneur d'Avaris. L' Apophis du papyrus n'est donc autre que Aaqnenra Apopi des monuments ('"').
Nous sommes ainsi ramenés à trois Apophis (jui ont pu être séparés par plusieurs règnes intermédiaires puisque Manéthon en met un au.\ débuts de la domination étrangère C).
Après cet Apophis vient un lannas dans lequel on reconnaît Sousiren-ra Khian des scarabées et des monuments (voir plus haut). C'est peut-être avec ce roi que l'empire Hx'ksos atteignit son apogée. On a trouvé son nom gravé sur un petit lion en basalte (jui était dans le commerce à Bagdad, sur un couvercle d'albâtre à Knossos. en Crête, et
^') Cet Apophis est connu aussi par plusieurs scarabées, NEwnKKKV. Scar. 1 (uii fort beau cachet « hyksos » avec monture); XXIII, 30-35; XXIV, 35.
(■-) Weili-, La fin du Moyen Empire, p. 167-177.
(•') VVeill, toc. cit., contre presque tous les ég>-ptolog:nes.
(') Journ. of eg. arck. V, p. AO.
(^) VVeill, Z.(z /î« du Afoyett Empire, 168-17U.
(") C'était depuis longtemps l'opinion de Maspero. Hist. Ane. 190,ô, p. 209. — Mkver pense de même. Hist. de t'Anl. 11, 3,i8.
(') Avec .Maspero, Hist. Ane. 1905, p. 209, on peut les classer ainsi : 1. Nib-Khopesh (?)ra Apopi, celui du poignard, après Apachnan ; 2. Aa-ousir-ra Apopi, après Khyan, à une distance plus ou moins grande; 3. Aaq-nen-ra Apopi, verslafin.au temps de Seq-nen r,i de Thèbes.