Palais, tho Court House
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charge. Une foule immense les environnait. Au premier pas hors de la Conciergerie,1 les Girondins entonnèrent d'une seule voix et comme une marche funèbre la première strophe de la Marseillaise, en appuyant avec une énergie significative sur ces vers à double sens :
Contre nous de la tyrannie
L'étendard sanglant est levé.
De ce moment il& cessèrent de s'occuper d'eux-mêmes pour ne penser qu'à l'exemple de mort républicaine qu'ils voulaient laisser au peuple. Leurs voix ne retombaient un instant à la fin de chaque strophe que pour se relever plus énergiques et plus retentissantes au premier vers de la strophe suivante. Leur marche et leur agonie ne furent qu'un chant. Ils étaient quatre sur chaque charrette. Une seule en portait cinq. Le cadavre de Valazé2 était couché sur la dernière banquette. Sa tête, découverte, cahotée par les secousses du pavé, ballottait sous les regards et sur les genoux de ses amis, obligés de fermer les yeux pour ne pas voir ce livide visage. Ceux-là chantaient cependant comme les autres. Arrivés au pied de l'échafaud, ils s'embrassèrent tous en signe de communion dans la liberté, dans la vie et dans la mort. Tous moururent sans faiblesse, Sillery avec ironie; arrivé sur la plateforme, il en fit le tour en saluant à droite et à gauche le peuple, comme pour le remercier de la gloire et de l'échafaud. Le chant baissait d'une voix à chaque coup
1. Conciergerie, a celebrated prison in Paris, is enclosed in the Court House (Palais de Justice) grounds.
2. Valazé (1751-1793), was one the G-irondists who killed himself when he heard his sentence and whose body was taken to the guillotine when his colleagues were executed.
de hache. Les rangs s'éclaircissaient au pied de la guillotine. Une seule voix continua la Marseillaise : c'était celle de Vergniaud, supplicié le dernier. Ces notes suprêmes furent ses dernières paroles. Comme ses compagnons, il ne mourait pas; il s'évanouissait dans l'enthousiasme, et sa vie, commencée par des discours immortels, finissait par un hymne à la Révolution.
Un même tombereau emporta les corps décapités, une même fosse les recouvrit à côté de celle de Louis
Quelques années après, en fouillant dans les archives de la paroisse de la Madeleine,1 pour y retrouver les traces des sépultures du temps, les curieux lisaient sur une feuille de papier timbré le mémoire de frais du fossoyeur de ce cimetière, paraphé par le président qui en autorise le payement à la trésorerie nationale, ces simples mots : " Pour vingt et un députés de la Gironde : les bières, 147 livres ; frais d'inhumation, 63 livres; total, 210."
Tel fut le prix des pelletées de terre qui recouvrirent tout le parti des fondateurs de la république. Eschyle2 ou Shakespeare n'inventèrent jamais une plus amère dérision du sort que ce mémoire du fossoyeur demandant et recevant son salaire pour avoir enseveli tour à tour toute la monarchie et toute la république d'une grande nation.
Telle fut la dernière heure de ces hommes. Ils eurent pendant leur courte vie toutes les illusions de
1. LaMadeteine, <>;ieof the most beautiful ohurohes In Paris, wbb
begun in 1764 and complétée! in 1842-
2. Eschyle-, who is sometimes called tho fatlier of the Greek tragedy, was born in 525 and died in 456 B. C.
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l'espérance ; ils eurent en mourant le plus grand bonheur que Dieu réserve aux grandes âmes : le martyre qui jouit de lui-même et qui élève jusqu'à la sainteté de victime l'homme immolé pour sa conviction et pour sa patrie. Les juger serait superflu. Ils ont été jugés par leur vie et par leur mort. Ils eurent trois torts : le premier de n'avoir pas eu l'audace de leur opinion, en hésitant à proclamer la république avant le 10 août, à l'ouverture de l'Assemblée législative ; le second, d'avoir conspiré contre la constitution, de 1791, qu'ils avaient faite et jurée ; d'avoir ainsi réduit la souveraineté nationale à agir comme faction, prêté leur main au supplice du roi, et forcé la Révolution à employer des moyens cruels ; le troisième, d'avoir, sous la Convention, voulu gouverner quand il fallait combattre.
Ils eurent trois vertus qui rachètent bien des fautes aux yeux de la postérité : ils adorèrent la liberté ; ils fondèrent la république, cette vérité précoce des gouvernements futurs ; enfin ils moururent pour refuser du sang au peuple. Leur temps les a jugés à mort. L'avenir les jugera à gloire et à pardon, et l'on gravera sur leur mémoire cette inscription que Vergniaud, leur voix,1 avait gravée de sa main sur la muraille de son cachot: " Plutôt la mort que le crime!" Potius mori quant fœdari !
A peine leurs têtes eurent-elles roulé aux pieds du peuple, qu'un caractère morne, sanguinaire, sinistre, se répandit, au lieu de l'éclat de leur parti, sur la Convention et sur la France. Jeunesse, beauté, illusions, génie, éloquence antique, tout sembla disparaître avec eux de la patrie. Paris put se dire ce que s'était dit