Les Admonitions d’un sage égyptien
On a appelé de ce nom une composition littéraire conservée dans un papyrus très mutilé et dans laquelle on a cru reconnaître des avertissements ou des conseils donnés par un sage à un pharaon. Le nom du sage est probablement [pouwer; la lecture des signes est un peu indécise. Pha:-
(4) GARDINER, 7he Admonitions of an Egyptlian Sage, Leipzig 1909. Texte, traduction et commentaire. Papyrus Leiden 344 recto. Le verso contient des hymnes aux dieux. Le papyrus est du Moyen Empire d’après Gardiner.
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2, Les Admonitions d’un sage égyptien
raon devait être nommé dans la partie disparue du papyrus. C'était, sans doute, un Amenemhat ou un Sésostris.
Pris à part, ce texte n'est qu'un recueil de phrases sans suite. Etudié à la lumière du papyrus précédent (discours de Neferrohou), il s'explique et prend quelque unité. Nous avons là deux discours semblables. Ici, le début manque, mais le manuscrit de Pétrograde nous laisse entendre ce qu'il était. Le roi est dans son salon, il appelle ses conseillers et leur demande de lui trouver un sage. Ils lui indiquent [pouwer. scribe renommé. Celui-ci entre et répond au roi. C’est par cette réponse que débute le présent papyrus.
Le discours lui-même comporte deux parties: désolation générale dans le pays et restauration de toute chose. Le but manifeste de l’orateur est de faire l'éloge du roi qui a rétabli l'ordre. Ce roi est un des successeurs d'Amenembhat I.
Voici quelques phrases de ce discours tout haché de coupures. Les Asiatiques y sont nommés dans les deux états, dans l'état de misère et dans l'état de prospérité.
LESDISCOURS.
1° partie, DÉSOLATION.
Les Égyptiens sont en guerre ef tout le pays est en armes.
On va au labour avec le bouclier …
Un homme regarde son fils comme son ennemr.….
Un homme lue son frère.
Le malheur est dans le pars, le sang est partout.
L'enfant d'une femme noble devient le fils de sa servante. Le Delta envahi par les Asiatiques:
Le désert est dans le pays, les champs sont ruines.
Les Pédouins sont venus de loin en Egrpte…
Le « Pays des marais » (Della) tout entier n'est pas couvert.
La Passe Egypte péut se vanter de chemins battus. *
Les Asiatiques sont habiles dans Les travaux du + pays des marars ».
Les Pédouins sont devenus comme des habitants d'Egypte en tout lieu. Phrases détachées et décousues, mais qui caractérisent bien l'infiltra-
tion asiatique dans les riches plaines du Delta oriental.
2*° partie, RESTAURATION.
Naturellement elle est attribuée au roi:
12 apporte la fraicheur à ce qui était chaud. On dit: c'est le pasteur des hommes.
{2 n'y à pas de mal en son cœur.
S2 ses troupeaux sont peu nombreux, il passe le jour à les réunir ensemble. La flamme est dans les cœurs.
26 IT. Pénétration asiatique en Egypte - 5 e
Et plus loin, il parle de la suppression des maux, de la destruction
dos dommages, d'un retour à la prospérité :
V’oict qui est bien, les mains des hommes construisent des pyramides. Des
étangs sont creusés. On fait des plantations d'arûres aux dieux. Dans les lambeaux de phrases qui restent, il n’est pas dit expressé-
ment que les Asiatiques ont été chassés, mais le texte complet devait con-.
tenir cet éloge inévitable du pharaon. Âu reste, voici une phrase qui ne peut s'expliquer que dans ce sens:
ÎU yésulle de là que les Astatiques connaissent la condition du pays,
et que les Bédouins sont sous sa crainte.
Cette phrase est composée de deux membres parallèles qui se correspondent terme à terme: Asiatiques — Bédouins, condition du pays — sa crainte. Le second membre est clair, {es Bédouins sont sous sa crainte, is ont donc été expulsés ou bien ils se sont soumis. Le premier membre, en vertu du parallélisme poétique, a un sens analogue, /s Asiatiques connarssent la condition du pays, c'est-à-dire, la puissance du pays.
Ainsi, comme Neferrohou, Ipouwer termine son discours en félicitant le roi d’avoir libéré le Delta oriental de Finvasion progressive des Orientaux.
4, Instruction du roi Akhthoiïi à son fils Mérikéré.
Nous avons décrit plus haut (p. 21) le manuscrit qui nous a conservé cette composition littéraire (*). En voici le titre Egyptien:
Instruction que le roi de la Haute et de la Basse Egypte| Akhthot| fit pour son fils Mérikéré (). Dans la forme qui nous est parvenue, cette instruction
est d'un auteur du Moyen Empire, ce qui ressort avec évidence de la com-
paraison avec plusieurs autres compositions du même genre (°). Pourquoi l’auteur aux belles phrases l'attribue-t-il à un pharaon hérakléopolitain ? On ne saurait dire que c'est uniquement pour lui donner plus d'autorité. Il aurait choisi un nom plus glorieux. Il est raisonnable d'admettre que le scribe
du moyen Empire avait entre les mains un recueil succinct de conseils au
(t) Musée de l’Ermitage Impérial de St Pétersbourg, Pap. 1116 À. On connaît trois
copies de ce texte, le papyrus de Pétrograde, le plus complet, des fragments d’une autre copie à Moscou, et quelques passages sur une planchette du musée du Caire.
(2) Une lacune a fait disparaître le nom du roi. Il est heureusement nommé plus loin. C’est un membre de la famille hérakléopolitaine (IX° et Xe dynastie), un Akhthoi ou Khety, grec ”’Aydons. Son fils Mérikéré est connu par une inscription dans un tombeau à Assiout, où on décrit ses guerres contre les ennemis du Sud, GRIFFITH, 7 he inscriptions of Siut and Dér:RTeh,; Di 1.
(3) Quelques exemples: « Instruction du vizir Phtahotep », la première connue et si souvent publiée sous différents titres: Maximes de Phtahotep, etc. Ce Phtahotep était un vizir du roi Assa de la Ve dynastie. C’est à lui qu’on attribue ces maximes dont la rédaction classique est du Moyen Empire. « Instruction de Dawef à son fils Akhthoy », conseils d’un père à son fils en le mettant à l’école chez les scribes, « Instruction du roi Amenembhat à son fils » (papyrus Sallier), sorte de testament politique du fondateur de la XIIe dynastie. Ces ouvrages étaient regardés comme classiques.
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4, Instruction du roi Akhthoi à son fils Mérikéré 27
nom du roi Akhthoi et qu'il s’en est servi pour composer un discours au goût de son époque éprise de beau style.
Le texte, ici, est encore plus mutilé que dans les manuscrits précédents. Il est difficile d'y trouver un peu d'unité. Le discours est mis sur
les lèvres d’un roi instruisant son fils. Les conseils qu'il donne sont empreints de sagesse et ne pouvaient manquer de former un excellent prince: imiter les modèles parmi les anciens, prévoir l'avenir, agir avec justice, se rappeler le jour du jugement, reconnaître le mérite de tous, accomplir ses devoirs religieux, respecter les institutions religieuses, construire des monuments, défendre la patrie.
Le royal précepteur parle ensuite des guerres qu'il a conduites contre les ennemis du pays, les Nubiens au Sud, les Libyens au Nord-Ouest, les Asiatiques au Nord-Est. Tous ont été vaincus.
Il exhorte son fils à être actif, industrieux, il lui montre ses responsabilités, il l'excite à la piété envers Dieu: les hommes passent, Dieu, invisible lui-même, voit tout ce qu'on fait sur terre. Il récompense ceux qui travaillent pour lui. Dieu est le Créateur de toute chose ({).
Il conclut en pressant son fils de tenir compte de ses conseils : l’ozc? que je l'art révélé le meilleur de mes pensées. Etablis-les fermement devant toi.