‹ Les hommes de la Commune: biographie complète de tous ses membresChapitre 50 sur 58 · SICARD · texte numérisé non relu

SICARD

T arrondissement. — 1,699 voix

A. Sicard était un marchand de crinolines établi dans la rue du Bac qui s'était mêlé activement au mouvement des réunions publiques dont il fut un des organisateurs dans son quartier.

C'est la salle du Pré-aux-Clercs qui fut le théâtre de ses nombreux exploits oratoires; c'est là qu'il acquit une certaine popularité parmi les habitués des réunions.

Mais ses admirateurs n'étaient pas, semble-t-il, bien nombreux, car il ne put réunir que 1,699 voix aux élections complémentaires du 7* arrondissement. Grâce à la législation électorale si commode adoptée par ses collègues, il put siéger à la Commune , dans laquelle refusèrent d'entrer MM. Hogeard et Briosne, nommés dans les mômes conditions et même avec un chiffre de voix plus élevé.

Son vote pour le Comité de salut public fut assez ambigu, il vota contre le mot de salut public qu'il appela uun de ces mots ronflants qui restent souvent

lettre-morte »> ; mais il finit par adopter Tensemble du projet et par approuver la création d'un Comité de salut publie, parce qu'il déclara être d'avis de prendre des mesures radicales et sérieuses.

Dans la bouche (rénergumènes et d'ignorants comme le sont tous ces orateurs de réunions publiques, on sait ce (jue veulent dire « des mesures radicales et sérieuses. » Habitués à saturer leur public de mots ronllants et d'expressions exagérées qui sont inoffensives dans la bouche d'orateurs, ces clubistes se croient obligés, une fois arrivés au pouvoir, d'appliquer leurs ineptes et dangereuses théories, (jui ne deviennent plus alors lettre-morte, mais de terribles réalités.

Sicard ne prit qu'une faible part aux discussions de la Commune; membre de la majorité, dont il représentait bien l'incapacité pleine de violence, il fut placé dans la Commission de la guerre où il n'eut pas longtemps à exercer ses nouvelles fonctions.

Sicard était un homme d'un peu plus de trente ans, qui ne jouissait pas dans son quartier d'une grande iéi)utation de capacité et de talent.

C'est î\ sa fréquentation des clubs dans lesquels il prit souvent la parole qu'il dut le millier de voix qui lui permit de siéger au nombre des membres de la Commune.

THEISZ

IS*" arrondissement. — 14,950 voix.

AlbertTheiszétait un des principaux membres de la Fédération des associations ouvrières et de l'In-

ternationale ; il a figuré en cette qualité dans le dernier procès intenté à cette Société, et c'est de cette époque que date sa notoriété. C'était un des membres les plus modérés de la Commune, dont il se tint presque toujours à l'écart, se bornant à surveiller le service des postes, à la tête duquel l'avait placé la Commune.

Theisz est un ouvrier ciseleur âgé de trente-deux ans, qui à force de travail et d'ordre était parvenu à se créer un établissement prospère dans le dix-huitième arrondissement. Il se mêla activement au mouvement social et fut un des plus actifs promoteurs de la Fédération des sociétés ouvrières, où il fut délégué par la société des ouvriers bronziers.

Theisz figura au congrès de Bruxelles et prit part aux manifestations de l'Internationale, le plus souvent comme membre de la Chambre fédérale, quoiqu'il fit partie des deux associations dont il a cherché, dans sa défense devant la Cour, lors du troisième procès de l'Internationale, à bien montrer la distinction et les différences. 11 fut un des membres du comité de résistance des ouvriers bronziers, dont la grève fut si fameuse, protesta contre les massacres d'Aubin et signa le manifeste anti-plébiscitaire de l'Internationale, dont il est un des plus anciens adhérents.

C'est comme membre de la Chambre fédérale des ouvriers qu'il fut impliqué dans le procès de rinternalionale du mois de juin 4870. Sa défense tut une énergique protestation contre la situation sociale faite aux ouvriers par l'organisation actuelle de la société, elle prouve de la part de Theisz une connaissance profonde des lois économiques qui doivent régir le travail. Nous citerons quelques fragments de ce discours dans lequel il s'est fait l'organe des revendications de la classe ouvrière, et où

se trouvent, à côté d'idées fort justes^ les exagérations dont sont remplis d'ordinaire tous les manifestes émanant de l'Internationale.

Après avoir protesté avec beaucoup d'énergie contre l'arrestation préventive qu'on lui fit subir pendant quarante six jours à Mazas, il releva on ces termes Tépithôte d'insensées dont ravocat impérial avait qualifié les doctrines de l'Internationale :

(( Eh ! Messieurs, avant de dénoncer nos théories économiques, avant de traiter de phraséologie creuse la forme peut-être encore confuse quepren nent des revendications légitimes, avant de nous livrer à la vindicte de nos concitoyens, a-t-on recherché sérieusement les causes de ce grand mouvement ouvrier dont personne ne peut contester l'existence? Tout en afiirmant l'égalité, a-t-on étudié les rapports du patronat et du salariat? Tout en affirmant la justice, a-t-on constaté l'infériorité imposée au travail, seul créateur de la richesse publique?Si l'on ne sait rien, si l'on ne peut rien nous apprend,rc, pourquoi donc veut-on nous empêcher de rechercher un ordre social plus équitable?....

)) Depuis 1789 toutes vos constitutions affirment et prétendent garantir la liberté, l'égalité, la fraternité ! Or, chaque fois qu'un peuple accepte comme but une formule abstraite, philosophique, politique ou religieuse, il n'a plus ni repos, ni trêve qu'il n'ait fait passer cet idéal du domaine des théories dans le monde des faits. Nous voulons, nous, faire descendre la formule révolutionnaire des abstractions politiques où elle se tient depuis 89 dans les réalités sociales.... »

Malgré les exagérations de ce réquisitoire contre l'organisation de la société, il faut avouer que le discours de Theisz contient certaines vérités et attaque certains abus destinés à disparaître, mais ce

n'est pas par la force, par la violence qu'on arrivera à la solution de ces problèmes sociaux, et quand rinternationale est sortie de la discussion pour prendre les armes et essayer de faire justice ellemême des vices de l'organisation sociale, elle a reculé d'un siècle l'avènement de ces réformes. Elle a indigné contre elle les honnêtes gens qui l'auraient soutenue dans ses pacifiques revendications, et que son appel à la violence a obligé de sévir et de prendre les armes contre elle.

Theisz fut condamné à deux mois de prison comme ayant fait partie d'une société non autorisée de plus de vingt personnes.

Rendu à la liberté par la Révolution du 4 septembre, il se mêla peu aux attaques que ses collègues de rinternationale ne ménagèrent pas au gouvernement de la défense et fit bravement son devoir comme garde national du 152* bataillon.

Les antécédents de Theisz le firent élire membre de la Commune, qui lui confia la direction du service des postes et qui le nomma en même temps membre de la Commission du travail et de l'échange.

Theisz protesta, avec plusieurs membres de la Commune, contre l'institution du Comité de salut public et signa le manifeste de la minorité dissidente.

D'un caractère doux et modéré, d'jine intelligence réelle, Theisz fut un des hommes qui, dans la mesure de leur influence, tentèrent de faire entrer la Commune dans la voie de la modération. Il ne put y parvenir, mais il peut du moins revendiquer l'honneur d'avoir protesté contre les violences de ses collègues et de n'avoir prêté la main à aucun de ces actes pour lesquels on ne peut formuler de trop flétrissante réprobation.

Dans les derniers jours du règne de la Commune,

— ne —

quand les Tuileries, THÔtel-de-Ville et la Préfecture» (le police étalent livrés aux flammes par ordre du Comité de salut public, Theisz eut le courage de' résister aux ordres de ses collègues et sauva de Tincendie l'hôtel des postes. Le gouvernement lui sut gré de cette action et lui accorda un sauf- conduit avec lequel il a pu gagner TAmérique.

TMDON.

5« arrondissement. — 3,948 voix.

Gustave Tridon était Tun des révolutionnaires les plus connus et les plus poursuivis sous l'Empire, il est âgé de trente ans. C'est le fds d'un petit propriétaire de la Côte-d'Or, qui fit sa fortune en achetant des biens d'émigrés, qu'il revendit ensuite par lots avec d'immenses bénéfices.

G. Tridon est né à Dijon, en 1841, il fît ses études à Paris, où il fut reçu avocat. Après avoir écrit dans plusieurs petits journaux du quartier latin, entr' autres dans le Travail, il fonda le Candide, qui tira jusqu'à onze mille exemplaires, et qui fut supprimé au bout de quelques numéros. Tridon créa ensuite le Critique, qui ne dura pas davantage ; mais une brochure qu'il écrivit en 1864, les Hébertistes, contribua surtout à lui donner une réputation d'écrivain de talent bien méritée.

Tridon fut l'àme de toutes les conspirations formées contre l'Empire, qui ne lui ménagea pas les persécutions de toute nature. Pendant son séjour à Sainte- Pélagie, en 1862, où il avait été enfermé pour délit de presse, Tridon avait connu Blanqui, dont il resta l'ami et le fidèle disciple.

Arrêté en 1866, au café delà Renaissance, il fut, avec vingt-deux autres inculpés, accusé de société secrète et condamné à quinze mois de prison, sans compter quatre mois de détention préventive.

Le gouvernement voulait, par cette dure' condamnation, se venger de la présence et de la participation de Tridon aux congrès de Liège et de Genève, où il avait, 'Surtout dans le premier, manifesté en termes violents, sa haine contrtî TEmpire.

Compromis lors du procès de Blois, comme complice d'attentat contre la sûreté de TEtat et la vie de l'empereur, Tridon se réfugia à Bruxelles, où il avait déjà fui les persécutions, et où il écrivit le 6 mai une lettre dans laquelle il protestait contre le rapport de M.Grandperret, qui l'impliquait dans cette affaire. Malgré ces dénégations, il fut condamné, par contumace, à la peine de la déportation.

Il revint en France après le 4 septembre et fonda, avec Blanqni, la Patrie en danger y dont il fut un des plus assidus collaborateurs. D'un caractère moins que courageux, Tridon, qui avait été un des plus acharnés adversaires du gouvernement de la défense, n'osa point se mettre trop en avant au 31 octobre. C'est grâce à l'absence de preuves établissant sa participation à ce mouvement insurrectionnel qu'il dut de ne pas être compris dans le nombre des individus arrêtés et juçés pour cette échauffourée.

Aux élections législatives, Tridon fut élu député par le département de la Gôte-d'Or, mais il donna bientôt sa démission, en même temps que Rochefort, Ranc et Malon.

Nommé après le 18 mars membre de la Commune, dans le cinquième arrondissement (quartier du Panthéon et des Ecoles), Tridon fut placé dans la Commission executive, puis après le remaniement des Commissions, dans le Comilé de la guerre.

Tridon vota contre le Comité de salut public, qu'il regardait comme une institution aussi inutile que fatale, et derrière lequel il voyait poindre, disait-il, la capitulation. Ce n'était malheureusement pas à ce résultat que devait aboutir la dictature du Coniitc de salut public, son œuvre fut cette lutte sanglante que terminèrent les incendies allumés par ordf^e dans les différents quartiers de Paris.

Tridon, après avoir signé le manifeste de la minorité, refusa absolument de reparaître à la Commune et fut presque aussitôt remplacé, à la Commission de la guerre, par un des membres de la majorité.

Tridon, polémiste de talent, disciple, nous l'avons dit, de Blanqui, mit sa plume et sa fortune au service de la cause révolutionnaire. Son courage n'a jamais été à la hauteur de ses convictions, c'est, du reste, un garçon maladif, d'un tempérament peu propre à l'action.

Malgré son fanatisme,il ne manquait point de sens politique, et il l'a prouvé en ne se laissant pas entraîner dans cette voie de mesures insensées qu'adopta sans hésitation la Commune.

On ne se figurerait pas, en lisant les articles pleins de verve et d'énergie de Tridon, que leur auteur est un jeune homme débile, au teint pâle et défait, qui semble se relever d'une maladie dangereuse. On dit, et cela ne nous étonnerait point, que ces derniers événements ont achevé de l'abattre et ont rendu la maladie dont il souffrait déjà depuis longtemps presque mortelle.

TMNQUET.

20« arrondissement. — 6,771 voix.

Trinquet (Alexis-Louis) , né à Valenciennes, est âgé de trente-cinq ans. C'était un cordonnier de Belleville, bien connu des habitués des réunions publiques. En 1869, il était Tun des membres duGomité électoral qui proposa et soutint la candidature de M. Rochefort.

Depuis cette époque, Trinquet devint employé à la Marseillaise et se trouva arrêté dans une des perquisitions opérées dans les bureaux de ce journal. Il fut aussi emprisonné pour cris séditieux le 8 février 1870 et condamné à six mois de prison.

Trinquet est un petit homme trapu, encore jeune, il a le maintien et la mise d'un ouvrier, mais son regard manque de franchise.

Nommé par le 20® arrondissement aux élections complémentaires pour la Commune, Trinquet fut placé dans la Commission de sûreté générale, à laquelle il consacra tous ses soins.

Il se mêla peu aux diseussions de la Commune, mais ce fut cependant lui qui demanda, dans une des séances, qu'on frappât d'une forte contribution les gardes nationaux qui avaient quitté Paris.

Trinquet était un révolutionnaire ardent; sa réserve et son silence cachaient un esprit étroit fanatique et ambitieux. C'est un de ces hommes incapables q^ue quelques succès obtenus dans les clubs avaient çrisé et qui se croyaient destinés à régénérer la société et à gouverner leurs semblables.

Trinquet fut un des orateurs les plus assidus des réunions publiaues sous l'Empire, il s'y flt remarquer par sa violence et son incapacité prétentieuse plus que par son intelligence, dont il ne ût guère

prenne clans la ("oniiniiue, où il ne prit presque jamais la parole, se réservant probablement pour la (lommission de sûreté dont il faisait partie et dont les diseussions et les actes étaient secrets.

Il vota pour le Comité de salut public et se fit remarquer, dans les rares occasions où il prit la parole, eomme un des membres violents de la Commune.

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