‹ Les hermites en liberté (volume 5)Chapitre 3 sur 27 · UNE SCENE DE LA LIGUE · texte numérisé non relu

UNE SCENE DE LA LIGUE

« BoDiLLE était un simple gentilhomme , » lequel, par vie et vengeance contre le » tyran Chikléric , espia l'occasion , et le » tua vaillamment. T^es histoires louent » son magnanime courage, pour appren- » dre aux tyrans à ne point abuser de » leur puissance envers leurs sujets , » principalement envers les gentilshoni- » mes. Se trouvera-t-il point un Bodille » en France qui venge l'injure faite, non

» à un simple gentilhomme, mais à un )) prince des plus vaillans que jamais la » terre ait porté ( le duc de Guise), par w un plus lâche et plus fainéant quejaw mais ne fut Childéric ( Henri III ) î

» Exhortation de la Sorbonne avant le meurtre » de Henri III.

» Signé , Julien de Moraitne. 17 mars. »

Telles étaient, mon ami, les exhortations infâmes qu'adressaient aux fidèles de ce temps-là les révérends docteurs de Sorbonne. Je venais de feuilleter avec horreur les pages sanglantes des mémoires de la ligue , où se trouve consignée cette épouvantable doctrine du fanatisme , quand , à la fin du deuxième volume de mon édition de 1602, je vis que le relieur avait placé un supplément d'environ quinze pages d'une écriture ancienne et très-fine. Je cherchai vainement à déchiffrer ces caractères du seizième siè-

cIp, embarrassés de jambages, de fleurons^ et obscurcis par des abréviations sans nombre. Après cinq ou six heures de recherches inutiles, je quittai le volume, plus curieux de connaître le sens des pages manuscrites, que satisfait de la lecture de l'ouvrage imprimé, d'ailleurs si riche en matériaux précieux pour l'histoire. Pour peu que j'eusse envie de disserter dans le goût allemand , le lecteur trouverait tout au moins ici une feuille d'impression consacrée à une discussion plus ou moins obscure sur les plaisirs du mystère et la volupté secrète que trouve V intelligence dans la recherche de l'inconnu.

Quoi qu'il en soit, je dois rendre grâce à mon ami Mathieu Laumier qui , longtemps employé aux archives, distingue un T d'un R gothique aussi facilement que le plus habile professeur allemand, A peine mon ami l'archiviste eut-il le livre entre les

mains , qu'il lut presque couramment la scène suivante, écrite sans doute par un témoin des troubles civils de cette époque. Je me contente d'en altérer légèrement le style un peu trop suranné.

u C'était , dit le vieil auteur de ces feuillets manuscrits , dans le couvent des Célestins, qui servait de conciliabule principal aux membres de l'union et à leurs adhérens , c'était dans ce couvent gotbique que se passait la scène que je m'en vais fidèlement et naïvement raconter. 11 y avait au fond de la salle un grand crucifix de bois noir, auquel était appendue une ballebarde qui servait ordinairement , dans les processions de moines armés, au petit père feuillant, l'un des plus ardens prédicateurs que Dieu nous eût fait l'insigne grâce de nous donner. Dans une armoire de la sacristie à demi ouverte on remarquait cinq à six casaques blanches , tachées de sang, les-

DÉ LA LIGUE. 'J t

quelles avaient été portées pendant la Saint- Barthélémy , et que l'on conservait avec le plus grand soin , comme précieuses et saintes reliques. L'écrit admirable de maître Jacques Roux , jadis spadassin , et alors ligueur , sur la juste punition des hérétiques , était ouvert sur un petit autel auprès duquel les débris du festin de la veille avaient laissé quelques traces.

« Deux Flamands, qui servaient dans l'armée de la Ligue, et qui avaient longtemps combattu sous le duc d'Anjou j avaient déposé sur la devanture de la cheminée leurs feutres immenses , ornés de belles plumes rouges , et jouaient aux cartes sur un prie-dieu. L'un était capitaine et l'autre simple chef de gens d'armes , ce qui équivalait alors au grade de lieutenant.

PREMIER FLAMAND

» Je jure Dieu , Walbrod , que nous ne fe-

rons rien cette année Cœur à la dame...

Ce Béarnais, que le diable puisse emporter! nous fait déjà la figue ; les dernières bicoques que nous avons mises à sac ne nous ont pas rapporté grand'chose... Pic,... repic,.... capot.

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