D'après des, according to
anglais, qui s'appelle M. de Ludlow,1 et à causer avec lui du même dessein." On trouve, en effet, dans les Mémoires de Ludlow, vers la même date, un paragraphe dont le sens est :
" J'ai reçu du gouvernement français une invitation de me rendre à Paris, pour parler des affaires de mon pays; mais je me défie de ce gouvernement.,,
Et I^udlow, en effet, resta en Suisse. Vous voyez que l'affaiblissement du pouvoir royal en Angleterre était à cette époque le but de Louis XIV. Il fomentait des dissensions intérieures, il travaillait à ressusciter le parti républicain, pour empêcher que Charles II2 ne revînt trop puissant dans son pays. Dans le cours de l'ambassade de Barillon en Angleterre, le même fait se reproduit sans cesse. Toutes les fois que l'autorité de Charles II paraît prendre le dessus, que le parti national est sur le point d'être écrasé, l'ambassadeur français porte son influence de ce côté, donne de l'argent aux chefs de l'opposition, lutte, en un mot, contre le pouvoir absolu, dès que c'est là le moyen d'affaiblir une puissance rivale de la France. Toutes les fois que vous regarderez attentivement à la conduite des relations extérieures sous Louis XIV, c'est là le fait dont vous serez frappé.
Vous le serez aussi de la capacité, de l'habileté de la diplomatie française à cette époque. Quand on compare les dépêches, les mémoires, le savoir-faire, la conduite des conseillers de Louis XIV avec celle des négociateurs espagnols, portugais, allemands, on est frappé de
1. M. de Ludlow (Edmond), an English Republican and ono of the judges of Charles I, was boni in 1620 and died in 1693.
2. Cliarles IL the son of Charles I, was called to the throne by gênerai Monk in iggo ; he died in 1685.
DU XIXe SIECLE. 25
la supériorité des ministres français. Il n'y a de diplomatie en Europe au XVIIe siècle, qui paraisse égale à la diplomatie française, que la diplomatie hollandaise. Les ministres de Jean de Witt1 et de Guillaume d'Orange, de ces illustres chefs du parti de la liberté civile et religieuse, sont les seuls qui paraissent en état de lutter contre les serviteurs du grand roi absolu.
Portons nos regards dans l'intérieur de la France, sur l'administration de Louis XIV : nous y trouverons de nouvelles explications de la force et de l'éclat de son gouvernement. Parcourez les services publics de tout genre, les impôts, les routes, l'industrie, l'administration militaire, tous les établissements qui appartiennent à une branche d'administration quelconque; il n'y en a presque aucun dont vous ne trouviez, soit l'origine, soit le développement, soit la grande amélioration, sous le règne de Louis XIV. C'est comme administrateurs que les plus grands hommes de son temps, Colbert, Louvois, ont déployé leur génie et exercé leur ministère. Ce fut par là que son gouvernement acquit une généralité, un aplomb, une consistance qui manquaient, autour de lui, à tous les gouvernements européens. Vous voyez que, sous quelque point de vue que nous envisagions ce gouvernement, nous découvrons bientôt les sources de sa force et de son influence. C'est, à vrai dire, le premier gouvernement qui se soit présenté aux regards de l'Europe comme un pouvoir sûr de son fait, qui n'eût pas à disputer son existence à des ennemis intérieurs, tranquille sur son territoire, avec son peuple,
1. Jean de Witt (1625-1672), a famous Dutch Statesman and, with his brother Corneille, the opponents of Guillaume d'Orange, Was killed in a riot.
et s'inquiétant uniquement de gouverner.1 Tous les gouvernements européens avaient été jusque-là sans cesse jetés dans des guerres qui leur étaient toute sécurité comme tout loisir, ou tellement assiégés de partis et d'ennemis intérieurs qu'ils passaient leur temps à combattre pour leur vie. Le gouvernement de Louis XIV a paru le premier uniquement appliqué à faire ses affaires, comme un pouvoir à la fois définitif et progressif, qui ne craint pas d'innover parce qu'il compte sur l'avenir. 11 y a eu, en effet, très peu de gouvernements aussi novateurs que celui-là. Le gouvernement de Louis XIV s'est montré actif dans toutes sortes d'innovations, favorable au progrès des lettres, des arts, de la richesse, de la civilisation, en un mot. Ce sont là les véritables causes de sa prépondérance en Europe ; prépondérance telle qu'il a été sur le continent, pendant tout le XVIIe siècle, non-seulement pour les souverains mais pour les peuples eux-mêmes, le type des gouvernements.
Maintenant on se demande, et il est impossible de ne pas se demander, comment un pouvoir si éclatant, si bien établi à en juger par ce que je viens de mettre sous vos yeux, on se demande, dis-je, comment ce pouvoir est tombé si vite dans une telle décadence.
C'est ici que nous retrouvons le vice incorrigible et l'effet infaillible du pouvoir absolu. Par cela seul2 que ce gouvernement n'avait pas d'autre principe que le pouvoir absolu, ne reposait que sur cette base, sa décadence a été subite et méritée. Ce qui manquait essentiellement à la France de Louis XIV, c'étaient des
1. Et sHnquiétait uniquement de gouverner, and having no cares but those of the government.