‹ Les hermites en prison, ou consolations de Sainte-PélagieChapitre 31 sur 86 · ILLUSTRÉE · texte numérisé non relu

ILLUSTRÉE

lés; Phocion et Socra'te bureiit la ciguë : la mémoire de ce dernier fut insnlfée par Cicéron lui-même) qui le traite d^usurier dans une de se^ lettres familières^ oii il donne des ordres pour faire acheter sous main les bi^ns de son ami le Croldniaiey confisqués par un jugement. Le vertueux Platon fut accusé d'envie par Âthénée , de mensonge par Théopompe , de vol par Aulugelle^ d'avarice par Suidas > de débauche par Porphyre, et d'impiété par ce coquin d'Aristophane y payé par les honnêtes gens d'Athènes pour calomnier Tes hommes les plus vertueux de son siècle, et qui gagna si bien son argent.

' Quant h cette punition corporelle, la prison, dont j€ m'occupe plus particulièrement aujourd'htii' que j'ai mon sujet soiis les yeux, on remplirait un volume dés seuls noms des sa-* vans , des hommes de lettres et des philosophes auÉxquels ce châtiment fut infligé. ' '

Anaxagore y fut mis pour avoir prétendu qu'il y avsfit un Dieu, Boèce pohr avoir été bon ministre , Bûchanan pour atoir dit la vérité ,' Galilée pour avoir prouvé (}ue la terre tournidi* autour du soleil. Boëce fit en priKoti son méilk* leur volume, et Bûchanan ses excellentes psira^ phrases des psauthès en bofl roi Drtvid.

* Cinq ans de prison furent infl^s au plus courageux , au plus reconnafeSttnt des j^tes^ a^^élissoWj'il y fit dès vers pour la postérité. L'immortel auteur de \sl Jérusalem dêUi^rêe mou*'-

mt dans k cachot j. />o/i QuichoUê j vit le jour. La jurisprudenee anglaise s'a pas de meilleur oifvrage ^ue FUta^ composa k Flset pav ua avocat enpriaoïiaé pour dettes j et ^û n'ea sortît jamais*

Louis xis y dttc d'Orléans , fm empisecmé arsûil de mouler sttr le trftne , et e'est dans la vieille tour de Bearges tpi'il s^inslruiiît k eégner. Il est b remafquer que les devs meil* leurs toîs qu'ait eus la Fraoee ^ Leuis xn ^t Heari iv , avaienti reçu le» mêmes leçoas de l'iiifeHaiie, et , ee qui est plus extra(»dîiiaîi*e encof e> eu aiiraîeiit su profiter*

Rtf lei^ a eomposé sea Histoire du monde , chef-d'i«tt¥re d'ëloqueace et de raison f au sein d'un cadkut oi il était enfermé : l'auteiic est mort p4Hiv uvuîr été un héfos.

Seldeu à fait eu prison tous ses ouyrages ; Polignac chairmu b ^ieane en composant son jéhui-laurè^e. Frévet éMidia Bajle pendant le tong Séytwr qu'il fit il la Bastille ; et le génie d^ alèekis i Vokaice 9 y tra^ le pla» de notre wsk poème épîi^e»

Le peëte rioyaliate Devenant,. ^ qui Mttt^s sauYft la YÎe: sous le règne d« protecteur y et qui rendit k etfu tour le memeservieek l'Ho«* mbre imglaisk.l'épeque deiai^estaneation , Dare* nans fiait aen poëme dan» un éuchot duf Ghâtaau de CavisbreébsKOÙ il ayaUét^ enfinrmé. parler-* dre de CromwelL

ILLUSTRÉE. 9a .

L'auteur de Bohinson Çnuùé, du seul ou- YTi^e que Kousseaa vouUit que l'on mit entre lesiudiufrd^reofs^e) acheva son roman dans l^ prîaon de Newgate» De Foë avait écrit cou^ tre des ministres qui déshoooraieBt sa Dation ; i:.euxH;i le firent enfermer : quand il sortit de Nei^ale, se$ persécuteurs avaient perdu leur place 9 et il avait c^xiquis la sienne*.

I^a pcison semble porter bonheur aux icvirvains» Le Gondibert de sir William Davenant est le ^ul dea ouvrages de ce p<^te qui méi^itàt de lui sHrvivre; et la Re^ue de Foë y qu'il avait coimineneée squs les verrou:!^ de Newgate f si hettreusi^meiit inûtée. par AddissQn et Steele dafts.leut t^cMe^gr, devint 1^ source de cent essais périodtqut s du même genre dont se glorifie l'Angleterre, et que j'ai moi-même essayé d'^k»tro4ttire en France sous le titre d'H^iLiiiTs. Le prisonnier de Sainte - Pélagie se pJaît k Çaoire koi^raage. au prisonnier de Newgate des succès qu'il a obtenus dans un gent e dont de Foë (m er^aleur.

' Ce fut aussi la politique qui jeta Wiçquefort dans une prispii d'état , oïL il éaivit son traité si curieux des ^ambassades.

: Peu de persQU^ea. savent qu'un Italien du nom de Maggi» après avoir défendu avec autant d€i courage :quç de talent la ville de Fajqdagusta, 9a«K^i|par les Turc^^ deirint leur prisMiiier; qu'ils le traitèrent en véritableiEf Tujpçs , c'est- 1 5.

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a-dire qu'ils brûlèrent sa maison , ses livres | ses ÎDstrumens, et le descendirent dans une -espèce de p^its, où il vécut enterré pendant quatorze mois : c'est Ik que Maggi composa son traité de Tintinnnbulis , qui fut jugé excellent.

On a dit que le malheur désarmait l'envie , et que l'envieux quelquefois était .bien aise d'avoir pitié. Cette observation est démentie par l'expérience; les puissan$ peuvent éprouver le besoin de pardonner au mérite; les puissans , qui sont envieux, ne lui pardonnent jamais.

Un prince imbédlle se contenta de faire brûler les ouvrages de l'abbé Trithême , coupable du crime d'avoir inventé une sténographie; mais ce pauvre Vii^ile, évêque de Salzbourg , fut brûlé tout- k- fait k la requête d'un théolo^ gien envieux , pour avoir eu l'audace d'écrire quC) la terre étant rende ^ il y avait nécessairement des Antipodes*

Il serait trop aisé d'ajouter k cette liste de savans malheureux y des noms recueillis dans toutes les classes et dans tous les genres de talent. Je m'arrête et laisse aux aspirans k la classe des sciences et belles-lettres cette recber* che consolante.

Puisque la persécution des philosophes et des gens de lettres parait être une. maxime invarift« ble de tous les gouvernemens , et qu'où ne veut pas même , dans notre siècle de lumières, leur accorder l'honneur d'une prison spéciale ^

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