CHAPITRE VI {Suite
Les derniers mots prononcés, Pierre interrogea du regard ses deux auditeurs.
L'oncle Chariot pleurait...
Pour Caroline, ses lèvres, plissées en une moue boudeuse, laissaient pressentir que le message était peu de son goût :
P. PERRAULT
« Eh bien, quoi? s'écria-t-elle, prenant les devants par crainte de voir Pierre formuler un avis qu'il serait ensuite malaisé de battre en brèche, M. Saujon se laissant toujours influencer par son neveu; eh bien, quoi?
Odule s'est fort exagéré les choses. En comptant juste, il doit à ce bonhomme ou à ses héritiers soixante-douze mille francs, plus les intérêts; mettons, pour y aller largement, les intérêts composés : c'est tout! A cinq pour cent pendant vingt-cinq ans, cela fera déjà un assez joli denier. »
Pierre hochait la tête, Pair de peser la valeur de l'argument. Après avoir médité une à deux minutes, il répondit d'un ton déférent, avec l'accent d'un homme qui s'est laissé convaincre :
« Votre calcul est exact, ma tante. C'est un emprunt forcé, mais, à le considérer tel, on peut admettre votre raisonnement, surtout en allant jusqu'aux intérêts composés. Je crois les intentions de l'oncle Odule suffisamment interprêtées ainsi.
— N'est-ce pas? Je t'avoue que je ne te- supposais pas tant de bon sens... du moins en affaires », se hàta-t-elle d'ajouter, craignant d'avoir froissé « son médecin ordinaire ».
Mais celui-ci se montra bon prince et répondit philosophiquement :
« C'est que vous ne me connaissez pas bien.
— Alors que penses-tu faire? »
Et, tout de suite, sans donner à Pierre le temps de répondre, elle reprit avec une vivacité enjouée :
« Je le sais bien, moi, ce que je ferais si j'avais seule voix au chapitre; je jetterais tout bêtement cette lettre au feu. Il est mort ce bonhomme, puisque Odule le jugeait vieux déjà il y a vingt-cinq ans. Ses héritiers ?... ils ont fait depuis longtemps leur deuil de ces soixante-douze mille. Ils ne sont point à eux, d'abord, puisque leur père ne les possédait plus...
— Peste ! comme vous y allez ! fit le jeune homme en riant. J'aime mieux votre première combinaison. Et, à la réflexion, vous aussi, croyez-moi, vous lui donnerez la préférence.
Agir ainsi serait hériter des remords de l'oncle
Odule en même temps que de son argent. Et...
les remords... il n'est rien de tel pour détraquer l'estomac, enlever l'appétit.
— Je plaisantais.
— J'aurais dû le comprendre, fit-il poliment. Après tout, il se peut qu'il soit introuvable, cet homme. Mon devoir est de le chercher; mais, si mes démarches sont vaines, il n'y aura pas de notre faute... Pour conclure, rapportez-vous-en à moi du soin de vos intérêts. »
Elle le dévisagea de son regard aigu, un reste de méfiance dans ses prunelles pâles, estimant que, pour un garçon qui d'ordinaire affectait le désintéressement, il avait évolué bien vite.
Mais les traits de Pierre étaient si calmes ! ses yeux si limpides! Et pas trace d'ironie au fond...
« Le pouvoir de l'argent, se dit-elle. Quand on en a goûté !... »
Tranquille, cette fois, elle prononça :
u Agis donc pour le mieux. C'est égal, Odule n'avait pas besoin de nous tracasser avec ses histoires d'il y a vingt-cinq ans. J'avais déjà calculé que cela porterait notre avoir et le tien à douze cent mille francs : les voilà entamés.
— Remarquez que la succession est de dixsept cent mille francs.
— D'accord. Mais puisque les revenus se partagent par moitié, c'est comme si nous jouissions du capital. Tu ne peux l'aliéner sans l'assentiment de ton oncle?
— Non.
— Eh bien, les frais devant emporter pas loin de cent mille francs, à ton compte, restait à chacun huit cent mille... Avec ce que nous possédons, cela montait juste à douze cents, s'il n'y avait pas eu cette créance. Je me demande si je veux arrêter la femme de chambre qu'on me propose, ajouta-t-elle indécise.
— Certes ! dorlotez-vous : votre santé l'exige et votre fortune vous le permet. »
Durant ce singulier entretien, l'oncle Charlot, dont les larmes coulaient toujours, se suivant comme des grains liquides au coin de ses yeux navrés, l'oncle Chariot n'avait pas cessé d'observer son neveu.
POUR L'HONNEUR
Aucun geste de protestation ou d'assentiment ne lui était échappé. A bien dire, ce n'était pas de l'indignation qui se peignait sur son visage, mais une curiosité intense.
Caroline s'était levée. Elle exultait :
« Il est entendu que nous gardons le secret à Odule, prononça-t-elle. Le public, ni môme nos meilleurs amis, ne doivent se douter...
— Personne î fit Pierre vivement. C'est l'honneur de la famille qui est en jeu. »
Pour le coup, M rae Saujon, tout à fait rassurée, quitta la pièce en annonçant qu'elle montait écrire à la femme de chambre de venir se présenter.
Pierre prêta l'oreille un moment, suivant la direction des pas. Sa physionomie s'était transfigurée. Lorsqu'il eut entendu les portes s'ouvrir et se refermer au premier étage, assuré de pouvoir parler sans crainte, il vint prendre les deux mains de son oncle, et, penché sur lui :
« Nous y emploierons s'il le faut jusqu'au dernier centime, n'est-ce pas, oncle Chariot? Et si ce qu'a laissé votre frère ne suffit pas à tout réparer — sait-on?... — nous prendrons sur notre propre bien. Que sa pauvre àme puisse reposer en paix, et nous, lever la tète 1 »
Le vieillard approuva d'un signe, tandis
qu'un sourire attendri creusait dans ses joues
de petits sillons où se perdaient les larmes.
Devinant la question qu'il aurait voulu lui
poser, Pierre ajouta :
« Pourquoi j'ai divagué de concert avec ma tante? C'est cela que vous désirez savoir?
— Oui.
— Parce qu'il va me falloir m'êloigner, rester longtemps absent, je le crains. Où m'entraîneront mes recherches?... qui peut le dire? Le point de départ est indiqué : c'est Thouars. Mais mon oncle Odule croit ce malheureux homme étranger à ce pays. D'où venait-il?...
Où allait-il?... Si ma tante était instruite de ce que je compte faire, vous auriez à supporter ses constantes lamentations. Elle sera bien forcée, plus tard, de subir le fait accompli; et puis, je serai là, vous ne pâtirez point de sa méchante humeur si elle accepte mal la chose. »
Encore une question dans les yeux de l'oncle Chariot : laquelle? impossible à Pierre de le deviner. Mais il se trouva y répondre en exprimant sa perplexité quant à la manière d'entamer les démarches.
Partirait-il tout de suite on bien entrerait-il d'abord en relations avec le maire de Thouars?
« Oui, oui... cela... articula péniblement l'infirme.
— Vous jugez que je dois écrire et attendre la réponse, avant de me mettre en route?
— Oui.
— C'est long, un quart de siècle, observa le jeune homme, pensif. Combien de changements survenus dans l'administration et partout!
— Peut-être... bégaya l'oncle Chariot.
— Au fait... peut-être, comme vous le dites.
11 est des pays assez sages pour conserver leurs fonctionnaires contre vent et marée.
Dans ce cas, il est vrai, c'est la mort qui les prend. Enfin, essayons. Puisque tel est votre avis, j'écrirai ce soir. »
Bien en prit à Pierre d'avoir suivi le conseil de son oncle, car un accident survint, lequel devait retarder son départ, quoi qu'il en eût.
Vers la fin de Paprès-midi, petit Greg, qui tout le jour avait vaqué à ses occupations avec sa ponctualité ordinaire, petit Greg devin} somnolent. Il ne put rien manger, se plaignit du mal de tête...
Après le dîner, quand tout le monde fut réuni au salon, il alla s'asseoir sur un tabouret bas, devant Pierre, tout contre lui, murmurant :
« Vous voulez bien que je reste là, dites, monsieur?
— Reste, mon petit », fit le jeune homme distraitement, le regard ailleurs...
Retenues la veille de faire une visite à leurs amis, par la présence de leurs nombreux convives, bonne maman Lavaur et Gabrielle étaient venues passer une heure auprès d'eux.
La jeune fille avait pris une revue et lisait à haute voix pour essayer de distraire l'oncle Chariot; car, en abordant Pierre, avant d'entrer au salon, ces dames étaient convenues avec lui de ne faire aucune allusion à la cèré-
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monie du jour précèdent, que le temps n'eût atténué la vivacité des impressions chez le paralytique. Gaby lisait donc, ayant comme auditeurs son vieil ami, Greg et Marcenay.
Greg appuyait son front sur les deux mains du jeune homme, qu'il avait prises; et, de temps à autre, ses yeux noirs relevés un peu le regardaient. Il y avait dans ce regard, où la fièvre mettait de la flamme, un sentiment intense d'affection, puis autre chose encore d'intraduisible.
Pierre en fut frappé !
Le conte était fini. Gabrielle feuilletait la revue, cherchant les articles de nature à intéresser l'oncle Chariot; et, absorbée par cette recherche, elle se taisait.
Ramené à petit Greg durant ce silence, et touché par ce qu'il lisait dans ses yeux, Marcenay prononça avec une inflexion de voix très douce :
« Mon pauvre gamin ! »
Comme si ces quelques mots eussent contenu les choses les plus attendrissantes, Greg se prit à fondre en larmes.
« Greg a du chagrin? demanda Gabrielle, qui, surprise par cette explosion soudaine, s'était arrêtée de feuilleter la revue.
— J'espère que non, répondit le jeune homme. Hein ! Greg ?
— Oh! non! non! au contraire, » affirma celui-ci.
Et, de fait, ses yeux largement cerclés de bistre, alourdis de fatigue et baignés de larmes, resplendissaient pourtant de joie.
« Alors, tu es malade, mon petit, observa la jeune fille. 11 n'est pas naturel de pleurer ainsi sans motif.
— Tu as le front brûlant, c'est vrai, reprit Pierre; souffres-tu?
— Je suis bien las et la tête me fait mal, très mal.
— Va vite te mettre au lit. J'irai toutà l'heure te tâter le pouls. Tu sais que je suis un peu médecin... n'est-ce pas, ma tante? ajouta narquoisement le jeune homme.
— Je ne peux pas nier que mon estomac ne soit en meilleur état depuis que tu me soignes,' déclara Caroline.
— 11 irait encore bien mieux si j'avais la charge de commander les repas et de vous servir.
— Me mettre à la diète ! jamais. Je n'ai d'autre satisfaction que de manger à mon appétit; c'est à la Faculté de s'arranger pour que je digère », fit la bonne dame, résolue à mourir dans l'impénitence finale de son péché favori.
Greg s'était dressé avec effort, pas bien solide sur ses jambes, et disait bonsoir à la ronde. Quand ce fut son tour, Gabrielle le retint un instant, palpa ses mains, son front, l'examinant avec sollicitude.
« Tu as bien mal, n'est-ce pas? Ta tète te semble lourde ; une montagne à porter ! et tu as un peu de frisson? »
Il fit signe que oui.
Elle l'embrassa tout en lui recommandant :
« Va vite dormir, le sommeil te guérira. »
Mais, dès qu'il fut sorti, interpellant Pierre : « Vous ne redoutez pas une mauvaise fièvre?
Je me rappelle Jeanne, le jour où elle est tombée malade, il y a deux ans, elle était comme Greg ce soir, tout à fait.
— Une mauvaise fièvre... Dieu nous en garde! » murmura Pierre assombri.
Il s'était rapproché. Assis à demi sur un angle de la table que l'oncle Chariot avait toujours à sa portée, il baissait la tête, devenu très soucieux.
« Il ne manquerait plus que cela, une maladie un peu longue me retenant ici.
— Comptez-vous donc vous absenter de nouveau? interrogea Gabrielle surprise.
— Oui, répondit-il, sans rien ajouter, ne sachant pas... n'ayant point réfléchi encore à la manière dont il expliquerait son voyage.
— Pour longtemps? s'informa-t-elle, avec un regard de pitié à l'adresse de l'oncle Charlot.
— Je ne peux pas savoir... »
Elle se tourna vers lui, l'air de plus en plus étonné; cette question irréfléchie lui échappa, résumant, non pas le court entretien qui venait d'avoir lieu, mais les longues songeries égrenées au long des jours, depuis la mort d'Odule Saujon :
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— Vous avez peut-être de grands projets de voyage?... ce serait bien naturel. Mais non, au fait, se reprit-elle, haussant les épaules, ce n'est pas la saison de se mettre en route pour son agrément. »
Elle ajouta, confuse, croyant comprendre à la physionomie de Pierre que celui-ci la jugeait indiscrète :
« Ne me répondez pas. Je ne sais vraiment de quoi je me mêle. »
Elle était devenue énigmatique, au vrai, cette physionomie transparente à l'ordinaire comme un visage d'enfant, et, sous la longue moustache blonde, un demi-sourire se cachait, dont la signification ne se pouvait traduire.
« Je crois qu'il se moque de moi », se dit Gaby fâchée.
Se moquer?... Lui? d'elle?...
C'est en effleurant au passage, de ses yeux bruns restés tristes, le pur profil de la jeune fille, que Pierre avait laissé montera ses lèvres un sourire.
Et, tout de suite, son regard était allé interroger celui de l'oncle Chariot, disant avec une éloquence bien vite comprise :
« A elle, que nous aimons tant tous les deux, aurons-nous le courage de ne rien lui dire ? »
Mais Gaby ne pouvait deviner... Et elle emporta l'énigmatique sourire comme une épine, qui, plantée à fleur d'épiderme, s'enfonce peu à peu dans la chair et y renouvelle à tout instant la sensation aiguë de la piqûre. Déjà la fortune échue à Pierre inquiétait sa nature délicate, fière à l'excès ; ce malencontreux sourire, où elle voulait qu'il y eût de la part du jeune homme une intention railleuse, augmenta encore cette impression de gène.
Elle se promit d'accentuer sa réserve et de se tenir, autant que faire se pourrait sans que
l'oncle Chariot en souffrît, sur la frontière des relations de cérémonie. Bonne maman dirait ce qu'elle voudrait!...
Un léger désaccord s'était élevé sur ce point entre l'aïeule et sa petite-fille, en effet. Une vue affaiblie n'empêche pas les vieilles
gens d'y voir clair de certaine façon... M rae Lavaur avait observé... Le regard de l'oncle Chariot se posant alternativement sur Gaby et Pierre, avec une expression de joie attendrie, lui avait révélé le secret du vieillard. Déjà disposée, par la sympathie constatée entre les deux jeunes gens, à entrer dans ses vues avant l'héritage, elle s'y sentait portée bien davantage depuis.
« Un peu de duvet au nid ne saurait nuire, se disait-elle. Pierre et Gabrielle sont bons,
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raisonnables; s'ils gaspillent, ce sera au profit des miséreux. Pourquoi repousser un beau parti s'il se présente? »
Et, accordant sa conduite avec ses idées, bonne maman s'était mise en frais d'amabilité, môme à l'égard de Caroline!
Elle, qui jadis se refusait à quitter le logis, allait maintenant un jour sur deux faire la partie de bésiguechez les Saujon.
Cela avait amené quelques tiraillements.
a Ils sont devenus trop riches, laissez M me Saujon faire les avances, bonne maman, je vous en prie, avait insisté Gaby.
— Ils sont en deuil, ma fille; nous leur devons quelques égards, avait répondu M me Lavaur.
— Le deuil de M me Caroline... ses regrets!... »
Un éclat de rire de Gabrielle avait clos l'incident, sur lequel ni l'une ni l'autre n'avait jugé devoir revenir par la suite...
Ce sôir-là, elles refirent le chemin tout à fait silencieuses.
L'énigmatique sourire de Pierre hantait Gaby. Pourquoi?... Pourquoi se sentait-elle si triste qu'il y eût entre elle et lui cette toute petite chose, un sourire, qui resterait inexpliqué?
Tant que dura le coucher de bonne maman, elle évita de creuser cette question. Elle ne fut que « ses yeux, sa mémoire et ses jambes ».
Mais, le chapitre de V Imitation achevé, la veilleuse allumée, les pastilles de menthe et de réglisse disposées sur la table de nuit, le lit bien bordé, et les joues de la vieille dame, ces petites joues ridées, enfouies parmi les hautes garnitures d'un bonnet plissé à l'antique, baisées tendrement, Gabrielle passa dans sa chambre.
Contre son habitude, elle ferma la porte qui faisait communiquer les deux pièces; puis, allant à sa fenêtre, elle l'ouvrit et s'y accouda.
Tout le jour, de son lever très matinal au moment du repos, elle ne faisait guère que changer d'occupations : travail, lecture à haute voix, musique, surveillance des domestiques;
le tout coupé des mille et mille petits soins à rendre à bonne maman, des visites à son vieil ami et à deux familles pauvres du voisinage, qu'elle avait en quelque sorte adoptées et secourait avec persévérance.
Mais, une fois bonne maman couchée, c'était fini, elle s'appartenait et vivait un moment en sa seule compagnie.
C'était son heure, à elle : l'heure des examens sévères, des résolutions courageuses, et aussi des envolées dans le rêve...
11 en savait long, le gros poirier qui allongeait ses rameaux tortus jusqu'à l'appui de la fenêtre! Mais, s'il est un confident discret, c'est bien la bonne nature. Gabrielle pensait sous les étoiles avec la liberté d'une àme qui se sait entourée d'amis silencieux.
« Il veille... Comme il est bon! » murmura-t-elle, apercevant, à travers les arbres, de la lumière dans la chambre de Greg, tandis que les fenêtres de Pierre, longtemps éclairées d'habitude, n'avaient pas cessé d'être dans l'ombre.
« Qu'est-ce qui a bien pu amener à ses lèvres ce sourire moqueur? Moqueur... peutêtre ne l'ètait-il pas? C'est moi qui deviens d'une susceptibilité ridicule. Y avait-il dans ma question prétexte à sourire? Car enfin on ne rit ni même on ne sourit de but en blanc sans une raison quelconque... Ah! ce maudit argent! Je sens qu'il nous sépare; non de son fait, il ne paraît pas changé; mais du mien.
Je m'imagine toute sorte de choses... Est-ce de l'orgueil? 11 ne me semblait pas que je fusse orgueilleuse... »
Là, une longue pause...
Elle songeait :
« Au fait, qu'est-ce que je suis? Se connaîton jamais? Je sens au fond de moi-même toute sorte d'aspirations vers le bien ; mon cœur se tourne aisément vers Dieu et l'invoque avec confiance... Entre lui et moi, je ne sens point de gros obstacles... non... mais... combien de petits ! Oserais-je prétendre que je ne suis pas égoïste, par exemple, et que, dans tous mes rêves, ce pauvre « moi », qui m'est si cher, ne tient pas la grande place?... même parfois au détriment des autres... Si j'avais à
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faire un sacrifice, à accepter un renoncement, le pourra is-je?... »
Un petit frisson la secoua; le grain délicat de son épiderme, rosé aux joues, prit partout, subitement, une teinte nacrée ; comme si la fraîcheur de cette sereine nuit d'automne Peut tout à coup saisie.
Elle murmura : \ ' . -
a J'ai froid... »
Refermant sa fenêtre, elle alla s'age'noùil- 1er devant les images du Christ et de Marie, qu'ombrageait le houx fleuri dont Greg fui avait fait présent le matin; et elle pria, le front dans ses mains, longtemps.