ADMINISTRA TION INTÉRIEURE
Napoléon fit entreprendre de grands travaux, partie de faste et d'apparat, partie de véritable utilité publique. A la Colonne de la grande armée,1 récemment décrétée, il ajouta le petit arc de triomphe du Carrousel, et il arrêta le projet d'un arc colossal qui terminerait, vers le couchant, une rue de deux lieues de long ; cette rue s'appellerait la rue Impériale et aboutirait au levant, à l'ancienne place du Trône. La rue n'a jamais été exécutée ; mais l'arc de l'Étoile2 a été repris et achevé sous Iyouis-Philippe. Napoléon fit faire, aux deux bouts de Paris, deux ponts dont l'un fut le pont d'Austerlitz ; le second devait bientôt recevoir d'une nouvelle victoire le nom de pont d'Iéna.
Napoléon décréta le percement du canal du Rhône au Rhin et du canal de l'Escaut au Rhin, et fit étudier le canal de Nantes à Brest. Il fit construire la belle route de la Corniche sur la côte d'Italie, de Nice à Gênes, et les routes latérales à la Moselle et au Rhin. Dans toutes ces créations, le grand administrateur se montrait au niveau du grand guerrier ; mais Napoléon ne se contentait pas de cette double gloire : il entendait administrer souverainement les choses de l'esprit comme celles de la matière.
1, La Colonne de la Grande Armée is the bronze cohimn on the Place Vendôme.
2. iJArc de V Etoile stands at the extremity of the Champs-Elysées. It was begun by Napoléon in 1806 and completed under the reign of Louis-Philippe. On the inside of the monument are inscribed the names of 386 gênerais who took part in the Eevolutionary and Napoleonicwars.
Il rêvait d'avoir son grand siècle littéraire et artiste, comme Auguste,1 comme Léon X,2 comme Louis XIV,3 et même dépasser les autres, et cela en dictant aux écrivains, aux peintres, aux poètes leurs sujets, leurs plans, en substituant son esprit au leur. Il eût voulu que l'Institut, sous son inspiration, fît officiellement la critique des œuvres littéraires.
Il aboutit à stériliser presque complètement la littérature. Les beaux-arts, qui n'ont pas un besoin aussi direct et aussi absolu de liberté, se soutenaient encore, mais baissaient graduellement : l'élégante et noble architecture de la seconde moitié du XVIIIe siècle tournait à un faux classique froid et sec ; il en était de même de la peinture. Il y avait quelque chose de gauche et de raide jusque dans les ameublements: il n'y restait plus rien des gracieuses fantaisies du XVIIIe siècle.
C'était bien pis dans la littérature. Les quelques journaux qui subsistaient tremblaient sous la main de la police et n'obtenaient de végéter qu'à force de nullité.3 Le théâtre subissait une servitude à lui faire regretter amèrement le despotisme plus libéral de Louis XIV. Les livres eux-mêmes étaient soumis à la censure la plus ombrageuse ; celle de l'ancien régime n'était rien auprès ; car, plus d'une fois, au XVIIIe siècle, les censeurs s'étaient faits les complices des
1. Auguste (63 B. C. to 14 A. D.), the nephew of Julius Cffisar, beoa me solo m aster of Rome af ter the victory of Actium. His reign is often oalled the " Golden âge " of the Roman literature.
2. Léon ZXJean de Medicis), who gave lus name to the century in which he lived, was Pope from 1513 to 1521. Hewasa devoted patron of arts, sciences and literature» and had the greatest admiration for the artisl Le works of Antiqruity.
:*. N'obtenaient de végéter qu'à force de nullité, woro allowod to live only on the condition of having no opinion; lit. l>y dint of îiullity. '.
DU XIXe SIÈCLE. !^5
écrivains qu'ils étaient chargés de surveiller; sous l'Empire, tout s'exécutait comme une consigne. Il en résultait que l'histoire, la philosophie, la poésie, tout ce qui est haute littérature et sciences morales, était aplati, étouffé. L,a nullité de la littérature de l'Empire est restée proverbiale : s'il subsistait quelques grands écrivains dans la langue française, Madame de Staël,1 Chateaubriand,2 Joseph de Maistre,3 ils étaient en dehors du monde officiel et ennemis de l'Empire.
Henri Martin.
C'est à peu près à la même époque (Novembre 1806) que Napoléon commit une des plus grandes fautes de son règne. N'ayant pu atteindre l'Angleterre sur terre, s'étant trouvé inférieur à elle sur mer, il établit le blocus continental par lequel il interdisait à tous les Etats de l'Europe de faire du commerce avec ce pays.
Cette mesure autocratique souleva beaucoup d'opposition et fut la cause de beaucoup de résistances : Pemperenr les brisa.
Il chassa du Portugal la famille qui y régnait; il déposséda (1808) les Bourbons qui régnaient en Espagne depuis l'an 1700 et plaça sur le trône de ce pays son frère Joseph4 qui était roi de Naples, où il fut remplacé par Murât,5 Je mari de sa sœur Caroline.
1. Madame de Staël, the daughter of Necker who was minister of finance under the reign of Louis XYI, was born at Paris in 1766. Her principal works are Delphine, Corinne, De V Allemagne, etc. She died in 1817.
2. Chateaubriand (vicomte de) was born at Saint- Malo (Britanny) in 1768. He was a minister under the Restoration and died in 1844- His principal works are Le Génie du Christianisme, Atala, Les Martyrs, Le Dernier des Abencérages, etc.
3. Joseph de Maistre (1754-1821;, whose ultramontane opinions made him famous among the militant royalists and catholics, is the author of Du Pape and Soirées de Saint-Pétersbourg.