BRUNEL
7« arrondissement. — 1,947 voix,
Brunel (Antoine-Magloire) est un déclassé que les derniers événements du siège de Paris ont jeté dans le camp révolutionnaire, où il était auparavant complètement inconnu.
C'était un propriétaire, ancien sous-lieutenant de cavalerie, âgé de quarante ans, qui exerçait les fonctions de commandant du 107® bataillon (11* régiment de marche) de la garde nationale, pendant le siège de Paris.
Irrité de la capitulation du gouvernement de la défense et décidé à s'y opposer de toutes ses forces, Brunel, de concert avec le lieutenant-colonel Piazza, essaya de soulever la garde nationale et d'empêcher toute négociation avec les Prussiens.
Un ordre du jour signé le général Piazza et contresigné du général chef d'état-major Brunel fut affiché dans la nuit du 27 au 28 janvier. Cet ordre prescrivait à la garde nationale de se rendre aux secteurs, de prendre possession des forts, d'empêcher ainsi la remise des positions avancées aux Prussiens et la cessation des hostilités.
La garde nationale ne répondit pas à cet appel, et les deux signataires de cet ordre du jour, Piazza et Brunel, furent arrêtés le 29 et traduits devant un conseil de guerre. Le conseil les acquitta sur le chef relatif h l'attentat ayant pour but d'exciter la guerre civile en portant les citoyens à s'armer les uns contre les autres ; mais il les déclara coupables d'avoir, le 28 janvier, sans droit et sans motifs légitimes, usurpé le titre et les fonctions de général. Brunel fut, ainsi que Piazza, condamné à deux ans
d'emprisonnement, par jugement en date du 11 février.
Délivré par des gardes nationaux qui brisèrent les portes de sa prison, Brunel se déroba aux poursuites du gouvernement, et devint un de ses plus acharnés adversaires.
Le Comité central le nomma général en chef et lui donna le commandement d'un des corps d'armée qui tentèrent cette inepte sortie des premiers jours d'avril. Nommé membre de la Commune, Brunel se mêla peu à ses discussions et veilla aux opérations militaires sur la rive gauche. Il resta ainsi longtemps à Issy, et après la prise du fort, dans les villages de Vanves et d'Issy.
Brunel semblait peu sympathique à la Commune, qui le voyait du reste et le connassait peu, et qui ne trouvait pas dans son passé les garanties politiques qu'elle demandait à ceux qui, comme lui, tenaient entre leurs mains la force militaire, c'est-àdir<* l'existence de la Révolution. C'est en effet, crDvons-nous, une question personnelle qui a jeté Brunel dans le parti communaliste, plutôt que les principes révolutionnaires, dont ce général ne semblait pas avoir eu la moindre idée avant: ces événements.
La Commune le savait en outre dévoué au Comité central, cette épce de Damoclès toujours suspendue sur sa tête. L'absence presque systématique de Brunel à ses séances n'était pas, du reste, faite pour lui concilier la confiance de gens aussi soupçonneux que les membres de la Commune.
Brunel vota pour le Comité de salut public. Il était chef de la 10* légion et commanda le corps qui essaya de dégager le fort de Vanves.
Au physique, c'était un homme d'une taille élevée ; sa figure bronzée et sa moustache bien affilée lui donnaient un air de crânerie toute militaire.
Il a du reste prouvé, si ce n'est son talent, du moins un courage digne d'une meilleure cause, dans ses opérations au lycée de Vanves et dans le village d'Issy.
Brunel, qu'on a d'abord dit arrêté et fusillé, a réussi d'après les renseignements les plus certains, à se sauver et à quitter la France.
CHALAIN.
17e arrondissement. — 4,545 voix.
Chalain (Louis) est né le 10 janvier 1845, à Plessis-Dorin (Loir-et-Cher). C'est un jeune homme dans toute la force de l'âge, d'une nature robuste, un beau garçon dont la figure, ornée de cheveux bruns, ne manque ni d'élégance ni de virilité.
Chalain était ouvrier tourneur en cuivre et faisait partie de l'Internationale.
Sous l'Empire, il eut à subir plus de dix perquisitions et un nombre infini d'interrogatoires. Le troisième procès de l'Internationale, dans lequel ont figuré beaucoup de membres actuels de la Commune, est le piédestal sur lequel Chalain a édifié sa fragile popularité.
Chalain est doué d'une intelligence très-médiocre et d'une présomption excessive, ce qui va toujours ensemble ; il possède un magnifique organe, une voix sonore et une prestance remarquable ; c'est ce qui lui a valu sa réputation et les honneurs dont on l'a comblé. En effet, les prévenus du procès de l'Internationale avaient fait rédiger par deux des leurs, MM. Theisz et Avrial, une défense collective à laquelle Tolain avait môme, nous assure-t-on, mis la dernière main. On choisit Chalain comme le lecteur
dont la voix était seule capable de faire ressortir cette déclaration, que le public a attribuée à tort à Ghalain.
La lecture de cette défense, véritable programme de internationale, donna à ce jeune homme une notoriété due, comme nous venons de le dire, uniquement au hasard.
Pendant le siège, Chalain s'occupa plus de l'administration de son arrondissement (Grenelle) que de la guerre et de la politique. Mais, dès la Révolution du 18 mars, on le vit entrer, avec ses coaccusés de l'Interna! ionale, dans le mouvement communaliste. La réputation de Chalain est entièrement surfaite; c'est un jeune ambitieux plein de vanité et d'ignorance, qui fait beaucoup de bruit et peu de besogne.
Il est à remarquer que ce n'est pas dans l'arrondissement qu'il avait administré, à Grenelle, qu'on Ta élu. Il est venu, au moment des élections, habiter Batignolles et s'y est porté candidat. Il a été nommé grâce à son titre de membre de l'Internationale, et grâce au souvenir du dernier procès intenté à cette association.
Chalain fut choisi comme membre de la Commission de sûreté générale et passa ensuite h la Commission du travail et d'échange, pour revenir à la Commission de sûreté, où il était tout-puissajit.
Son ton sec, cassant, prétentieux lui aliéna toutes les sympathies, et son manque absolu d'in telligence politique le rangea au nombre des nullités de la Commune.
Il resta con^plétement effacé à la Commune, où il ne parla presque jamais, n'ayant pas tous les jours le bonheur de se faire un succès avec les œuvres d'autrui.
Il ne fut ni violent ni modéré, car il n'avait point d'idées et se tint le plus souvent dans une prudente réserve & la Commune.
Nous croyons pouvoir expliquer ainsi le mutisme de Ghalain : il a été un de ceux qui se sont le plus opposés à la publicité des séances, et il voulut protester probablement contre cette publicité par son silence presqu^î absolu à la Commune. Depuis, Chalain a demandé que le public pût assister aux séances de la Commune; mais alors d'autres collègues ont repris son ancienne idée et s'y sont vivement opposés. Ces tergiversations et ces contradictions prouvent l'instabilité des opinions de Ghalain.
On ignore ce qu'est devenu Ghalain depuis la défaite de la Commune.