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N. FAUCHER DE SAINT-MAURICE

Québec, Juin 1892

D'ALTON McCARTHY

Les Hommes du Jour. 14eme Série.

D'ALTON McCARTHY

D'Alton McCarthy occupe, dans le groupe des hommes d'Etat du Canada et dans l'opinion du peuple canadien, une position particulière, mais importante. Indépendant en principes et en politique, il a cependant des idées et des ambitions bien arrêtées.

Ardent conservateur pour tout ce qui touche aux institutions britanniques et au développement de nos relations avec l'Empire, il diffère pourtant du gros de son parti sur une question d'une extrême importance. Admiré dans certaines sections du pays, détesté dans d'autres, auxquelles il n'inspire que de la défiance, M. McCarthy a donné, pendant toute sa carrière politique, l'exemple d'un avancement rapide, interrompu, à l'heure actuelle, par les événements.

Son attachement raisonné à une certaine ligne de pensées et d'actions politiques, la vigueur avec laquelle il dénonce les principes de ses adversaires, enfin sa position brillante et remarquable devant les cours du Dominion et le comité judiciaire du Conseil privé, sont bien faits pour donner une grande importance à sa carrière et permettre d'en tirer des leçons du plus haut intérêt pour tous ceux dont les efforts tendent h gravir l'échelle du succès et à imprimer leur nom dans le livre de la renommée.

Né, en 1836, d'une famille qui, depuis deux générations, exerçait le droit dans la ville de Dublin, D'Alton McCarthy fut amené au Canada dès son bas âge, et fit ses études à Barrie, Ontario. Il fut appelé au barreau du Haut-Canada en 1859, devint conseiller de la Reine le 18 décembre, 1872, et fut, pendant plusieurs années, élu officier du barreau d'Ontario. S'il est vrai que, comme le dit Emerson, "les grands hommes se distinguent bien plus par le rang qu'ils occupent et par leur talent que par leur propre originalité," un avocat éminent doit cire un grand homme ; et il ne peut y av'oir, sur la position de M. McCarthy au barreau, qu'une seule opinion. Possédant

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une connaissance approfondie du droil anglais el des lois fédérales, avec cet heureux don de l'application intuitive de la théorie, qui est la marque caractéristique du plaideur retors et populaire, il peut passer, à bon droit, pour le maître du barreau de sa province et l'ég-al des quelques jurisconsultes éminents du Dominion. M. McCarthy a paru devant le Conseil privé ang^lais dans nombre de cas importants, parmi lesquels on peut mentionner : le fameux Streanis Bill, la cause de Mac- Laren contre le chemin de fer du '' Canada Central," et la question des frontières d'Ontario, dans laquelle il représentait la province du Manitoba. Bien qu'il n'ait pas toujours réussi devant le Conseil privé, M. McCarthy a fait une vive impression sur les cours du Dominion, et il n'y a peut-être pas d'autre avocat dont les services soient désirés plus viv^ement et plus instamment recherchés pour une affaire importante, que ceux du représentant de Simcoe à la Chambre des Communes. Cette supériorité réelle dans sa profession n'a peut-être pas été étrang-ère aux succès politiques de l'éloquent avocat.

Sa carrière publique ne parait pas a^oir commencé sous des auspices très favorables. Comme tous ceux qui se sont frayé leur route dans le sentier ardu de la politique, M. McCarthy a eu des désappointements amers ; et ce n'est qu'après une lutte tenace et vig"oureuse contre ses adversaires qu'il est arrivé aux succès.

C'est en 1867, au cours des premières élections générales après la proclamation de la Confédération, qu'il fit sa première apparition sur la scène politique en soutenant la candidature de feu M. Angus Morrison contre M. Wm. Lount, pour la représentation à l'Assemblée Législative du comté de Simcoe Nord. M. Morrison se présentait aussi pour la Chambre des Communes dans l'ancienne circonscription de Niagara, et, comme les deux élections avaient lieu simultanément, M. Morrison, trop vivement pressé dans Niagara, abandonna Simcoe Nord, laissant à M. McCarthy le soin de continuer la lutte ;\ sa place dans ce dernier comté.

Ce n'était pas une tâche aisée, à cette époque, d'entrependre la lutte dans cette division, qui comprenait tout le territoire actuellement connu sous les noms de Simcoe Est et Simcoe Nord. 11 fallait convoquer des assemblées à de grandes distances les unes des autres, car les routes étaient à peine praticables. Il devenait nécessairement très difficile d'amener tant d'éléments contradictoires à une union de sentiments et d'action. La lutte fut, d'abord, des plus inégales, ;\ cause de

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la très grande popularité de M. Wm. Lount, soutenu par M. T. D. McConkey, qui avait été élu aux Communes sans opposition et dont l'influence dans le comté était considérable. Elle devint sans espoir après le départ de M. Morrison, et M: Lount obtint une forte majorité. M. McCarthy soutint pourtant la cause du parti avec une inébranlable énerg-ie.

Après l'élection, M. McCarthy se consacra de nouveau tout entier à sa profession, et établit la base de ses succès à venir. Mais, en 1872, il fut choisi comme candidat conservateur pour la Chambre des Communes, et reprit la lutte pour lui-même, cette fois, contre M. H. H. Cook. L'organisation, dans les rangs du parti conservateur, était faible, et l'autre parti, — on le lui a toujours reproché, — ^jeta l'argent avec une folle prodigalité. Après une lutte désespérée, M. McCarthy fut défait par une majorité de 50. Cette majorité était beaucoup moins forte que lors de la défaite de M. Morrison ; mais, en 1874, M. Mc- Carthy, cédant aux vives instances de son parti, reprit encore la lutte, et fut défait par une majorité de 154. C'est à cette élection que le parti conservateur fut battu sur la question du Pacifique.

Cependant, l'élection de M. Cook fut immédiatement annulée, et l'indomptable avocat, après avoir en vain cherché autour do lui quelqu'un qui relevât le gant, se présenta de nouveau, et réduisit, cette fois, la majorité à 75 voix. Le courant changeait de direction ; et quand, au mois de décembre, 1876, la mort de l'hon. J. Hillyard Cameron laissa vacant le siège de Cardwell, M. McCarthy, quoique souffrant des suites d'un accident, accepta la nomination et parcourut le comté pendant huit jours, rencontrant, entre autres adversaires, le ministre actuel de l'Instruction Publique dans Ontario, tandis que Sir Charles, (alors le Dr. Tupper,) le soutenait. Il eut plus de 360 voix de majorité. La surprise de ses adversaires fut d'autant plus grande, que la majorité précédente avait été faible et qu'ils comptaient sur la victoire. Dès son premier discours à la Chambre, M. McCarthy s'empressa d'avertir son ancien adversaire, M. H. H. Cook, de son intention de reprendre la lutte contre lui h la prochaine élection. On fit, djs deux côtés, de grands préparat'fs. L'élection eut lieu en 1878, et le comté, qui était alors le plus grand comté du Canada, fut divisé et organisé par les deux partis. Le résultat fut l'élection triomphale de D'Alton McCarthy par 50 voix de majorité.

En 1882, le comté fut redivisé, et, tandis que M. H. il. Cook so

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faisait élire dans l'une des nouvelles divisions, M. McCarthy se présenta dans Simcoe Nord. Son adversaire, M. Charles Drury, qui \ient d'être appelé à faire partie du cabinet Mowat, était alors un prédicateur de l'endroit, bon orateur, auquel les succès n'avaient pas manqué. Il fut battu par 250 voix de majorité. Et enfin, à la dernière élection g-énérale, la lutte d'autrefois fut reprise par M. H. H. Cook qui, dans des circonstances exceptionnelles, fut défait par 296 voix.

Telles sont, en peu de mots, les campagnes électorales qu'a soutenues le champion actuel des ''Droits Egaux." Quel que soit le parti auquel appartienne ïe lecteur, quels que soient ses principes, peut-il ne pas admirer cette ténacité d'idée, cette énergie de caractère et cette inébranlable confiance dans le succès futur, dont est empreinte, dès le début, la carrière politique de M. D'Alton McCarthy? Le seul fait que l'adversité et la défaite ne font que donner une impulsion nouvelle aux efforts personnels d'un homme et un stimulant à sa noble ambition est la meilleure preuve que l'on puisse donner de ses véritables qualités.

Elu député aux Communes, jouissant au barreau d'une solide réputation, M. McCarthy occupait, en 1876', une position qui faisait prévoir un avenir brillant. Pendant les treize années suivantes, il a fait de grands progrès dans l'estime de son parti et la faveur populaire. Bien qu'il ne consacrât pas tout son temps à la politique et que l'exercice de sa profession en absorbât peut-être la plus grande partie, il a cependant réussi à faire accepter ses vues dans la législation de cette époque. En 1883, M. McCarthy a présenté un projet de loi pour la création d'une cour de commissaires de chemins de fer pour le Canada, visant à donner au gouvernement un contrôle plus immédiat sur les chemins de fer. Cette mesure, qu'il proposait pour la quatrième fois, a été rejetée par le comité ; mais elle n'en a pas moins provoqué de chaudes discussions et un intérêt considérable dans le pays, et plusieurs de ses dispositions ont été introduites plus tard dans un projet de loi du gouvernement.

Dans le cours de la même session, M. McCarthy, selon les désirs d'un comité du gouvernement, dont il était le président, sinon nominal, du moins réel, proposa la fameuse mesure réglant le trafic des spiritueux, à laquelle il avait été fait allusion dans le discours du Trône et que l'on désigne généralement, depuis, sous le nom d'Acte McCarthy. Plusieurs de ses clauses, basées sur la première législation d»-'

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