‹ Les hommes du jour [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 3 · LES INOMMES DU JOUR · texte numérisé non relu

LES INOMMES DU JOUR

pays, qui gonfle la poitrine même d’un jeune homme comme moi.” Mais le clou de ce discours est contenu dans les phrases suivantes :

‘ Pour nous, aujourd’hui,le grand problème consiste à trouver le moyen pratique d'amener les vaisseaux océaniques jusque dans la baie magnifique sur laquelle est bâtie votre ville. Pourquoi n'’atriverions- ‘ous pas à la solution heureuse de ce problème?...............,..

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Quel ne serait pas l'étonnement de l'étranger, arrivé au détroit de Belle-Isle, à qui on dirait : Vous pouvez voyager encore 2.000 milles en bateau, dans les eaux canadiennes, qui vous conduiront jusqu’au cœur du plus beau pays du monde, sans que vous sortiez jamais du territoire canadien ? Voici maintenant ce qu'il faut faire: il faut rassembler toute notre énergie pour que, bientôt, non-seulement on puisse dire qu’un vaisseau océanique peut pénétrer jusqu’au cœur de ce continent, dans les eaux canadiennes, mais que cela s’applique aux vaisseaux du plus fort tonnage ou, du moins, aux gros vaisseaux.”

Ces paroles sont pleines d’espoir et d'ambition, et plaise à Dieu que l’idée qu’elles rendent si bien se réalise assez tôt pour que la jeune génération canadienne qui lira ces lignes en soit témoin ! Les bienfaits de la navigation océanique remontant de Montréal jusqu’à Toronto et au-delà seraient incalculables. Il est naturel au ministre de la marine d'espérer en l’avenir ; ses aspirations sont aussi grandes que son langage est encourageant. Depuis plusieurs années, il est membre du conseïl canadien de la Ligue de la Fédération Impériale et il a entièrement foi dans un empire uni, comme dans le Canada uni; il a foi dans une fédération des possessions britanniques pour des fins de commerce et de secours mutuels, tout comme il a foi dans la fédération actuelle des provinces canadiennes.

Dans les nombreuses élections partielles qui ont eu lieu au commencement de l’année et qui se sont terminées avec tant de bonheur pour les conservateurs, l’activité de M. Tupper a rendu à son parti de grands services, surtout dans la Nouvelle-Ecosse. Dans ses lettres au Æerald et au Chronicle, de Halifax, il montre aux yeux du public, dans un style simple et frappant, quelles sont les idées et les desseins du parti libéral. Dans les discours qu’il a prononcés en maints endroits, il a fait énormement de bien aux gens de son parti. A Halifax, il s'est mesuré avec son adversaire si souvent malheureux, celui qu’il appelle ‘‘ ce vieux politicien battu par la tempête et souvent

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battu,” l'honorable A. G. Jones. Parlant de nos chefs politiques, voici comment il fait allusion à un grand évènement encore présent à la mémoire de tout le monde :

‘{ Le grand chef du parti conservateur est mort; mais le parti conservateur est encore plein de vie et il est destiné à continuer de gouverner le Canada d’après les grands principes de sir John A. Macdonald.” Au milieu des plus grands applaudissements, il se tourne alors du côté de l'opposition et fait, un par un, le portrait de ses chefs, jusqu'à la retraite de M. Blake, et il ajoute :

‘“ Après le départ de M. Blake, la direction du parti a été confiée à une commission, et l’honneur en devint si peu de chose que M. Jones lui-même fut nommé membre de la commission.”

Nous citons ces paroles pour faire voir jusqu’à quel point M. Tupper sait quelquefois manier le sarcasme. C’est dans le même discours qu'il a parlé de s21 rencontre avec M. MckKinley, de l'Ohio, et de la conversation qu’il eut alors avec le fameux auteur du bill qui porte son nom. Cette réminiscence est intéressante et mérite d'être citée :

‘M. McKinley lui avait demandé ce qu’il pensait de la réciprocité. M. Tupper avait répondu qu’il était membre d’un gouvernement qui combattrait ce projet jusqu’à la mort; puis, il avait demandé à M. McKinley ce qu’il en pensait lui-même. M. MckKinley a répondu en disant que nos dépenses annuelles ne pouvaient pas s'élever à moins de $ 35.000.000. Pour enlever les droits sur les marchandises importées des Etats-Unis, il faudrait recouri- à la taxe directe. Les habitants du Canada ne consentiraient pas à payer une taxe directe au gouvernement fédéral plus que ceux des Etats-Unis. De plus, les Anglais ne consentiraient jamais à l'établissement d’un tarif favorisant les Etats-Unis au Canada à leur détriment. Après avoir étudié la question sur toutes ses faces, le major McKinley avait déclaré que, selon lui, la réciprocité illimitée n'était ni plus ni moins qu’une chimère.”

Mais ilest inutile d’en dire davantage ; la vie et les travaux du ministre de la marine et des pêcheries font son éloge mieux que tout ce qu’on en pourrait dire. Plein de courtoisie ; affable et populaire ; éloquent et puissant à la tribune ; très aimé en chambre ; doué d’un extérieur qui respire la jeunesse, mais v.:ux par son expérience de la politique ; ministre d’une habileté reconnue, d’une énergie ir fatigable,

qui n’a d’égal que son amour du travail; bien doté du côté de la fortune ; homme de culture et de goût et d’une santé florissante, — l'honvrable Charles Hibbert Tupper est à bon droit considéré comme un des hommes les plus importants da Canada; il est une des cinq ou six personnes de notre monde politique qui paraissent destinées à jouer un grand rôle dans le pays et à qui l'avenir réserve l’honneur des plus hautes fonctions et des récompenses Îles plus insignes.

J. CASTELL HOPKINS.

Toronto, le 10 décembre, 1892.

(Traduction de Henri Tétu.)

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