BA TAILLE DA USTERLITZ
Dans le camp ennemi les généraux coalisés, réunis autour d'une carte, écoutaient Weirother qui développait son plan de campagne " avec un air de jactance qui annonçait en lui la persuasion intime de son mérite et de notre incapacité " dit le général Langeron, officier français émigré servant dans l'armée russe. Le vieux Kutuzof dormait. ' ' Si Bonaparte avait pu nous attaquer, il l'aurait fait aujourd'hui, assurait Weirother. — Vous ne le croyez donc pas fort?— C'est beaucoup s'il a quarante mille hommes.— Le jour commençait à peine (2 décembre 1805) lorsque l'armée coalisée se mit en marche. Le bruit des préparatifs dans les camps
DU XIXe SlBCIvK. 165
avait rassuré Napoléon sur la direction que prenaient les ennemis. La veille au soir, en écoutant la docte leçon de Weirother, le prince Bagration1 avait murmuré sous sa longue moustache : " La bataille est perdue ! " En voyant ses ennemis s'avancer vers la droite comme il l'avait lui-même annoncé à ses soldats, Napoléon ne put retenir les signes de sa joie. Il tenait la victoire entre ses mains. Il attendait patiemment que ses ennemis eussent déployé leur ligne. Le soleil venait de se lever, éclatant au sein du brouillard qu'il dispersait de ses brillants rayons. Le plateau de Pratzen était en partie abandonné ; l'empereur donna le signal et l'armée française s'ébranla tout entière, ardente à s'élancer sur l'ennemi désigné d'avance à ses coups. "Voyez comme les Français gravissent la hauteur sans s'arrêter pour répondre à notre feu !" dit le prince Czartoriski qui observait le combat auprès des deux empereurs. Il parlait encore et déjà les colonnes alliées, rejetées l'une après l'autre sur le versant, se trouvaient arrêtées dans leur mouvement et séparées des deux ailes de l'armée. Le vieux Krutuzof, grièvement blessé, s'efforçait en vain d'envoyer du secours au centre débandé. "Voilà, voilà la blessure qui est mortelle, " s'écria-t-il en étendant le bras vers Pratzen.
Pendant ce temps la droite, commandée par le maréchal Davout,2 disputait aux Russes la ligne de Goldbach, dégageant avec la division Friant le général Legrand un moment débordé. Les fantassins s'avançaient au
1. Bagration, a famous Russian gênerai, was born in 1765 and killed atthe battle of the Moskowa in 1812.
2. Davout (duc d'Auerstaedt, prince d'Eckmûhl) was born at Annoux in 1770 and died in 1823. The above stated titles were bestowed upon him as rewards for victories won by him at the same places.
pas contre les uhlans lancés sur eux, bientôt dispersés par la cavalerie légère de Kellermann ;l les batteries russes avaient abattu tous les tambours du premier régiment de la division Cafarelli. Murât2 et Lannes3 attaquaient à gauche quatre-vingt-deux escadrons russes et autrichiens sous les ordres du prince Jean de Lichtenstein. Le général Valhubert avait la cuisse fracassée, ses soldats voulaient l'emporter. " Restez à votre poste, dit-il avec calme. Je saurai bien mourir tout seul. Il ne faut pas pour un homme en perdre six." La garde russe s'était enfin dirigée vers Pratzen ; un bataillon français s'était laissé entraînera la poursuite, il était en danger. Napoléon s'était porté au centre avec l'infanterie de sa garde et le corps de Bernadotte ; il aperçut le désordre. " Menez là les mameluks et les chasseurs de la garde," dit-il à Rapp.4 Lorsque celui-ci revint auprès de l'empereur, il était blessé, mais les Russes étaient repoussés et le prince Repnin prisonnier. Une division russe isolée à Sokolnitz venait de se rendre ; deux colonnes avaient été rejetées au delà des étangs. Le pont se rompit sous le poids de l'artillerie. Le froid était intense ; les soldats crurent se sauver en s' élançant sur la glace, mais déjà les boulets français la rompaient sous leurs pieds ; ils s'abîmèrent dans les eaux du lac en poussant des cris de désespoir. Les généraux DoctorofFet Keinma}'er effectuèrent leur cruelle retraite sous le feu de nos batteries, par une digue étroite séparant les deux étangs de Melnitz et de