Bouches à feu, cannons
3. Peu importait de tirer juste, it mattered little whether they took good aim.
Un moment, les obus des Prussiens, mieux dirigés, jetèrent de la confusion. Ils tombèrent sur deux caissons qui éclatèrent, tuèrent, blessèrent beaucoup de monde. Les conducteurs de chariots, s?écartant à la hâte de l'explosion, quelques bataillons semblaient commencer à se troubler. Le malheur voulut encore qu'à ce moment un boulet vînt tuer le cheval de Kellermann et le jeter par terre. Il en remonta un autre avec beaucoup de sang-froid, raffermit les lignes flottantes.
Il était temps.
Les Prussiens, laissant la cavalerie en bataille pour soutenir l'infanterie, formaient celle-ci en trois colonnes, qui marchaient vers le plateau de Valmy (vers onze heures) . Kellermann voit ce mouvement, forme aussi trois colonnes en face, et fait dire sur toute la ligne : "Ne pas tirer, mais attendre, et les recevoir à la baïonnette."
Il y eut un moment de silence. La fumée se dissipait. Les Prussiens avaient descendu, ils franchissaient l'espace intermédiaire avec la gravité d'une vieille armée de Frédéric, et ils allaient monter aux Français.
Brunswick dirigea sa lorgnette, et il vit un spectacle surprenant, extraordinaire. A l'exemple de Kellermann, tous les Français, ayant leurs chapeaux à la pointe des sabres, des épées, des baïonnettes, avaient poussé un grand cri... Ce cri de trente mille hommes remplissait toute la vallée : c'était comme un cri de joie, mais étonnamment prolongé ; il ne dura guère moins d'un quart d'heure ; fini, il recommençait toujours, avec plus de force; la terre en tremblait. .. C'était : " Vive la Nation!"
DU XIXe SIECIvK. 103
Les Prussiens montaient, fermes et sombres. Mais, tout ferme que fût chaque homme, les lignes flottaient, elles formaient par moment des vides, puis elles les remplissaient. C'est que de gauche elles recevaient une pluie de fer, qui leur venait de Dumouriez.
Brunswick arrêta ce massacre inutile, et fit sonner le rappel.
Le spirituel et savant général avait très bien reconnu, dans l'armée qu'il avait en face, un phénomène qui ne s'était guère vu depuis les guerres de religon : une armée de fanatiques, et, s'il l'eût fallu, de martyrs. Il répéta au roi ce qu'il avait toujours soutenu, contrairement aux émigrés, que l' affaire était difficile, et qu'avec les belles chances que la Prusse avait en ce moment pour s'étendre dans le Nord, il était absolument inutile et imprudent de se compromettre avec ces gens-ci.
Le roi était extrêmement mécontent, mortifié. Vers quatre ou cinq heures, il se lassa de cette éternelle canonnade qui n'avait guère de résultat que d'aguerrir l'ennemi. Il ne consulta pas Brunswick, mais dit qu'on battît la charge.
Lui-même, dit-on, approcha avec son état-major, pour reconnaître de plus près ces furieux, ces sauvages. Il poussa sa courageuse et docile infanterie sous le feu de la mitraille, vers le plateau de Valmy . Et, en avançant, il reconnut la ferme attitude de ceux qui l'attendaient là-haut.
Ils s'étaient déjà habitués au tonnerre qu'ils entendaient depuis tant d'heures, et ils commençaient à s'en rire.
Une sécurité visible régnait dans leurs lignes. Sur toute cette jeune armée planait quelque chose comme
une lueur héroïque, où le roi ne comprit rien. Cette lueur était la foi.
Et cette joyeuse armée qui d'en haut le regardait, c'était déjà l'armée de la République.
MlCHELET.
Comme on Fa vu dans le chapitre sur l'Assemblée Législative, le roi et sa famille avaient été, au mépris des ordres de cette assemblée, transportés au Temple. C'est là que Finfortuné monarque passa les derniers mois de sa vie, c'est-à-dire du 10 août 1792 au 21 janvier 1793.