CHANT ROYAL DE LA ROSE
MAjESTi-EUSEMENT, ainsi que des paons bleus, S'envoleront vers toi les strophes du cantique; El mes vers diaprés qui te devront leurs feux Viendront auréoler ta beauté pathétique.
La rose est ton emblème et, pour t'y comparer, Il m'a suffi de voir celte Heur te parer. Au jour, où, parmi nous, tu descendis, déesse. Quel sceptre fut tenu par cette main ? Tes yeux Ont-ils des souvenirs ? Ta paupière s'abaisse ? Fut-elle close par un baiser de ces dieux Qui te firent ton cœur de farouche tigresse .''
Faut-il te dédier le rhythme somptueux
Dont Beisabé, jadis, écouta la musique.
Quand le fils de David, chef des bardes hébreux.
Célébrait son amour dans une gloire unique ?
Recueillerai-je, moi, le grand souffle inspiré
Qui va. battant les vents, comme un aigle effaré ?
Serai-je le servant d'une telle maîtresse ? Regardez, Elle passe et ses pieds dédaigneux. Ses pieds bruns et légers que nulle fleur ne blesse. Se posent sur le sol qu'ils rendent lumineux : Elle n'a pas un cœur de farouche tigresse.
J'évoquerai pour toi les pays fabuleux :
Un temple, dans un bois de pins, près d'un portique,
Une île en fleurs éclose au sein des flots houleux,
Athènes, Delphes, Rome en leur grandeur antique.
De ces noms-là, ton nom ne peut se séparer !
Ton âme est-elle humaine, ô toi qui m'apparais ?
Regrettes-tu les temps où, nymphe chasseresse,
Tu lançais dans les champs tes chiens audacieux ?
Regrettes-tu Platon, Diotime, l'ivresse ?
O dis moi quels soleils, quelles nuits et quels cieux
Te donnèrent ce cœur de farouche tigresse !
Les printemps de Thulé ont des soirs nébuleux Et, du lac, qui repose en un sommeil magique, S'élèvent des vapeurs aux replis onduleux Où se joue un rayon de la lune féerique. C'est dans un soir pareil que je te vis errer. Que tu t'agenouillas, soudain, pour respirer La rose qu'un jasmin nouait avec mollesse. Puis que tu te dressas d'un air victorieux. La rose et le jasmin sont morts de ta caresse Et ton regard sembla devenir anxieux :
Tu n'avais plus ce cœur de farouche tigresse.
J'implore le baiser de ta lèvre traîtresse Comme le fit la fleur du jardin ténébreux, Seul ton baiser viendra consoler ma détresse Reine, et j'y survivrai, car mon cœur amoureux Est féroce à l'égal de ton cœur de tigresse.