LIBRAIRES DE LACADÉMIE DE MÉDECINE
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tson et Cie.
PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION
Je veux d'abord exprimer ma reconnaissance au public pour le bienveillant accueil qu'il a fait à ce livre , dont la première édition , tirée à plusieurs milliers d' exemplaires , a été rapidement épuisée . Ce succès est dû, en grande partie, aux nombreux comptes rendus qui en ont été publiés et dont je désire également remercier ici les auteurs.
Au milieu d'un concert d'éloges souvent trop flatteurs, il y a eu quelques notes discordantes . Dans un ouvrage traitant d'un sujet si important et si délicat, qui a provoqué tant de polémiques ardentes et passionnées , il était bien difficile de contenter tout le monde. Je n'ai donc pas été surpris que certaines de mes conclusions n'aient pas été du goût de tous les lecteurs, malgré V esprit d: impartialité qu'on a bien voulu , en général, me reconnaître, peut-être à cause même de cette impartialité. Mais comme la plupart des critiques qui m'ont été adressées sont d'ordre philosophique ou religieux, c’est-à-dire, à mes yeux , d'un caractère extrascientifique, on me permettra de ne pas m'y arrêter. Je ne prétends pas être métaphysicien, encore moins théologien et apologète. Simple naturaliste, je ne dois me mouvoir et m' émouvoir que sur le terrain solide des faits matériels, sans vouloir d’ailleurs manquer de respect à aucune religion et à aucune discipline.
Ainsi que je l'avais prédit — et espéré — ce livre , à peine paru , s'est trouvé en retard. Depuis 1920 , en effet , la science s'est enrichie de plusieurs contributions nouvelles et importantes . Je me suis attaché à les présenter avec le plus de soin possible dans cette deuxième édition qui se trouve ainsi augmentée de quelques
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pages et de quelques figures. De plus , le texte aété entièrement revu et modifié en maints endroits.
Peut-être s' étonnera- t-on, en lisant le chapitre If que je n'aie pas tenu un compte suffisant de certaines vues récemment formulées sur la classification des temps quaternaires . Je répondrai que ces idées , plus ou moins neuves, sont encore très discutées. Pour les exposer, j'aurais dû entrer dans de longs développements qu’un ouvrage comme celui-ci m comporte pas. De plus, et surtout, les nouveaux essais de classification, basés sur des phénomènes purement géologiques , n’altèrent nullement l'ordre de succession des faits anthropologiques, ce qui est pour nous le point essentiel,
On ne peut d'ailleurs que se réjouir en voyant V importance de plus en plus grande que prennent, aux yeux des naturalistes, les questions relatives aux dernières époques géologiques , naguère si négligées par eux. Beaucoup viennent aujourd'hui à des études qu’ils considéraient autrefois avec une certaine méfiance. Je veux espérer que ce livre contribuera à susciter de nouvelles et ardentes vocations et qu'il attirera à la Paléontologie humaine une génération de chercheurs joingnant à l'enthousiasme de leurs aînés la préparation solide et complète que nécessitent les progrès de notre science, l’une des plus passionnantes, mais l'unedes plus difficiles qui soient.
Mars 1923.
PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
ï E problème capital des origines de l’Homme a quitté, depuis un ' — * siècle et demi à peine, les domaines du rêve et de la fiction pour pénétrer dans le domaine de la Science. La Zoologie et l’Anatomie comparée ont d’abord cherché à le résoudre par des moyens qui n’ont pas tardé à paraître insuffisants. Dès que la Paléontologie s’est affirmée comme science indépendante, avec le but de retrouver l’histoire des êtres d’autrefois, on a fondé sur elle les plus grands espoirs pour la reconstitution de notre propre histoire.
Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, après les découvertes
à jamais mémorables de Boucher de Perthes dans les alluvions
anciennes de la Somme, et d’Edouard Lartet dans les cavernes du Périgord, les recherches de Paléontologie humaine se sont régulièrement poursuivies. Les progrès accomplis depuis une vingtaine d’années sont si impressionnants que la « question de l’Homme fossile » est partout à l’ordre du jour, dans le grand public plus encore peut-être que dans les milieux scientifiques officiels. Dès qu’elle est annoncée, chaque découverte nouvelle, ayant trait à nos lointains ancêtres, est 1 objet, dans la presse quotidienne ou dans les revues de vulgarisation, de nombreux articles dont on pourrait trop souvent critiquer le fond, mais qui témoignent bien de l’ardente et légitime curiosité du public. De tous côtés, celui-ci réclame un livre offrant un exposé, à la fois détaillé et synthétique, de nos connaissances actuelles sur les Hommes fossiles.
Fn France, il existe bien déjà des productions de ce genre et de grande valeur : le Précis de Paléontologie humaine de Hamy; Le
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Préhistorique de G. de Mortillet ; La France préhistorique de E. Gartailhac; les Catalogues du Musée de Saint Germain, de S, Reinach ; le Manuel d' Archéologie préhistorique de Déchelette, etc. Mais, ou bien ces ouvrages sont trop anciens, ou bien ils n’envisagent guère la Paléontologie humaine que sous son aspect archéologique.
A l’étranger, où le goût pour tout ce qui touche aux études préhistoriques n’est pas moins vif qu'en France, il a paru, dans ces dernières années, de nombreux ouvrages de vulgarisation dont les éléments, texte et illustrations, sont en grande partie tirés des publications françaises. Certains de ces volumes ont pour auteurs de purs géologues ; d’autres sont dus à des archéologues visiblement étrangers aux problèmes biologiques ; quelques-uns, écrits par des médecins ou des anthropologistes, 5 ont trop exclusivement anatomiques. Chacun a ses mérites, mais aucun ne traite le sujet dans toute son ampleur, je veux dire sous ses multiples aspects.
En écrivant à mon tour ces Éléments , je n’ai pas eu la prétention de faire mieux, mais j’ai eu le désir de faire autrement. Depuis près de quarante ans, époque où je débutai dans la science sous l’affectueuse égide de mon ami très cher Emile Gartailhac, je n’ai pas cessé de m’intéresser à l’Histoire naturelle de l’Homme. La diversité de mes travaux de recherches, la direction, pendant vingt-cinq ans, de la revue L'Anthropologie m’ont peut-être moins mal préparé que des auteurs plus étroitement spécialisés à faire concourir à un même but les données actuellement acquises par diverses branches de la science.
Il y a quelques années, après avoir décrit longuement le squelette aujourd’hui célèbre de La Chapelle-aux-Saints, j’avais déjà cherche à mettre au point l’état actuel de nos connaissances en Paléontologie humaine. Le mémoire renfermant cet essai, tiré à un trop petit nombre d’exemplaires, a été rapidement épuisé. Il comporte d’ailleurs un appareil de démonstration technique d’accès difficile pour les lecteurs insuffisamment initiés.
J’ai aussi traité plusieurs fois des Hommes fossiles dans mon
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cours du Muséum. Comme un tel moyen de diffusion est bien limité, mes auditeurs et amis m’ont engagé à publier ces leçons sous une forme accessible à tous les naturalistes et même à tous les esprits cultivés et curieux des mystères du passé. De là ce livre, qui s’efforce de résumer les principales acquisitions d’une science jeune encore, mais à la constitution et au développement de laquelle la France a pris une part prépondérante.
T 'HOMME fossile se révèle à nous par deux ordres de documents, ^ par deux sortes de témoignages. Les premiers consistent dans la présence, au sein de couches géologiques, d’ossements contemporains de ces couches, et plus ou moins fossilisés comme les ossements d animaux disparus auxquels ils sont souvent mêlés. Les seconds comprennent des objets variés portant la trace d’un travail intentionnel, c’est-à-dire les produits de l’industrie humaine.
Ces derniers témoignages sont de beaucoup les plus nombreux, parce que les plus résistants aux diverses causes de destruction. Ils se rencontrent dans une multitude de localités, un peu partout. Après avoir fourni les premières preuves de la haute antiquité géologique de l’Homme, ils ont servi de base pour l’établissement d’une classification des temps préhistoriques. Ils reflètent surtout les aspects intellectuel et moral des plus vieilles collectivités humaines.
Les documents ostéologiques, plus friables, de conservation plus difficile, sont beaucoup plus rares. Leur étude scientifique, en nous faisant connaître les principaux caractères anatomiques de nos plus lointains ancêtres, est seule capable de projeter quelque lumière sur leur origine, leurs parentés zoologiques, leur évolution physique, c’est-à-dire sur l’histoire généalogique des Hominiens, groupe suprême des Primates.
Bien que ces deux ordres de renseignements relèvent également de la Paléontologie humaine, qu’ils doivent concourir à l’établissement d’une Histoire des Hommes fossiles, et donc qu’ils soient inséparables, ils se rattachent à deux disciplines assez différentes : l’un est d’ordre plus zoologique, l’autre d’ordre plus archéologique.
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Je serai beaucoup plus bref sur le second que sur le premier de ces deux points de vue.
JE me suis efforcé d écrire cet ouvrage en toute indépendance d esprit, en me tenant exclusivement sur le terrain scientifique. Ne voulant attribuer de valeur démonstrative qu’aux faits positifs, je n’ai pas hésité à distribuer dans mon texte plus de points d’interrogation que d’affirmation. C’est air si que j’ai cru être le plus utile à la science et le plus respectueux envers mes lecteurs.
Malgré cela, j’ai parfaitement conscience de ma témérité. Il est probable — et il faut l’espérer — qu’à peine publié, mon livre sera en retard. Les recherches paléontolqgiques se multiplient de tous côtés ; de nouveaux documents ne tarderont pas à voir le jour et il faut s’attendre à ce qu’ils soient de nature, sinon à renverser, du moins à modifier nos théories du moment, à nous montrer sous des aspects imprévus les problèmes qui nous sollicitent.
Il ne saurait en être autrement, étant donnée l’extrême pénurie de notre documentation. Nos recherches n’ont encore porté que sur de minimes portions de la surface terrestre habitable, et la région européenne, la seule que nous commencions à connaître, ne peut être envisagée comme un centre d’apparition et d’irradiation. Elle n’est qu’un appendice du continent eurasiatique, lequel fut, de tout temps, un grand laboratoire de vie. Dans cet appendice, ce cul-desac, l’histoire des premières humanités ne saurait avoir l’aspect d’une évolution continue et régulière : elle est plutôt faite des apports intermittents de vagues successives de provenance lointaine, des immenses territoires asiatiques et africains sur lesquels nous n’avons encore que de très rares et très vagues renseignements.
L’essai que je présente n’est donc qu’une mise au point tout à fait provisoire. Je suis loin de le considérer comme une véritable Histoire des Hommes fossiles : écrire cette histoire ne sera possible que dans un lointain avenir. Ce livre, que j’ai cherché à rendre très objectif par une illustration fidèle et abondante, n’en aura pas moins son utilité. Tout en satisfaisant, dans la mesure du possible,
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la légitime curiosité du public sur l’état actuel du problème de nos origines, il rendra, je l’espère, des services aux étudiants et aux professionnels. C’est à l’intention de cette seconde catégorie de lecteurs que j’ai donné un grand choix de références bibliographiques, de nature à faciliter des études plus approfondies et à permettre de remonter aux sources. On m’excusera de recommander tout particulièrement la collection des trente volumes de L’Anthropologie, si souvent désignée, dans les notes infrapaginales, par l’abréviation L'A.
C’est pour moi une grande satisfaction de voir paraître cet ouvrage au moment où se fera l’inauguration officielle d’un établissement qui constitue le plus bel instrument de recherches mis jusqu’à ce jour à la disposition des Préhistoriens, l’Institut de Paléontologie humaine fondé à Paris par un grand ami de la science, S. A. S. le Prince Albert Ier de Monaco.
Marcellin BOULE.