‹ Les historiens français du XIXe siècle; with explanatory, grammatical, historical and biographical notes;Chapitre 187 sur 249 · Débouchent, open · texte numérisé non relu

Débouchent, open

2. Lagrange was a young workman who had been selected by the insurgents to speak in their name. 283

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fenêtres, jetant d'en haut à la multitude dans la cour des bras tendus, des saluts de tête et des allocutious suppliantes emportées par le vent ou éteintes dans le mugissement des étages inférieurs et dans le bruit des coups de feu. Une faible porte qui pouvait à peine laisser passer deux hommes de front servait de digue à la foule arrêtée par son propre poids. Lamartine, soulevé par les bras et sur les épaules de quelques bons citoyens, s'y précipita. Il la franchit précédé seulement de son nom, et se retrouva de nouveau seul en lutte avec les flots les plus tumultueux et les plus écumeux de la sédition.

En vain les hommes les plus rapprochés de lui jetaient-ils son nom à la multitude, en vain 1 elevaientils par moments sur leurs bras enlacés pour faire contempler sa figure au peuple et pour obtenir silence au moins de la curiosité. La fluctuation de cette foule, les cris, les chocs, les retentissements de crosses contre les murs, la voix de Lagrange entrecoupant d'allocutions rauques les courts silence de la multitude, rendaient toute attitude et toute parole impossibles. Englouti, étouffé, refoulé contre la porte fermée derrière lui, il ne restait à Lamartine qu'à laisser passer sur son corps l'irruption aveugle et sourde et le drapeau rouge qu'on élevait sur sa tête comme le pavillon vainqueur sur le gouvernement rendu.

A la fin quelques hommes dévoués parvinrent à traîner jusqu'à lui un débris de chaise de paille sur laquelle il monta, comme sur une tribune chancelante, que soutenaient les mains de ses amis.

A son aspect, au calme de sa figure qu'il s'efforçait à rendre d'autant plus impassible qu'il avait plus de passions à refréner, à la patience de ses gestes, aux cris

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des bons citoyens implorant le silence pour lui, la foule, dont un spectacle nouveau commande toujours l'attention, commença à se grouper en auditoire et à éteindre peu à peu ses rumeurs.

Lamartine commença plusieurs fois à parler; mais à chaque tentative heureuse pour faire dominer son regard, son bras et sa voix5 sur le tumulte, la voix de Lagrange, haranguant de son côté un autre peuple par la fenêtre, faisait remonter dans la salle des éclats gutturaux, des lambeaux de discours et ces hurlements de foule qui étouffaient les paroles et l'action de Lamartine et qui allaient faire triompher la sédition par la confusion. On calma enfin Lagrange, on l'arracha de sa tribune; il alla porter la persuasion dans d'autres parties de l'édifice, et Lamartine, dont le parti grossissait avec le péril, put enfin se faire entendre de ses amis et de ses ennemis.

Il calma d'abord ce peuple par un hymne de paroles sur la victoire si soudaine, si complète, si inespérée même des républicains les plus ambitieux de la liberté; il prit Dieu et les hommes à témoin de l'admirable modération et de la religieuse humanité que la masse de ce peuple avait montrées jusque dans le combat et dans le triomphe; il fit ressortir cet instinct sublime qui avait jeté la veille ce peuple encore armé, mais déjà obéissant et discipliné, entre les bras de quelques hommes voués à la calomnie, à l'épuisement et à la mort pour le salut de tous.

A ces tableaux, la foule commençait à s'admirer elle-même, à verser des larmes d'attendrissement sur les vertus du peuple : l'enthousiasme l' éleva bientôt au-dessus de ses soupçons, de sa vengeance et de ses anarchies.

" Voilà ce qu'a vu le soleil d'hier, citoyens. Et que verrait le soleil d'aujourd'hui? — Il verrait un autre peuple, d'autant plus furieux qu'il a moins d'ennemis à combattre, se défier des mêmes hommes qu'il a élevés hier au-dessus de lui; les contraindre dans leurs libertés, les avilir dans leur dignité, les méconnaître dans leur autorité qui n'est que la vôtre; substituer une révolution de vengeances et de supplices à une révolution d'unanimité et de fraternité; et commander à son gouvernement d'arborer en signe de concorde l'étendard de combat à mort entre les citoyens d'une même patrie; ce drapeau rouge qu'on a pu élever quelquefois, quand le sang coulait, comme un épouvantail contre des ennemis qu'on doit abattre après le combat, en signification de réconciliation et de paix ! J'aimerais mieux le drapeau noir qu'on fait flotter quelquefois dans une ville assiégée comme un linceul pour désigner à la bombe les édifices neutres consacrés à l'humanité, et dont le boulet et la bombe même des ennemis doivent s écarter. Voulez-vous donc que le drapeau de votre République soit plus menaçant et plus sinistre que celui d'une ville bombardée?

— Non, non ! s'écrièrent quelques-uns des spectateurs ; Lamartine a raison ; mes amis, ne gardons pas ce drapeau d'effroi pour les citoyens !

— Si, si! s'écriaient les autres; c'est le nôtre, c'est celui du peuple, c'est celui avec lequel nous avons vaincu. Pourquoi donc ne garderions-nous pas après la victoire le signe que nous avons teint de notre sang ? — Citoyens, reprit Lamartine après avoir combattu par toutes les raisons les plus frappantes pour l'imagination du peuple le changement de drapeau et comme se repliant sur sa conscience personnelle pour dernière

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raison,1 intimidant ainsi le peuple, qui V aimait, par la menace de sa retraite ; citoyens, vous pouvez faire violence au gouvernement, vous pouvez lui commander de changer le drapeau de la nation et le nom de la France. Si vous êtes assez mal inspirés et assez obstinés dans votre cœur pour lui imposer une république de parti et un pavillon de terreur, le gouvernement, je le sais, est aussi décidé que moi-même à mourir plutôt que de se déshonorer en vous obéissant. Quant à moi, jamais ma main ne signera ce décret ! je repousserai jusqu'à la mort ce drapeau de sang, et vous devriez le répudier plus que moi ! car le drapeau rouge que vous nous rapportez n'a jamais fait que le tour du Champ de Mars, traîné dans le sang du peuple en 91 et en 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie ! "

A ces mots, Lamartine, interrompu par des cris d'enthousiasme presque unanimes, tomba de la chaise qui lui servait de tribune dans les bras tendus de tous côtés vers lui ! I,a cause delà République nouvelle l'emportait sur les sanglants souvenirs qu'on voulait lui substituer.

L,AMARTINE.

Au mois d'avril de la même année (1848), les électeurs nommèrent 900 représentants du peuple qui prirent le nom à* Assemblée nationale constituante •, parce qu'ils étaient chargés d'élaborer pour le pays une nouvelle constitution. La tâche du gouvernement était très difficile à cause des divisions qui exis-

1. Gomme se repliant sur sa conscience personnelle pour dernière raison, falling back, as it were, upon his own Personal sentiments for his last argument.

taient dans le parti républicain. Le 15 mai, les républicains avancés et les socialistes essayèrent de dissoudre l'Assemblée par la force, mais échouèrent. Au mois de juin, cependant, la population ouvrière de Paris s'insurgea, et pendant quatre jours on se battit dans les rues.

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