‹ Les hébreux en EgypteChapitre 93 sur 149 · Les origines · texte numérisé non relu

Les origines

Elles sont indiquées dans le passage de l'Exode que nous venons de citer (1, 8-10). Le passage est suggestif et demande réflexion. Il ne serait pas prudent de trop appuyer sur les conditions politiques de l'Egypte qu'il serôle révéler. La Bible est l'histoire du peuple de Dieu, non des peuples païens parmi lesquels il eut à vivre. Dans la pensée de l’auteur, les paroles zouveau rot qui n'avait pas connu Joseph, ont simplement pcur but d'annoncer un changement de conduite à l'égard des Hébreux. Elles veulent dire que si ce roi avait eu connaissance des précieux services rendus par Joseph à l'Egypte, il n'aurait pas songé à écraser les enfants de sa famille. Elles ne signifient pas que ses prédécesseurs immédiats avaient connu Joseph. Elles peuvent donc s'appliquer à n'importe quel pharaon de la XVII ou de la XIX° dynast e, à Ahmosis, le vainqueur des Hyksos comme à un de ses successeurs.

Le discours du roi est également composé, non pour l'histoire égyptienne, mais en vue des Hébreux et en fonction des récits qui vont suivre et que l’auteur prévoit. Ainsi il parle déjà du grand événement vers lequel tout va converger, la sortie d'Egypte. Pharaon avait-il si tôt quelque soupçon de ce denouement lointain qui ne se produira qu'après plusieurs règnes ? Les intéressés eux-mêmes n'y pensaient pas alors, bien que le retour au pays des ancêtres leur eût été clairement prédit (Gen. 50, 24-25). Pourquoi y auraient-ils pensé? Ils étaient si bien en Egypte. Et c'est précisément pour les détacher des délices de l'Egypte que la Providence va leur ménager une longue persécution. Sans le savoir, Pharaon travaillera contre lui-même et pour accomplir les desseins de Dieu. Par sa dureté et sa cruauté, il inspirera aux Israélites le désir de sortir enfin de ce pays d'esclavage, et quand, de par Dieu, Moïse leur en donnera l'ordre, ils n'auront pas de peine à obéir (*).

La mention d'une guerre possible et d'ennemis redoutés ne fournit, non plus, aucune indication pour caractériser le pharaon, dans les dynasties qui suivent les Hyksos. Elle a pour but de fournir un prétexte à l'oppression des Hébreux. Les rois thébains du Nouvel Empire furent tous, plus ou moins, en guerre avec les Asiatiques, et la présence d’une tribu puissante dans le Delta oriental devait à tous inspirer quelque défiance. Quelques auteurs ont fait de Ramsès IT l’inaugurateur de la persécution et lui

(4) Une autre raison providentielle de la persécution était de détourner les Israélites de l’idolâtrie égyptienne et de les maintenir dans la religion de leurs pères. Vicouroux, Za Bible et Les déc..mod., 2, 6° éd. 1896, p. 251.

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ont attribué le petit discours rapporté par la Bible (‘). C'est bien à tort, dans tous les cas, et quel que soit le système qu'on adopte. Il suffit dun calcul bien simple pour le démontrer. Moïse avait 80 ans quand il se présenta devant Pharaon — Ménephtah, par hypothèse — (Ex. 7,7). C'était peu de temps après la mort de Ramsès IL Le règne de celui-ci coïncide donc tout entier avec la vie de Moïse. D'autre part, quand Moïse enfant fut exposé sur le Nil, la persécution battait son plein et il y avait longtemps que les Hébreux gémissaient dans la servitude. Donc, au début de la persécution Ramsès IT n'était pas encore né.

Le mirage de Ramsès IT écarté, nous aurons toute liberté pour choisir, parmi ses prédécesseurs, le premier oppresseur d'Israël. Ahmosis ? Aménophis I? Thoutmès I? Thoutmès III? Ramsès I ? Tous ces pharaons guerroyèrent en Syrie. Pour le moment, nous n'avons aucune raison de nous attacher à l’un plutôt qu'à l’autre de ces grands noms, si cé n'est toutefois au premier. Quel est, en effet, le motif allégué pour réduire les Hébreux en esclavage sinon leur accroissement extraordinaire au point d'inquiéter le maître de l'Egypte. Et c'est évidemment le vrai. Nous n'en voyons pas d'autre, et les mesures prises dans la suite contre les trop puissants étrangers n'en laissent pas soupçonner de différent. Or ce motif n'existait-il pas au temps d Ahmosis ? Les Hébreux ne constituaient-ils pas alors le même danger que plus tard ?

I faut pourtant nous garder de chercher trop de logique et trop dunité dans la politique des pharaons. Il convient de compter avec leur arbitraire. Au demeurant, le restaurateur de la monarchie égyptienne ne pouvait tout d'un coup corriger tous les abus, relever toutes les ruines, redresser au sens national toutes les condescendances ou toutes les compromissions des règnes précédents. Il avait peut-être des œuvres plus urgentes à accomplir que de tracasser une tribu de pacifiques pasteurs, répandus sur les frontières de son grand royaume.

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