RÉVEIL
uialice; il en «ait tout juste autaat qu'us académicien, et .ne donue au;K.aiots :^ aux chiffres que la valeur. qu^Us «ut. dans le Dictionnaire : i^i 5 n'était plu» 93 ; voilà ce qu'il a dit, ce qu'il apeusé, -et eequi lui paraîtra incontestable jusqu'à ce que vous en ayez jugé autrement, ». t
Ce jugement a été rendu par un tribunal inférieur et confirmé par un arrêt de la cour royale ; respect à la chose jugée , subissons notre arrêt ; et comme il n^est pas de situation au monde dont un cœur droit et un esprit bien fait ne puisse tirer avantage, voyons si la nôtre ne nous offre pa»
quelques Gonsolations^i •
D'abord je <}irai comme Cicéron': « Je feis ^lus de cas du t;émoîgnage de ma côn"^ science que de fous les jugeméns qtie*l*on peut porter- contre • moi» *. > » Ji'qti appelé ei»
* Mea mihi con^cientia pluris est quom 9tn^
I;E BÉV£IL. 37
<krOier<De98ort àœ.tffibtinal iti&iUtble, et ma conscience a cassé radicalement' l'arrêt delà Q0uc>tq(atc souveraine. ^'elle est; je me ti^ns p^urracqûitté. Ge|te!}u$tice que je me ren^s 4/une mluiièire $i'Solmnelle>D'abré«« gersi ;}>as> id'tilifr heure ^ - il eist yrai , la durét de mai ré^vsion; m'aiaelle adoucira ma captivité ,. charmera ma solitude et. nourrira dans mon âme des senilmens auxquels je dois le peu que je vaux ,; et douit les années qui commei|ô^3t à peser sur ma l^te aflfaibUsseq('Jrop souvent l'éùergie* r
Dlaillemr^ cet état d^solement « 'sans incoiaviéiiieiit popr celui qui a des;gottls solita^reà.^ aebçore delad'avaiïtageuv'^ qu'il nous prépare à sUbir les douceurs ivi tèmp$^
nous: vivons t leni nous. «accoutumant à envt«
sager de sang-froid la dernière ejb la pluii impérieuse des nécessités. Presquedou^ les maux dont la vie. abonde naissent^ pour Ik plupart de$ b<î^uimes^ de la répugnance in vin -^ ctble qu'ils oiM: à être sfuls : presquei^amais.
38 liE RÉVEII^
on ne v.eut faire comme solv on Meut faire conwneiies auti*es. '
Une autre réflexion se présehte à' mon esprit : il* y a bien peu de circonstances oit un hamnie puisse > avoir dé son vivant la mesure ^exacte de rintéràt • qu'il inspire et connaître la place >qu^tl occupe dans T^time de ses concitoyens. A tout âge un des plus grands .chagrins de la vie élit d'ignorer si l'on est aimé; entre lés épreuves du malheur, qui peuvent seules nousédairèr surce point, l'épreuve d'une condamnation judiciaire n'est pas celle que j'aurais choisie; mais, 'puisqu'elle se présente, je me fétictie très-sincèrement de trouver dans les témoignages dé bienveillance et d'intérêt que j 'aï reçus une douce oompen^tion deS'rigi}€(t]rs de k cour. * *
OL/amour^propre Irotrire aussi>son compte dans 4e sentimfent de la perséëution dbnt on se voit l'objet; on sent qu?dle nous élève à nos propres yeux; il y a une sorte de
LE BÉVElti. 39
ùèrié de circonstance qui contient même à la modestie ; jamais je n'avais pùtté sur moi-même un jugement aussi favorable , jamais je n'avais joui aussi complètement du succ^ de mon dernier ouvrage dramatique, qu'en voyant acc6utir la feule à la soixante-quatrième représetitàtion dèSyJla, le jour même de la confirmation du jugement qui m'infligeait un châtiment que dans tous les pays la loi réserve aux filous et aux vagabonds.
C'est encore une consolatiolfi à laquelle je suis plus sensible qu'un autre que le choix de l'époque où nous entrons dans notre nouveau domicile. Le printemps y qui veut aussi nous faire sa cour,' semble rétrograder et ne nous promet pàs-métnece que Shakspeare appelle si poétiquement:
The uncertain glory of an april day.
Il y a donc une sorte d'opportunité dans la nécessité au l'on nous met de passer entre
4o LE RÉVEIL.
quatre miiraîUes des jours qui n'appartiennent plus à riiiver et qui ne sont pas encore le printemps.
Résumons-nous ; j'étais , hier encore , heureux, tranquille , honoré au sein d'une famille que le ciel aurait pu me donner en dédommagement de toutes les infortunes qu'il se plaît quelquefois à rassembler sur une seule créature humaine; je me trouve ce matin , sans trop savoir pourquoi , sous quatre énormes verrous dans une prison où je dois, de compte fait, passer sept cent vingtsix heures, de la dernière et par conséquent de la plus courte .partie de ma vie. Cette réflexion a quelcgue chose de pépible saii$ doute; m$iis je me suis jugé moi-même; raffeetion de mes aiïijs, Tintérêt et j'ose dire. l'estime publique m'accompagnent dai>s jna prison; les grands froids, si désagréables entre deux guichets, sont déjà passés; les beaux jours de la campagne ne sont pas encore revenus; j'ai déjà conçu Pidée d'un petit ouvrage que
LE RÉVEII/. 4^
je ne pouvais faire que dans la prison où je suis ; je puis donc prendre mon mal en pa« tience et dire de moi ce que Lactance disait de Cicéron ; a II était déjà consolé, par la raijson, par sa conscience et par ses «amis^ du mat dont il se plaignait encore. »
n^. siii. ^^ aa açril'iB^X
iieft 9 98 q Beae>§<Éa8Be^ 8 eéea M 9Éi8ce8»e86eaai M >ate«<te ê »
'EROISIÈME CONSOLATION.
M. M AGALtON.
Vnç iojustice faite à un seul bemtDe àt
, 1 une menace pour tout le monde.
Pensées dé QoiXTvcws,
: Le;s çraiçtés 4^ M. Magadlon ne se sont |>g»[ rjéalUoes. Sisitfemine. a éprouvé , :U est visai ,] Aine eri^f ^vieflejite en fi^preQsinl )a trftPfilatiofi afij«o«iiwi:i,'feti$itt'tottt 4e cruel traiteiii^t cpi?Ui»krâto'suin;(inatié Éifei)a>iiasr semblé 4%lttt«6 ses^jbîWBes /etiatnfOdfrécfénep^ gîè nécesi^iW!'^U^ kmîenir €étte ïiouVèlle épreuve; Le fdrfeat Iftéré , atfqûel M. Mâgal*
44 ^* MACilLLOr<r.r
Ion avait été lié , était dévoré parte gale ; il tfê cessait d0 crier dam les rues- et âur toute ia route : « F'went les galériens l honneur aux » galériens l » L'affectation avec laquelle il poussait ces cris honteut , comme pour forcer ratlention des passans , a fait* 'soupçon-^ ner qu'il avait reçu quelque instruction secrète à cet égard. Cette dernière circonstance annoncerait un tel excès de perversité^ iin tel raffinement de barbarie , que pour l'honneur de l'humanité , je ne veux pas y croire*
Madame Magallon se hâte de se rendre à la maison centrale de Poissy ; pâle , tremblante , éperdue , elle deiiiandd son mari ; éXe le Voit revêtu dé l'habit 'dès malfat*teurs et veut ^ jeter dans ses' bras. M. iVfor galloncraignant d'avoir été^téint ■ dé k^maladie dont lés m^rc^uesihidirdses défiguraleat son; compagnon de voyrtgev- se détoâtne ^ et apprend à^a;malheureuseépf)jqise,Je,dap7 ger qu'elle; court. RIa}$; qui pourrait ferrer
ter refFusion .d.'ui> amour vertueux? Tous les- spectotetirs fondaient* eir larmes à ce spectacle ) fait ponramoUîr, «i la chose ^tait possible, la férocité d'un iniquisiteur.
Il faut être juste* Lie récit de ces actes de rigueur, publié dans les journaux qui ne sont pas ministériels ' , a réuni les hon« néteS'gens de toutes les opinions dans le laêiiie^sentiaient de surprise let de blâme.
Un honorable député 4c Paris, M. Alexan-* dre de Laborde , pour qui l'occasion de secourir le malheur est une bonne fortune à laquelle il ne résiste jamais , M. Alexandre de Laborde a ^voulu vérifier lui-même -des faits si étranges. Il est allé àPèissy; il a vu M. Magsillon couvert de l'uniforme ignoble de la mai$op,^jeté aU' milieu des voleurs ^an^ un ^atelier où il est forcé de
* Le Constitutionnel \ le Courrier français , le Drapeau blanc^' le Jçumal de Commerce et'fc A/dm.
46 M, MAOALLON*
trayaill^F à des ouvrages manuels qui ne soptiCQn&Hrdies ni à' son éducation m à ses £c^rç)^Sf .1) $'e)$t ^s^ùré que de forçat' auquel on l'avait' àUelé se trouvait à rfaiôpital , et q^'il y était traité de cette lèpre dont' le i^om m^mç ne se prononce qu'avec dégoût.
M. JVI^ftllôn dit, à, M. dé Laborde. qu'il a,vaitvO0ert aux , geistdarmes de payer une voitui:^ , ce: que r4>n ne refuse.pas aux plus grands criminels, et que le brigadier lui avait réJ)ondu qu'il ne pouvait lui accorder cette faveur. De qui émanaient les. ordres, don* nés à ce brigadier? qudlé main le» a sîgnésc? quelle imagination la conçu ceiiouveai» genre de tortute; d'énchaîmer un bomme àlaiconttî^ion i M 1^ livrer 'à un:tiuppU<se que la: jtistie^e (réprouve autant que l'humanité?
j On. pourrait ûroipeqo'on.veuliilousfpijcer à regretter la Bastille., S], c'était là en effet l'arrière-pensée d^ quelques hommes eni^e-mi^ naturels 4<?^ institutions libtérales , ils n'y parviendraient pas. Il est vrai que la
»f. MAGALLON. 4?
rcdu^ion à U Bastille pour le^ hommes de lettres était loin d'être rigoiireuse, et qu'on , ne les Qopfondâitni ayiee les voleuf s ni^yec les forçats.; Marmoalel no«s a laissé, dans ses Mémoires , une dt^scription de son sé« .
jour àila>BafitiIle qui n'insfHre aucMn sentimenl; pénible; iLy viyait en épicurien qui aime la, Jeanne, obère, et qui s y cQtinaît; il se loue des manières prévenantes du gou* vemeur, et des soins qu'il prenait pour adoucir sa situation. Mai^ en£n c'était con^tre toutes tes loi^ , conjtre tout principe de justien ^ q^ Marmonjtol .<^tait détenu. Jiugé par un caprices. dQ. cq^rtisAnl, condamné sans, ayoir . été) entendu , arrêté ; ep vertu d'i^ne Içttre de cachet , igft^§n,t le terme de sa.
détantiouy Uj était sow la main de fer du despoAiamêiill'n^ popy^léleveir une voix
libre conJ:reiroppre$si<M^5«^i;pï*9t^^tejr, ^ 1^ face du ciel,: contre teft^ Qpi>resscui;s'. Qu'il eût fait le 'inoindre m/ouyisii^nt dp. dépilt, dans 99^ fih^inesiy- op popyi^il: - le . plonger
48 M. MAGALLOK.
vivant dans un cachot , et l'y ùâre . nibuhr lies années entières»
Aujourd'hui t>n peut se plaindre ; c'est k consolation des malheureux. Aujourd'hui , quel que soit Le fond , les formes légales sont observées. On vous traduit xlevant un tribunal , on discute l'accusation , et on y répond, la réponse est publique. L'opinion générale vous condamne ou vous absout.
Au temps où nous sommes , il Ëiut sinon un motif, du moins un prétexte pour Taccusàtion et la poursuite. Autrefois l'arbi* traire seul en décidait ; une femme galante faisait enlever son mari ; la haine . d'un grand seigneur , la vengeance d'un commis, suffisaient pour vous'&ire perdre la liberté ; une courtisane en faveur dictait des pro* seriptions. U'h'y avait point de loi positive qui vous mît à l'abri de la tyrannie.
Je n'ignore pas qu'on peut abuser des lois ; souvent on s'en est servi pour satisfaire de vils mtéréts ; mais le triomphe de rini*
c|uité ne peut être de loo^ve duçée lorsqu'elle est eh opposition avec les mœurs. et Topinipn jg^énérale. La publicité seule est une garantie inappréciable contre les excès prolongés de l'oppression ; rien n'est, perdu lorsq^'pnç protestatiop ^ne^rgic^uç peut exp^Qser l'pppre^ur à l'indigoalioa et au
niéprÎ9..>/' < -.' , im» . .< : « ;.. ;- • /> Lesaiieiens parlemens cJésapprouvaieDC sans doute ks alms durpouvoîr.'D'Ulustreâ ftiagistrats qtii cctotiatssaii^t et qui riempHs^ sàieht leurs devoirs, réclamaient en feveui^ des victimes de! l'arbitrailTé'} maïs leiir voix couragleiiàè n'étaîk |)6int en tendue, elle expirait aux pi^ds du despotisme ministériel , et ne pouvait pénétrer dans l'obscur donion où £:émissalt souvent l'innocence. Non, ^ conduite de la police judicfairç à Fégard des jéçrivainf déteni|s pour d^itç politiques et 'littéraires) quçllequç.soitcet^e conduite,, n« nous fefit pas,regt*ettçr Iq .régiipe des
ToM. I. tes tiermites ^ 5*. édit. 4
5o * Jf. MAOALLON.
lettres de cachet , et soupirer après la 6astille.
Voyez ce' qui arrive dans la nlâlheureuse affaire dé 1\I. M a£:aIIon ! la cruauté se tait et ne tente pas même une apologie ; on voudrait, ^'il était possible, tiî'ér les circonstances 4^s plus altroces delà tDanslâtîèn* Ce reste de pudeur, nous le devoffi^à laf publieité' :;q«mnt ftu fait le^ hii^mérae i débarfasUé ^de . ses ' faopi teu x abcesdokfes jOa^L vqîilu )f pf^lljif r «n se . inf»tte1)!: À. UaM ite l'qsage. C'est^ I idijttoQ 9 unjç if^^urej <^di»i-. ni^tratijre compu^p à t(>^s les. d^l^f^w?. 4"^ la loi .condamne à plus d'uii. an de prison.
]Vf.. Alexandre de Lahorde répond à cette objection d'une manière victorieuse. -
« . Les tribunaux , dit-il , tn condamnant » un homme a la prison, s en remettent i pour l'es i^'yéns d'^exé^jucion à l^hdinîiiîw Isthitiôn qui prend à Pégarâ des inâivldtis » lès précautions qii'eite jùg'e conVénablès «» pour s'ifssurer' d'eux. Ainsi;, c'est par une
M. MAOALLON. 5l
>i simpleordonnancedepolicequeles voleurs » et lés gens ^ans avea sont conduits, les » mains liées, à pied, devant des gendar- » mes; car ces hommes, là plupart repris » de justice, n'ont d'autre idée que de s'é- » ehappér pour recommencer leur infâme » métier. Il est encore 'naturel qu'on leur »' donne mi vêtement parlicuBer dans la » prison,^ afin que, s'ils s'échappaient, ils ^» fussent reconnus sur4e^hamp dans les o campagnes. Mais est-U croyable qu'on < » applique ces. précautions honteuses à «des ,» hommes bien nés qui se rendent volontai- >j rement à J^ prison qu'on leur indique, » et qui pe peuvent jamais vouloir s'en éva- » der? car la peine du bannissement serait » cent «fois pire pour eux que celle de » leur, courte détention. Est-il croyable » qu'on trame de pareils hoAimes en speci> tacle dans les rues de I^aris, punition y> plus cruelle que l'exposition au carcan, x> car elle se reproduit dans tous les quar-