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THÉORIES PHILOSOPHIQUES ET ESTHÉTIQUES

Quand le livre parut, en 1901, La Revue d' Action française donna en bibliographie une note, âprement relevée depuis par des polémistes libéraux, et disant que les lecteurs habituels de M. Maurras et de l’yl . F. savent « que les théories philosophiques et esthétiques d ' Anthinèa forment le fondement même de ma politique ».

Le pronom possessif et l’absence d’épithète élogieuse nous donnent à croire que la note avait été écrite par M. Maurras lui-même.

M. Maurras a depuis lors ramené à des proportions plus modestes l’importance de « ce fondement ». Nous observons, nous, que c’est dans le domaine esthétique et à propos d’œuvres d’art que s’est produite une lézarde à la parfaite unité classique de M. Maurras. Tout

artiste qu'il soit à sa manière, si frémissant qu’on le devine devant des œuvres qui évoquent pour lui des idées, M. Maurrras a trop peu le sens des arts plastiques pour en être un bon théoricien, et il a bien fait de ne plus s’en occuper dans ses œuvres de la maturité. Dans Anthinéa, il définit l’esthétique « la science du sentiment » W. C’est trop peu. Et peut-être cette définition impliquait-elle une nuance péjorative. Il a dit de la sculpture de Phidias qu’elle était philosophique (1 2). Cet adjectif n’est pas faux, mais il classe mal. Cette sculpture est surtout la merveille de l’art plastique. Et il écrit, en étudiant et en interprétant la tête archaïque de jeune homme déposée en 1887 (3) au musée de l’Acropole : « N’en doutons plus. Nous assistons à un effort de sensibilité et d’intelligence critiques... L’objet du sentiment montré ici passe nos communs intérêts. Ou je me trompe fort ou le sérieux éphèbe se sent supérieur. Il juge la terre et le ciel. » t

(1) Anthinéa, p. VI.

(2) Anthinéa, p. 142.

(3) Sous le n° 689.

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Ou je me trompe fort à mon tour, ou M. Maurras s’est contemplé lui-même dans ce visage de jeune homme et il lui a attribué son propre élan intérieur, sa propre ardeur mentale et intellectuelle. Les éphèbes grecs, en sculpture, ne jugent pas la terre et le ciel.

J’aime mieux M. Maurras quand il écrit, à propos de la Proserpine du fronton de Londres : « Cette femme s’épanouit comme une grande fleur d’été. » Belle image parfaitement juste, mais trouvaille d’écrivain plutôt que d’esthéticien.

Enfin, et voici qui est plus grave — tout enivré d’esprit classique, M. Maurras lui sacrifie une bonne partie de notre art national qu’il appelle « la chansonnette gothique » P).

Un passage qu’il faut citer explique ce juvénile dédain : « On se demande quelle iniquité de la fortune a permis à cet archaïsme attique de mûrir et d’atteindre au juste degré par la naissance et l’influence du plus sublime esprit humain, au lieu que ce maître désiré, nécessaire, ce Phidias indispensable, fut refusé

(1) Anthinéa, p. 92.

cruellement à notre archaïsme français » (P.

Sacrifier aux grands classiques l’art du xm° siècle français qui offre aux yeux clairvoyants les memes qualités éternelles vivifiées par un autre sentiment est bien injuste. Si nos cathédrales et nos sculptures du xme siècle sont, pour la plupart, anonymes, c’est que les manuscrits qui mentionnaient le nom de leurs auteurs ont été détruits. Le grand nom de Phidias aurait pu manquer aussi à la Grèce. C’est grand hasard qu’il nous soit parvenu et il est probable que d’autres noms se sont perdus qui méritaient autant de gloire. Les chefsd’œuvre du Moyen âge français, s’ils avaient un'auteur certain, feraient rayonner la gloire de ce nom à l’égal des plus grands de l’antiquité.

M. Maurras aime à préciser et à préférer. Il définit, mais il restreint. C’est un défaut que nous aurons à lui reprocher en politique comme en critique littéraire. « Chansonnette gothique » nous appauvrit trop.

Je crois deviner pourquoi M. Maurras est si injuste.

(1) Anlliinè a, p. 113.

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C’était encore une manière de combattre les romantiques que de traiter avec dédain l’art gothique qu’ils ont tant vanté, mais il eût été de meilleure critique d’observer que ces admirateurs souvent indiscrets n’ont guère vanté dans l’art du Moyen âge que le pittoresque, le prétendu désordre et le mystérieux cabalistique. Or c’était le comprendre peu. De plus, ils ont eu bien souvent le tort de dresser l’art français du xme siècle contre l’art classique du xvne, ce qui était proprement absurde. Un vrai critique s’attacherait au contraire à dégager de l’une et de l'autre manifestation de sensibilité les règles générales qui sont communes aux chefs-d’œuvre de tous les temps.

J’ajoute que cette façon de comprendre la critique serait bien plus nationaliste et par conséquent bien mieux d’accord avec l’œuvre entière de M. Maurras. Mais ceci parait lui avoir échappé. Trop de passion l’a empêché d’être juste. Ce n’est pas la seule occasion qui nous sera offerte de faire la même remarque.

Qu’on ne croie point cependant que je veuille chercher querelle à M. Maurras sur des questions qui après tout ne sont pas de sa spécialité.

Mais on a trop répété qu ' Anthinéa est un chefd’œuvre. Je suis obligé de montrer que c’est un livre de jeunesseœt qu’il en porte les marques. C’est mon rôle que de définir le tempérament de cet écrivain et par conséquent de le délimiter.

Et cependant M. Maurras est un artiste! Mais c’est un artiste intellectuel. Je veux dire qu’il est artiste en idées, en raisonnements, et qu’il a des trouvailles de style.

Voici une vision bien décrite : « Les unes emplissaient des brocs et les autres trempaient des toiles. Et d’autres s’en venaient de l’extrémité d’un sentier mollement infléchi, les pieds nus, la cruche d’argile en équilibre au-dessus du front. Je venais de trouver en Corse plusieurs occasions d’admirer ce dernier mouvement. C’est le plus beau qui soit, car il met en valeur les qualités d’un jeune corps, non seulement dans sa forme mais dans sa grâce. La poitrine se gonfle et se modèle comme un vase, elle s’ouvre comme une fleur. Le cou se pose. Les reins se tendent nerveusement : devenue plus grave et plus souple, mesurée avec une inappréciable sagesse, la marche est déroulée dans l’esprit comme une musique. La colonne

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vivante se déplace, glisse, se meut sans s’interrompre par une saccade brusque ni souffrir d’aucune brisure. Elle épouse la forme nuancée de la terre, se compose avec tous les moindres reliefs et ressemble ainsi à la tige d’un bel arbrisseau délivré, se mouvant sur le sol sans l’abandonner d’une ligne. » (D

Du môme ordre, cette exclamation que lui inspire un coin de Florence : « Quelle merveille que le déroulement des gradins sur l’un des flancs intérieurs du Bargello ! » (1 2)

Et du même ordre encore ces lignes écrites à Athènes : « Parlons des jeux. Les mouvements d’ensemble des équipes gymnastiques ressemblent, pour la règle, l’accord, la sûreté savante et douce des mêmes gestes pris et repris en demi-chœur à une musique parfaite. On est tout assailli de souvenirs platoniciens » (3).

Remarquez ces derniers mots. Devant les chefs-d’œuvre M. Maurras regarde et juge en littérateur. Tel est son tempérament. Les visions ne le touchent que par l’intermédiaire

des idées qu'elles éveillent en lui. Qu’il le veuille ou non, la beauté des jeunes canéphores se lie dans son esprit à une idée littéraire de pureté classique et elle s’oppose au pittoresque et au tumulte romantiques.

Cette particularité ne diminue en rien la vivacité de l’émotion (sans laquelle il n’est pas d’artiste), mais elle situe cette émotion en dehors de la plastique dans le pur domaine intellectuel. Il y a par exemple dans Anthinéa un passage (qui pourrait être taxé d’un peu de romantisme) mais qui me plaît infiniment :

«... Quand, au plus haut de l’escalier, mes yeux s’ouvrirent, la première colonne des Propylées se tenait debout devant moi : toute dorée, mais toute blanche, jeune corps enroulé d’une étoffe si transparente qu’on n’en saisit point la couleur, la chair vive y faisant elle-même de la lumière. Elle montait des solides dalles de marbre, ferme sur sa racine élargie à la base. Dans toute la longueur, comme des ruisseaux d’un feu sombre, les cannelures symétriques s’enfuyaient dans le libre élément aérien où luttait son sommet misérable et meutri. Il fallut peu de temps

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pour prendre connaissance de la silhouette souffrante et souffrir avec elle, avec tout le sage univers, de tous les coups barbares qui l’ont décapitée... Oserai-je écrire ce qui suivit? Pourquoi non, si j’osai le faire? Sur cette colonne, aperçue la première du chœur des jeunes Propylées, j’entourai de mes bras l’espace, autant que je pus en tenir, et, inclinant la tête, non sans prudence à cause d’une troupe d’Américains qui se rapprochaient avec bruit, prenant même grand soin que l’on ne me crut en train de mesurer sa circonférence, je la baisai de mes lèvres comme une amie » f1).

L’état d’esprit est-il un peu outré ? En ce cas, Userait romantique. Maisje le sens sincère. Et c’est l’un des passages que je préfère dans tout le livre. Il atteste l’accord étroit entre la sensibilité intellectuelle de l’homme et les idées acquises par l’éducation ou la réflexion. Il prouve que M. Maurras, en venant à Athènes pour se confirmer dans ses opinions, avait trouvé dès avant son arrivée sa vérité défini-

tive. Et il était juste, après tout, qu’il témoignât de la tendresse à celle qui l’introduisait dans le sanctuaire où il allait célébrer à nouveau pour lui-même et pour beaucoup d’autres « la naissance de la Raison ».

On remarquera que ce qu’il y a de direct et de sensuel dans ce besoin de toucher et d’étreindre se trouve immédiatement transposé dans le domaine des idées. A ce trait, l’on reconnaît le tempérament particulier de M. Maurras. L’émotion physique devient tout de suite une émotion intellectuelle. De ces deux éléments unis naît une belle harmonie.

« Durant un mois j’ai su ce que c’est que la grâce, j’ai su ce que c’est que la force, et j’ai connu par un toucher sensuel et physique ce que c’est que la claire essence de leur parfait1 accord » 0).

M. Maurras est ému mais il règle ses émotions. Il a des nerfs et une certaine sorte d’imagination, mais il les soumet à l’intelligence. Aimer avec passion, haïr avec excès, mais régler ces deux passions pour les subordonner

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aux exigences de la raison, tel est en résumé l’enseignement que M. Maurras était venu chercher à Athènes et telle est, en quelques mots, la leçon d 'Anthinéa. Pour louer ce livre pleinement, attachons-nous donc avant tout à la qualité et à l’enchaînement des idées.

Dans L’Action Française et la Religion Catholique , M. Maurras a été obligé de défendre son livre :

«'Ce qui frappe les yeux tout de suite, c’est l’âpre passion civique exprimée à toutes les pages avec une ardeur continue et dans le langage d’un homme qui, vivant par la pensée plus que par l’action, transpose ainsi des sentiments de soldat et de citoyen dans la sphère de la méditation et de la poésie. On y sent la passion de l’ordre et celle de la patrie ; comme instrument de l’ordre à travers les siècles le culte de la tradition ; comme instrument de patriotisme, l’étude religieuse des leçons du passé et des spectacles troublés du présent ». Patriotisme historique, nationalisme politique, tout cela est cohérent. Et M. Maurras a le droit de dire que ce livre tend à ranimer le goût des principes.

Je ne prendrai pas partie dans la querelle que lui ont faite des catholiques libéraux. Le fond de la querelle, si j’ai bien compris (car c’est terriblement embrouillé) repose sur la question de savoir si l’on peut, du point de vue catholique, trouver dans Anthinéa assez de « paganisme » pour faire condamner le livre par l’autorité ecclésiastique. Je ne m’étonne pas que la réponse ait été négative.

M. Maurras n’était pas plus païen, au sens religieux du mot, en écrivant Anthinéa que ne le furent, en Italie, Raphaël ou Léonard, et que ne le furent, en France, Ronsard ou Racine. Son paganisme n’a rien de religieux. 11 comporte une adhésion à des principes intellectuels d’ordre moral.

C’est peut-être beaucoup (1), mais ce n’est que cela.

(1) Dans V Etang de Berre, pages 310-364, il écrit: « Paganisme enivrant... » « Il y a quelque part un petit garçon de huit ans qui, lorsqu’il lui plaît de renaître, m’apporte dans ses yeux l’allégresse des Primitifs. Je le revois tel qu’il était sous les tilleuls et les lauriers-roses de sa Provence et penché sur le livre qu’il lisait du matin au soir. L 'Odyssée était sa passion... Ce grand calomnié d’Ulysse le fascinait.

— Soit, disait-il un peu plus tard au catéchiste, mais pourquoi pas Phœbus, Appollon ou Pallas ? »

On distingue dans Anthinèa les linéaments déjà solides de ce qui allait devenir une méthode intellectuelle. M. Maurras s’attache aux causes et aux principes. Quand il croit les avoir discernés il en forme une sorte de faisceau lumineux qu’il projette sur notre histoire littéraire et politique et sur celle des autres pays. Il compare. Il note les différences de temps, de lieux et de circonstances, mais il n’abandonne jamais dans ces travaux qu'il appelle des vérifications la préoccupation des causes générales et la constatation des résultats.

Ce système d’études ira se précisant, se développant et se perfectionnant à mesure que M. Maurras ira lui-même en se précisant et en se développant. Dans Anthinca, cette méthode est encore un peu confuse mais elle s’y trouve en substance. Les pages sur la prétendue Démocratie grecque, sur ses caractéristiques réelles, sur son évolution progressive et sur ses

résultats sont déjà comme un premier crayon de la doctrine politique dont il allait poursuivre, d’année en année, la constitution. Ce sont les mêmes méthodes d’enquête et de vérification.

Anthinèa a le mérite de nous montrer, sous une forme spontanée et presque instinctive, des idées et des sentiments qui, plus tard, deviendront systématiques. Par ses réussites la Grèce lui apparaît déesse de l’Ordre dans la vie intellectuelle. Par ses malheurs et comme a contrario, elle lui donne le même enseignement en ce qui concerne l’ordre politique.

Et maintenant tâchons de comprendre dans quel état d’esprit ce livre a été écrit. M. Maurras a toujours été un homme de cabinet. C’est devant sa table de travail qu’il lit, qu’il réfléchit, qu’il choisit et qu’il enchaîne des idées. Quand il observe la vie quotidienne et les mœurs, c’est pour vérifier si ces idées s’accordent avec les spectacles de la vie.

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Ainsi en a-t-il agi en 1896. Manifestement il est parti pour la Grèce avec des sentiments et des idées préconçues, idées littéraires, notions artistiques, idées philosophiques et sociales. Sa préoccupation constante devant les chefs-d’œuvre, devant les paysages, dans les théâtres et les conversations, c’est de vérifier ces idées, de les étayer par des arguments nouveaux, de les amplifier et de les ordonner en théorie générale.

l)’une telle méthode et d'un tel voyage les bénéfices d’ordre intellectuel sont innombrables.

Toutes ses études, tous ses goûts, toutes ses tendances (fussent-elles encore confuses) l’avaient préparé à recevoir et à faire fructifier les semences du génie classique. Dans ces paysages homériques, devant ces architectures incomparables, il semble que M. Maurras n’ait plus qu’à s’écouter lui-même :

« Fatigué soit d’une discussion superflue, soit de courses continuelles, il m’arrivait d’être assis dans un lieu désert et je sentais alors les choses faire en silence leur ouvrage au dedans de moi. Je les priais d’agir, de me modifier, en m’abandonnant à leur

soin. Tantôt à l'un des carrefours où se trouve quelque monument de la vie antique, tantôt dans l’ombre fraîche des corridors du grand Musée, il me suffisait de poser n’importe où le regard. Je laissais les petits éléments athéniens affluer et me pénétrer comme on ouvre l’accès de son âme, en un soir d’été, aux forces du ciel plein d’étoiles. Plus que toute méditation, cette torpeur contemplative m’inspirait le sens et la divination de la ville : incrusté et comme pétrifié en elle, il me semblait que je devinsse animé de la même vie qu’un de ses marbres... Les longues heures employées de cette sorte m’ont du moins fait comprendre qu’on puisse aimer comme une créature de chair la matière du Pentélique et crier : le voilà , et sentir son cœur battre, partout où brille une parcelle de la belle pierre dorée. »

Malgré le joli tournant de la dernière phrase nous savons maintenant que ce n’est pas dans l’ordre plastique que M. Maurras a reçu les révélations d’Athènes. C’est dans le domaine des idées, dans l’ordre littéraire et dans l’ordre politique. Je ne nie point que ces révélations ne soient en même temps d’un certain ordre esthétique mais, enfin, ce qui s’est révélé à M. Maurras dans les heures fécondes de ce printemps 1896, c’est le sens profond d’Homère,

la logique souveraine d’Aristote (dont il poursuivra l’étude) et la conception de la vie sociale dans les sociétés antiques que l'on appelle à tort démocraties et qui furent, à leur époque de perfection, des sociétés aristocratiques.

Dès le début du livre, il s’écrie : « Nous avons fait pendant la nuit le tour entier du Péloponèse. On en voit maintenant les dernières montagnes. Aux nuages a succédé une lumière claire et douce. Mes chers amis de France, si vous saviez combien tout cela nous est fraternel ! » On sent à ces derniers mots que son dessein préconçu est de confronter aux chefs-d’œuvre classiques les opinions qu’il s’était faites en France sur les conditions de la renaissance d’un ordre classique, du point de vue littéraire et du point de vue politique.

Ecoutez ce dialogue si caractéristique :

« Un voyageur de profession, fier d'avoir aperçu un grand nombre de pagodes et de mosquées :

— Vous avez, me disait-il, un esprit tout atrophié et une tête rétrécie par l’éducation classique.

— Eh ! lui répliquai-je en moi-même, l'éducation romantique n’aurait-elle point embrouillé et désor-

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ganisé ce que vous aviez de cervelle ? Admettons que, de nous, ce soit moi qui fasse l’erreur. Mais l’erreur esL précieuse si elle me met en état de comprendre et de ressentir ce que l’histoire intellectuelle de l’uni vers nous présente de mémorable. Elle me procure une foule d'explications lucides de ce qui nous touche le plus. Au contraire, si l’on admet que vous ayez la vérité, que contient-elle de pratique, de nourricier et d’assimilable pour vous?... Un principe de curiosité infinie ! Votre pensée n’est rien que du vagabondage. Tout lien avec la race de vos pères spirituels et la suite de vos civilisations est coupé misérablement... Vous êtes une sorte de chaos ambulant, embarrassé même pour dire quoi vous aimez. N’ayant rien choisi, ne préférant rien, végétant dans une indifférente inertie, vous affectez une mobilité extrême... »

Voilà les idées que lui suggère Athènes. Il serait plus juste de dire — puisque nous avons maintes fois retrouvé ce point de vue dans les articles de critique d’avant 1900 — voilà les idées qu’Athènes lui confirme. Il oppose à la curiosité sans limite un choix permanent qui équivaut à une certitude. Il est le partisan d'une beauté précise et déterminée, en opposition aux charmes insaisissables de l’infini. Dans l’innombrable trésor des connaissances parti-

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culières, il cherche l’ordre qui les fixe et les idées qui les rassemblent. Il veut constater entre les effets et les causes des relations stables, permanentes, essentielles, afin de pouvoir remonter aux causes. De ces causes ellesmêmes, il cherche dans les plus grands écrivains une expression nette et universelle. Du style dorique à la poésie d’Homère, de Virgile, de Dante, et de Racine, il trouve partout chez les classiques cette aptitude à concevoir l’universel et il ne le trouve pas chez les romantiques. C’est ainsi qu’il fait constamment à notre littérature et à notre politique modernes l’application des principes éternels dont Athènes, Rome, Florence et Paris furent, chacun à son époque, les interprètes incomparables. De chacune de ces villes au plus bel instant on peut répéter ce que M. Maurras dit de l’Attique : « Elles furent le genre humain civilisé. »

Qu’un excès d’idéologie gâte par-ci par-là cette recherche toujours passionnée, il se peut. C’est dans un chapitre d ' Anthinèa f1)

que l'on trouve au cours d’un paragraphe descriptif ces quatre mots « le docte jeu de la sophistique » où il est impossible de ne pas reconnaître une complaisance secrète. M. Maurras a la passion du raisonnement. En art cela ne conduit à rien. Dans le domaine politique (et surtout en France) cela donne de beaux résultats.

Dans Antliinéa, comme dans une esquisse de premier jet, on retrouve la plupart des fortes idées qui, plus tard, en se vérifiant, s’amplifiant et se coordonnant, formeront une Doctrine.

« La brève destinée de ce que l’on appelle la démocratie dans l’antiquité m’a fait sentir que le propre de ce régime n’est que de consommer ce que les périodes d’aristocratie ont produit. La production, l’action demandait un ordre puissant. La consommation est moins exigeante. Ni le tumulte, ni la routine ne lui déplaît... (L »

Et encore :

« Tout peuple constitué raisonnablement

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