‹ Les historiens français du XIXe siècle; with explanatory, grammatical, historical and biographical notes;Chapitre 15 sur 249 · LES PROTESTANTS FRANÇAIS A L'ÉTRANGER · texte numérisé non relu

LES PROTESTANTS FRANÇAIS A L'ÉTRANGER

L'exemple que la petite Genève donna alors est le plus grand, je crois, qu'on puisse trouver dans, l'histoire de la fraternité humaine. Cette ville de seize mille âmes, pendant près de dix ans, reçut, logea, nourrit quatre mille fugitifs. Enorme effort, excessive dépense, et soutenue avec une persévérance admirable. Augmenter sur-le-champ d'un quart sa population, sa consommation, c'est ce qu'aucune ville n'aurait supporté.

Les maisons de Genève ne sont pas grandes. La famille d'alors était serrée et close,1 d'une certaine roideur pour l'étranger et d'un aparté puritain.2 Tout cela disparut. La pitié et la charité changèrent violemment ces choses de forme. Les portes s'ouvrirent grandes. On mit des lits partout. Cinq ou six dans chaque chambre. Telle maison en eut quarante-cinq ! Toutes les habitudes changées, complet bouleversement. La dame genevoise, concentrée jusque-là, un peu prudente et méticuleuse, prend chez elle, avec elle, au saint des saints de la famille, ces pauvres inconnues. Elle coupe ses robes à leur taille, se dépouille pour couvrir des enfants presque nus. Grande table et petite chère. Pour nourrir tout ce monde, elle accepte, elle impose aux siens une sobriété rigoureuse. Elle vide les greniers et les caves. Elle prend l'eau pour elle et réserve le vin pour ces malheureux épuisés.

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