ACADÉMIE DE REAUX-ARTS
C'était une heureuse famille que la famille Gandrons, et, depuis tantôt douze ans que la fortune était entrée dans cette maison, pas un nuage n'avait assombri l'horizon : Jeanne et Amélie, de gentilles gamines étaient devenues de ravissantes jeunes filles, admirablement élevées; leur mère leur donnait l'exemple de toutes les vertus et de toutes les qualités de la femme d'intérieur; leur institutrice, M Ue Ilèlier, continuait auprès d'elles, comme amie, sa mission toute de confiance; et, au milieu de ces quatre femmes, M. Gandrons, choyé, gâté, comme le méritait sa vie entière, toute de travail, de dévouement et de tendresse, laissait rayonner son visage où lui-
A Paul et Marcel.
saient, de contentement, des yeux que venait parfois ternir, pour un moment, une larme attendrie.
Oui, c'était une heureuse famille, dont chaque membre se savait aimé des autres et pouvait compter sur eux. Toutes les chances, d'ailleurs : pas une maladie, pas un ennui, pas un accroc. Ainsi, pour payer son hôtel de l'avenue Klèber, Gandrons avait retiré ses fonds, déposés chez un banquier, juste quinze jours avant la banqueroute de celui-ci. Le reste à l'avenant.
Le 1 er janvier 189..., vers huit heures du soir, on finissait de dîner et, tout en prenant son café, le chef de la famille promenait un regard réjoui sur son entourage habituel, augmenté pour la circonstance du vieux couple