Tome i. Les UermiHs ^^'. idW,. jj
d'autres actes. Cela est si vrai qu'il a fallu des lois spéciales pour l'étendre , par exemple , aux billets de loterie.
— Voilà donc un abus de pouvoir bien constaté , une contribution illégalement imposée, et quelle contribution! Vendre les droits qu'on tient de la nature ! vendre à un fils le droit de consoler son malheureux père ! Ne vous y trompez pas ; cet impôt, librement voté par la police , rapporte des sommes considérables.
— Cela doit être. En quittant 31. Cléau , et en traversant la pièce qui précède son bureau, j'ai vu qu'elle était remplie d'hommes et de femmes couverts des haillons de la pauvreté. Ils venaient déposer entre les mains de l'employé de l'administration de la police les trente-cinq centimes qui auraient acheté le pain de la journée. Si l'on considère la foule des détenus qui peuplent les prisons de Paris, le nombre encore plus
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grand des visiteurs, surtout depuis la loi sur la liberté de la presse , on se convaincra facilement que l'impôt des permissions timbrées doit produire une assez forte somme. Je regarde cette perception comme un abus, et j'avais presque envie de dire à M. Cléau : Mais, franchement, monsieur, il vaudrait mieux mettre sur votre porte bureau du timbre que bureau des prisoris.
— M. Cléau n'y peut rien. Il remplit son petit ministère avec conscience , et même avec politesse. La responsabilité doit tomber sur ceux qui, sans le concours de l'autorité législative, ont étendu arbitrairement la perception de cette contribution. Mais je parle de responsabilité comme si ce mot n'était pas vide de sens aujourd'hui. Peutêtre reprendra- 1- il plus tard quelque signification. En attendant l'abus subsiste, et vous ne pourrez voir un prisonnier sans payer sept sous à M. Cléau.
J'en étais là de ma conversation avec M. Dupin , lorsque mon compagnon ose captivité prit la parole. « Nous n'en finirions pas si nous voulions parler d'abus. » Laissons M. Dupin satisfaire sa curiosité. Il semble regarder avec attention quelquesuns des détenus pour dettes qui dans ce moment occupent notre cour, ou , si vous 1 aimez mieux, notre jardin.
— Quoi ! c'est là votre jardin ?
— Oui : la jouissance en est partagée. La politique s'y promène depuis six heures du matin jusqu'à midi ; alors la dette s'en empare , et ne le quitte qu'à quatre heures. Depuis ce moment , jusqu'à sept heures , la politique peut y rêver à son aise.
— . Dites-moi , je vous prie , quel est ce vieillard à cheveux blancs , d'une physionomie distinguée, vêtu d'une redingote bleue. Je le vois qui se promène seul d'un air assez triste.
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— C'est M. le marquis de la Roche- Ayinon dont le procès en interdiction a fait quelque bruit dans la société. C'est un lieutenant-général qui, dans les temps les plus orageux , a servi la cause rovale avec dévouement. Son fils est pair de France , ses parens occupent à la cour de hautes charges , et il est à Sainte-Pélagie.
— Je plains ce vieillard , il a l'air vénérable et résigné.
— Il inspire de l'intérêt à tous ceux qui le voient. Mais il ne vient point ici d'honv mes de cour. M. le marquis de la Roche- Aymon ne serait pas à Sainte-Pélagie s'il appartenait à une riche famille de plébéiens.
— Ces détenus sont-ils assujettis aux mêmes mesures de précaution que les autres prisonniers ?
— Le traitement est le même à quelque chose près. 11 ont de plus que les autres la faculté de recevoir indistinctement dans leur
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chambre tous ceux qui leur rendent visite. Mais on les surveille avec une attention d'autant plus scrupuleuse que le concierge de la maison est responsaljlû envers les créanciers du montant de la dette de celui qui parviendrait à s'évader, et cette responsabilité est plus sérieuse que celle des ministres.
— J'aperçois parmi eux des hommes qu'à leurs manières et à leurs vêtemens on prendrait pour de simples ouvriers.
— Vous ne vous trompez pas. Il est tel de ces prisonniers qui n'est détenu que pour cent cinquante ou deux cents francs. La contrainte par corps n'avait pour objet que la sûreté du commerce , et parmi ces deux cents prisonniers vous ne trouverez peutêtre pas dix commerçans. Ceux-ci sont trop adroits pour se laisser arrêter; ils savent comment on transige avec des créanciers. La rigueur de la loi ne tombe généra-
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lement que sur des hommes étrangers aux affaires, et qui ont eu l'imprévoyance d'endosser et de signer des lettres de change. > C'est ce qui était arrivé à M. le marquis de IMontchenu.
— Qui donc? le marquis de Montchenu, commissaire du gouvernement français à Sainte-Hélène?
— Lui-même en personne ; ses créanciers ne lui ont pas tenu compte du voyage qu'il a entrepris, et l'avaient inhumainement écroué à Sainte-Pélagie. Je dois ajouter, pour l'honneur de qui il appartient , qu'il n'est resté que trente-six heures en prison. Si je ne craignais de vous donner une mauvaise idée de mon caractère , je vous dirais que j'ai regretté qu'il fût sorti de cette maison lorsque j'y suis entré; je n'aurais pas été fâché de voir la figure que faisait en prison un homme qui doit si hien se connaître en captivité.
— Son captif a bien souffert dans sa pri-
son. Mais vous , comment vous trouvezvous de la vôtre?
-r- Personnellement nous aurions tort de nous plaindre. Nous devons au concierge de Sainte -Pélagie cette justice, qu'il n'a rien fait pour aggraver notre position ; il est même probable que les abus que nous avons remarqués dans le régime de la prison seront pris en considération par l'autorité. J'en juge par une conversation particulière que j'ai eue avec M. Bonneau , l'inspecteur général. Il serait difficile de montrer plus d'humanité et d'amour de la justice. Mais, si les obstacles viennent de plus haut, il échouera.
— Que nous veut ce gardien qui s'avance vers nous?
— Il vient nous avertir que les heures consacrées à la réception de nos amis sont écoulées. Nous allons vous accompagner jusqu'à cette porte ; vous nous excuserez si
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nous n'allons pas plus loin. Baissez - vous
pour sortir.
— Ne faudrait-il pas se baisser beaucoup
plus pour ne pas entrer ?
Sainte -Pélaeie.