‹ Les Hermites en prison ou Consolations de Sainte-PélagieChapitre 33 sur 45 · BOUGE · texte numérisé non relu

BOUGE

niers, moins somptueux, sans doute, mais peut-être plus gai que celui des Tuileries.

La vieille laitière arrive : chacun vient remplir, d'un lait éclairci par l'eau de la Seine, un vase d'une terre moins précieuse que celle que l'on colore à Sèvres; de tous cotés les petits réchauds s'allument, le lait et le café bouillonnent ; quelques prisonniers déjeunent; d'autres, la pipe à la bouche , arpentent le corridor à grands pas d'un air sinistre ou rêveur; ceux-ci jurent , ceuxlà chantent, et la chanson qu'ils fredonnent indique presque toujours l'idée dominante qui leis occupe. Si cette observation est vraie il suffirait peut-être de dire que les refrains patriotiques de notre célèbre Béranger sont . presque les seuls que j'aie entendus pendant mon séjour à Sainte-Pélagie,, pour faire connaître le caractère et l'opinion de mes compagnons d'infortune : mais quelquesuns d'entre eux se distinguent par de sr

igo LE CORRIDOR

nobles traits, par des qualités si brillantes, que je ne puis me refuser au plaisir de tracer leurs portraits tandis que j'ai le modèle sous les yeux. Avant de m'occuper des personnes, jetons encore un -coup d'œil sur leur habitation.

J'ai dit que chacune des chambres était trop petite pour y loger sainement un prisonnier, quand la saison ne permet pas d'en tenir la fenêtre ouverte ; combien le séjour doit en être insupportable quand on y place un second lit , ce qu'on appelle doubler un homme en termes de prison ! Bien de plus hideux que l'aspect de ces cellules dans leur état primitif; quatre murailles nues et sales, fermées d'une porte surchargée de serrures et de verrous énormes , éclairées par une petite fenêtre carrée, d<mt les barreaux épais forment une espèce â« rideau de fer qui intercepte une partie des rayons du jour; pour meubles, (à moins

Page 1