Soccoth et Etham
Soccoth n2D a été identifié avec Thékou, nom égyptien de la ville
ancienne située à Tell el-Maskhouta. Pure hypothèse, de consistance assez
faible. La worpholosie ne s’en accommode pas sans peine (‘). Il y a correspondance pour les deux premières lettres (- / égyptien a passé souvent à s grec, ex. 72 6-ntr — Sebennrtos, T1—= Sie). Reste à expliquer le redoublement et la terminaison longue (*). On fait appel à une déformation populaire au mot hébreu sx£kof « les tentes ». C’est possible; il faut remarquer pourtant que l'auteur sacré se pique de science et que dans un récit nettement historique, il prétend bien donner les vrais noms anciens.
Du point de vue géographique, si l'identification était prouvée et admise, il n y aurait aucune difficulté à fixer à Thékou le premier campement d'Israël. Nous l'avons dit plus haut, les Hébreux s'étaient répandus le long du bras pélusiaque du Nil, de Pi-Ramessé jusque vers les plaines de Bubaste. Pour beaucoup d’entr'eux, Thékou était sur le chemin de la Mer Rouge; pour les autres, il exigeait un léger détour. L'étape nous semble un peu longue: 70 kilomètres de Tell Farama à Tell el-Maskhouta. Mais, on la remarqué depuis longtemps, étape n’est pas synonyme de journée. Les Fébreux marchaïent de jour et de nuit (Ex. 13, 21), c'était le printemps, les grosses chaleurs n'alourdissaient pas encore les membres, et la joie de la liberté conquise doublait les forces. |
Pour passer d'une hypothèse à l’autre, pourquoi Soccoth ne serait-il pas le pluriel hébreu « les tentes » ? C'était la première fois que les Israélites se reposaient sous ce genre d'abri, loin des oppresseurs. À peine libérés, eurent-ils la hardiesse de s'installer près d’une ville égyptienne ? D'autant que Thékou était place forte puisqu'il y avait un #4%efem « forteresse ». Est-il invraisemblable qu'ils aient fixé leur premier campement dans un endroit isolé — que nous ignorons, — et que dans leurs souvenirs le nom de Soccoth « les tentes » y soit resté attaché ?
Etham, le second campement, est encore plus fuyant. On a rapproché ce mot d'Æ£dom DIS (Gen. 25, 30; 32, 4; Ex. 15, 15) dont il est question
dans le rapport de l'officier au temps de Ménephtah (p. 34) (°). Mais il
() GARDINER, 7%e Della residence, p. 266, note 1.
() Dans certains ouvrages modernes, on voit le mot transcrit Thekut, Thekout, C’est erroné. Le / final qui paraît dans certaines variantes de l’époque ptolémaïque, en particulier sur la stèle de Ptolémée Philadelphe (lign. 13. 14) n’était pas phonétique. Avec les noms de ville ou de localité, cette lettre avait fini par devenir un simple déterminatif. La preuve s’en tire de la stèle de Ptolémée Philadelphe elle-même qui emploie ce / final après Pi-Toum (lign. 13). Dans les textes anciens, dans les belles inscriptions de Ramsès II, le mot est toujours écrit Thekou (7%). Nous ignorons d’ailleurs quelle était sa prononciation.
(5) NaAviLLe, Sfore-city of Pithom, p. 28-29. D’après Naville, Etham, Adwma « Edom », serait le désert qui commence au lac Timsah et s’étend au Sud vers la Mer Rouge. Pour cette identification, il s'appuie: 1. sur la Bible (Num. 33, 8) qui dit qu'après avoir passé la Mer Rouge, les Hébreux marchèrent trois jours dans «le désert d’Etham ». Mais dans l’Exode (15, 22), c’est « le désert de $our », et /es Nombres semblent se référer simplement à l’Exode (13, 20), « Etham, à l’extrémité du désert »; 2. sur le déterminatif du mot Aduma dans le texte égyptien cité plus haut; Naville traduit: «tribus de Shasou du pays d’Edom ».
166 X, Route de l'exode
s’agit là d’une tribu d'Edom qui arrive de loin pour demander l'hospitalité à Pharaon. Aucun document ne rattache ce nom à un point quelconque de l’isthme (‘). Un autre rapprochement moins heureux nous met en face de Æ£hetem « forteresse » (*). Mais ce mot est le radical sémitique anñ ps
« sceller. fermer », et, dans un auteur oriental, rien n'expliquerait sa défor-
mation en DNN. En outre, du point de vue géographique, l'identification ne
cadre pas avec le récit biblique. Il y avait un #/e/em à Thékou () et un autre
à Thel (Sile) (“). Manifestement aucun de ces deux endroits ne peut marquer.
le second campement d'Israël.
Fig. 46. Les palmiers d'Egypte.
Mais le déterminatif employé s’appliquait aussi bien aux peuples étrangers qu'aux pays étrangers. En outre, le texte ne laisse nullement supposer qu’Edom était tout près du lac Timsah. Les tribus venaient de heaucoup plus loin. Qu’auraient-elles fait dans ce désert ?
(1) Max MüLLER propose de chercher Etham dans le nom du dieu égyptien Atoum qui avait un temple à Thékou (Æncyclopaedia Biblica). Cette proposition n’a pas trouvé d’écho. Au reste, l'identification entrevue ne nous serait d'aucun secours pour localiser le second campement des Hébreux.
(2) CLéDAT, Nofes sur l’isthme dans le Pull. de l’Inst. fr. 16, p. 214.
(5) Deux documents : un du temps de Séti I, le texte sur les esclaves fugitifs (voir p. 169), un autre du temps de Ménephtah, le rapport de l'officier sur les tribus d’Edom (p. 32).
(#) Bas-relief de Karnak représentant Séti I revenant d’Asie (voir p. 153). Au même document on lit au sujet de cette campagne: 4» 1 du Roi Menmaaré, La dévastation faite par le bras puissant de Pharaon à travers les misérables du pays des Shasou, à partir du Khetem de Thel jusqu’en Canaan. Clédat a déblayé à Thel (Zarou) une ancienne forteresse qui est peut-être celle de Séti. Elle était au Sud de la ville, au bord du lac. Elle avait 200
mètres de côté. Elle était construite en briques crues. {Pour la conquête de l’ Egypte dans le Bulletin de l’Inst. fr., 16, p. 191).