‹ Les historiens français du XIXe siècle; with explanatory, grammatical, historical and biographical notes;Chapitre 227 sur 249 · Les pères, the Jesuit fathors · texte numérisé non relu

Les pères, the Jesuit fathors

DU XIXe SIECLE. 371

L,e peloton qui était resté devant la grille d'entrée, s'ébranla et s'avança vers les otages, à la tête desquels le brigadier Ramain s'était placé pour indiquer la route à suivre. Deux surveillants, appuyés contre le mur, baissaient la tête et détournaient les yeux. Kn passant près d'eux, le président Bonjean dit à très haute voix: " O ma femme bien-aimée ! ô mes enfants chéris!" Etait-ce donc un de ces mouvements de faiblesse naturelle aux cœurs les plus fermes ? Non, cet homme incomparable fut héroïque jusqu'au bout; mais il espérait que ses paroles seraient répétées, parviendraient à ceux qu'il aimait et leur prouveraient que sa dernière pensée avait été pour eux.

Sous la conduite de Ramain, le cortège descendit l'escalier de secours, et, parvenu dans la galerie qui côtoie la cellule des condamnés à mort, rejoignit le premier détachement des fédérés. L,à, on s'arrêta pendant quelques instants. Mégy montrant le petit jardin, disait: " Nous serons très bien ici." Vérig insistait afin qu'on allât plus loin, et, comme pour trouver un auxiliaire à son opinion, cherchait François des yeux; François n'avait pas suivi les otages, il était retourné au greffe. On agita devant ces malheureux la question de savoir si on les fusillerait là ou ailleurs. Ils avaient profité de cette discussion pour s'agenouiller les uns auprès des autres et faire une prière en commun. Cela fit rire quelques fédérés, qui les insultèrent. Un sousofficier intervint: * ' Laissez ces gens tranquilles, nous ne savons pas ce qui nous arrivera demain."

Pendant ce temps, Vérig, Genton et Mégy étaient enfin tombés d'accord : là on serait trop en vue. Ramain ouvrit la petite porte donnant sur le premier chemin de ronde : l'archevêque passa le premier, des-

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cendit rapidement les cinq marches et se retourna. Lorsque ses compagnons de martyre furent tous sur les degrés, il leva la main droite,' les trois premiers doigts étendus, et il prononça la formule de l'absolution. Puis s'approchant de M. Bonjean, qui marchait avec peine, il lui offrit son bras. Toujours précédé par Ramain, entouré derrière et sur les flancs, par les fédérés, le cortège prit à droite, puis encore à droite et s'engagea dans le long premier chemin de ronde qui aboutit près de la première cour de la prison. En tête, un peu en avant des autres, marchait l'abbé Allard, agitant les mains au-dessus de son front. Un témoin, parlant de lui, a dit : " Il allait vite, gesticulait et fredonnait quelque chose". Ce quelque chose était la prière des agonisants qu'il murmurait à demi-voix. Tous les autres restaient silencieux.

On arriva à cette grille que l'on appelle la grille des morts et qui clôt le premier chemin de ronde : elle était fermée. Ramain, qui était fort troublé, malgré qu'il en eût, cherchait vainement la clef au milieu du trousseau qu'il portait. A ce moment Mgr Darboy, moins peutêtre pour disputer sa vie à ses bourreaux que pour leur épargner un crime, essaya de discuter avec eux. "J'ai toujours aimé le peuple, j'ai toujours aimé la liberté," disait-il. Un fédéré lui répondit : " Ta liberté n'est pas la nôtre, tu nous embêtes ! 'n L'archevêque se tut et attendit que Ramain eût ouvert la grille. L'abbé Allard se retourna, regarda vers la fenêtre de la quatrième section et put apercevoir quelques détenus qui les contemplaient en pleurant. On tourna à gauche, puis tout de suite encore à gauche, et Ton entra dans

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