JUGEMENT SUR LA CONVENTION
Son souvenir est demeuré terrible ; mais pour elle il n'y a qu'un fait à alléguer, un seul, et tous les reproches tombent devant ce fait immense : elle nous a sauvés de l'invasion étrangère ! Les précédentes assemblées lui avaient légué la France compromise,1 elle légua la France sauvée au Directoire et à l'Empire. Si en 1793 l'émigration fût rentrée en France, il ne restait pas trace des œuvres de la Constituante et des bienfaits de la Révolution ; au lieu de ces admirables institutions civiles, de ces magnifiques exploits qui signalèrent la Constituante, la Convention, le Directoire, le Consulat et l'Empire, nous avions l'anarchie sanglante et la tyrannie. En repoussant l'invasion des rois conjurés contre notre république, la Convention a assuré à la Révolution une action non interrompue sur le sol de la France, et a donné à ses œuvres le temps de se consolider, et d'acquérir cette force qui leur fait braver l'impuissante colère des ennemis de l'humanité.
Aux hommes qui s'appellent avec orgueil patriotes de 89, la Convention pourra toujours dire: "Vous aviez provoqué la lutte, c'est moi qui l'ai soutenue et terminée."
A. Thiers.