PALUDISME CONGÉNITAL
Je pense qu’il faut entendre par paludisme congénital la présence d'Hématozoaires dans le sang de l’enfant à sa naissance. Il y a donc deux questions distinctes à envisager et elles ont toujours été confondues par les différents auteurs qui se sont occupés de ce sujet. à
1° Les enfants qui naissent de parents paludiques sont-ils indemnes de toute tare? Non, car toutes les observations citées par Boucaur et par Leroux tendent à démontrer le contraire. Grissincer cite aussi les faits suivants : « PLayrai rapporte l’observation d’une femme qui, pendant sa première grossesse, était atteinte tous les quinze jours d’accès répétés de fièvre intermittente; l’enfant, à la naissance, présentait une rate tellement hypertrophiée que son extrémité inférieure atteignait l’ombilic; l’enfant n’eut point de fièvre jusqu’à l’âge de deux ans, mais il était pâle et maladif. Ducuex a observé un cas tout à fait semblable ; l’enfant, mort peu de temps après la naissance, présentait une tumeur splénique pigmentée et du pigment dans le sang de la veine porte. »
CurarLeoN prétend même que le paludisine de la mère peut amener la mort du fœtus, si elle n’est pas soumise à la médication quinique.
J'ai observé moi-même enltalie, aux environs d’Albanella, de nombreux enfants nés de parents paludiques ; ils avaient tous le teint pâle, un faciès maladif et présentaient une tuméfaction énorme de la rate, qui atteignait parfois le volume du foie. Mais toutes ces observations ne prouvent pas que le paludisme soit congénital, c’est-à-dire que les parasites passent de la mère au fœtus; elles démontrent simplement que les enfants issus de parents toujours affaiblis par une
fièvre qui les mine peu à peu, naissent dans un état d’infériorité organique très grande.
2° Les Hématozoaires peuvent-ils traverser le filtre placentaire et passer du sang de la mère dans celui du fœtus? A part les deux cas de Ben et Bouzran, qui ont trouvé chacun dans le sang d’un nouveau-né les parasites du paludisme, toutes les recherches qui ont été faites dans ce sens par Br- GNAMI, GUARNIERI, Cacant et beaucoup d’autres ont abouti à des résultats négatifs. La question du paludisme congénital n’est donc pas encore absolument tranchée, bien qu’il ne semble pas impossible, au premier abord, qu’un organisme ne mesurant pas plus de 1 x, quand il est jeune, passe à travers le placenta comme les Microbes du charbon symptomatique, de la septicémie, etc., ainsi que l’ont démontré Srraus et CHam- BERLAND. |
R. W. Fezxin (1) a mème été jusqu’à prétendre que le paludisme pouvait être transmis parle père, et il cite deux cas à l’appui de son opinion. Or,. dans l’un de ces cas, la mère était très probablement atteinte de paludisme à l’état latent, car elle habitait une contrée où la maladie était endémique, Dans le second cas, il s'agissait d’une femme alcoolique, ce qui suffisait à expliquer les accidents observés chez l'enfant. D'ailleurs on ne voit pas commentles Hématozoaires seraient transmis du père au fœtus.
D'autres auteurs, parmi lesquels Bou, Taomas et FeLxin, ont admis que le paludisme pouvait aussi être transmis par la lactation, mais aucune des observations citées n’est démonstrative et 1] semble à peu près certain qu’une nourrice atteinte de paludisme ne peut transmettre la maladie à l'enfant qu’elle allaite.
G) RW. Fret, Fœtal malaria, as illustrated by two cases, Zdinburgh med. Journ., p. 1101, 1888-89.