LA SOLITUDE
AiDsy mon cœur se guermentoit De la grant douleur qu'il portoit En ce plaisant lieu solitaire, Où un doux ventelet ventoit, Si sery qu'on ne le sentoit, Fors que yiolette mieux flaire.
Là fut le gracieux repaire De ce que nature a pu faire De bel et joyeux en esté :
Là n'avoit rien à refaire Fors que ma dame y eût esté.
( Alain Chartier. )
La solitude.
Oui, voici bien les lieux (|ue fréquentait Elise ; C'est ici tendrement que résonnait sa voix ^ C'est là, c'est sur ce banc que je la vis assise Pour la dernière fois.
Pourtant, rien n'a changé j l'onde capricieuse Coule aussi mollement sur les gazons fleuris, Et des bois effeuillés la brise harmonieuse
Emporte les débris.
Au lever de l'Aurore , un diamant pétille Sur la rose entr'ouverte et le lis qui blanchit; Puis y entre les rameaux , un doux rayon qui brille
Dans l'eau se réfléchit.
Mais à mes tristes yeux la terre est moins fleurie , Le printemps plus tardif , les berceaux moins couverts; Cebois semble plus grand , la moisson plus flétrie ,
Les peupliers moins verts.
Il me faut un ami pour goûter la nature : Je voud rais un cœur pur qui comprît mes penchans , Et qui vît avec moi cette jeune verdure
Dont se parent nos champs.
• Une voix qui me dise : Oh ! que la lune est belle , Que ces arbres sont verts et que le ciel est bleu I Une main que je presse entre ma main rebelle
En murmurant : Adieu î Mais mon cœur isolé de tout être qui pense , S'attache aux compagnons de son exil muet , Comme l'écume aux flots de l'océan immense
Et l'abeille au bluet.
Tout ce qui vit me plait : la cigale qui chante , L'insecte qui bourdonne avec un léger bruit , Et l'oiseau qui gémit une plainte touchante
Près de son nid détruit.
J'aime même le bruit d'une onde qui retombe , Ou bien , laissant errer mes pas irrésolus , Lors , je pense aux absens , aux amis de la tombe
Que je ne verrai plus.
Puis , foulant sous mes pieds les feuilles desséchées , Je dis : Feuilles des bois, tapissez leur séjour^ Comme eux , avant le temps , du rameau détachées ,
Vous n'avez vu qu'un jour !
Et gardant dans mon ame un souvenir fidèle, Je me repose seul sur le banc de ma sœur , Où je dis, plein d'amour : Je m'asseyais près d'elle
En rêvant le bonheur !
Septembre i832.