‹ les hommes frenetiquesChapitre 8 sur 17 · SAS · texte numérisé non relu

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qu'il dît, d’ailleurs, sa parole éloquente secouait l'immense auditoire ; ses ennemis eux-mêmes subissaient le charme.

L'accusation riposta en faisant citer Harrisson. Celui-ci parla au cinétéléphone, sans quitter le laboratoire où il travaillait près de Lygie. En quelques phrases très simples, il se disculpa.

Puis, une question de la défense l’amena à demander l'indulgence du tribunal pour les inculpés et surtout pour le physicien, aucun texte ne prévoyant, en effet, de sanction contre la faute initiale de ce dernier. Et Harrisson fut encore insensiblement conduit à déplorer l'absence d'organisation du travail scientifique. Une fois de plus, avec toute la force d'une conviction accrue, il jeta le cri d'alarme.

Sa déposition, qui, dans le principe, ne visait qu'à répondre à une question précise, prenait ainsi une signification plus vaste. Flle eut un retentissement inattendu, soulevant, d’ailleurs, plus de protestations que d'applaudissements. Beaurcoup de groupements, acquis aux théories individualistes renouvelées de l'antiquité, accusaient Harrisson de pessimisme réactionnaire. Cependant, même parmi le peuple, on ne pouvait tenir pour négligeable la pensée d'un savant aussi justement célèbre. Des discussions fort vives s'engagèrent entre partisans de Lahorie et partisans de Harrisson. Le premier ayant déjà posé sa candidature au Parlement mondial en vue du vote prochain, Harrisson se trouvait ainsi, malgré qu'il en eût, poussé dans l'arène électorale.

Le procès se termina dans une atmosphère d'orage.

Les plaidoiries des avocats furent d’une violence inouïe. La censure impitoyable des Nouvelles Générales énervait l'opinion et allait à l'encontre du but poursuivi. Des bruits étranges se colportaient malgré tout ; la moindre rumeur grossissait démesurément en circulant autour de la planète.

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Les menaces anonymes pleuvaient sur les jurés. L'un d'eux, que l’on soupçonnait d’hostilité à l'égard des inculpés, fut attaqué plus lâchement encore : ses deux enfants disparurent, emmenés comme otages et séquestrés en attendant le verdict.

Ces violences gâtèrent une fois de plus la cause des inculpés. La condamnation tomba, impitoyable : c'était la mort pour quatre des principaux coupables et, pour tous les autres, l'internement temporaire dans un établissement de correction psychique. Cette dernière peine semblait à certains plus cruelle que la mort.

Livrés à des psychiatres spécialisés, les condamnés étaient soumis pendant plusieurs mois à un traitement progressif qui désagrégeait peu à peu leur personnalité. La volonté sombrait dès les premiers jours ; puis, l’une après l’autre, toutes les facultés de raisonnement ; enfin la mémoire s'évanouissait aussi. Les patients tombaient à une profonde léthargie mentale, à un état de vie ralentie comparable, par la confusion des réflexes, à la vie utérine. Quand ils en étaient là, on leur refaisait une personnalité nouvelle. Mais cette deuxième partie du traitement, beaucoup moins rapide que la première, était aussi beaucoup moins efficace, moins sûre, et ne donnait généralement que de pitoyables résultats. La vie psychique ainsi réveillée, demeurait sommaire et n'atteignait même pas toujours le niveau de l’animalité supérieure. On rendait à la liberté de pauvres êtres, à tout jamais inoffensifs, sans doute, maïs qui n’avaient plus que l'apparence humaine, et bien souvent il fallait aussitôt les hospitaliser.

La sévérité du jugement causa, dans le monde entier, un réel malaise. Il apparut à de bons esprits - peu endclins par ailleurs à tolérer l’arrogance des grévistes et de leurs partisans, que l’on avait dépassé la mesure.

Vaincus, les partisans des grévistes déposèrent une demande régulière en révision et se jetèrent de tout leur poids dans la mêlée électorale.

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