‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 2)Chapitre 32 sur 85 · REMI BELLEAU · texte numérisé non relu

REMI BELLEAU

Parmi les sept astres que Ronsard avait réunis autour de lui pour former cette pléiade poétique dont il était le soleil, celui qui a le moins perdu de son éclat est Remi Belleau.

Né en 4528, à Nogent-le-Rotrou , Belleau , jeune encore , avait suivi en Italie René de Lorraine, marquis d'EIbeuf et général des galères françaises, qui, plus tard, l'avait chargé de l'éducation de son 01s Charles, depuis duc d'EIbeuf et grand-écuyer de France.

Belleau s ? associa a la tentative de réforme faite par Ronsard, et, tandis que le maître semblait se réserver les hautes qualités poétiques qui frappent et éblouissent, le disciple gardait celles qui charment et qui séduisent. Ronsard lui-même le loue de ce qu'il chante :

Non pas d'un vers enflé , plein d'arrogance haute ,

Obscur , masqué , brouillé d'un tas d'inventions

Oui font peur aux Usants , mais par descriptions n

Douces, et doucement coulantes d'un doux style (1).

Ronsard l'appelle aussi le Peintre de la nature. Dans ses vers, en effet , les descriptions abondent. C'était la un des mérites, et quelquefois le défaut des poètes de cette école : elle voulait tout peindre et tout décrire.

Il était de mode aussi d'imiter les Italiens; Belleau suivit le torrent : on s'en aperçoit de reste a la recherche et à l'affectation de bel esprit qui déparent ses ouvrages.

Belleau a traduit envers l' Ecclésiasle , le Cantique des Cantiques, les Phénomènes du poêle grec Aratus, qu'il appelle Apparences célestes; les Odes d'Anacréon, retrouvées et publiées en 1554 par Henri Estienne. Ce dernier travail est exécuté avec exactitude, mais avec quelque sécheresse , bien que Remi Belleau ait eu la prétention <r de faire passer en français la naïveté et la mignardise des Grecs. » Quant aux Phénomènes , il donna seulement un essai de sa traduction en 1572 , dans la deuxième journée de ses Bergeries. « La traduction complète ne parut qu'après sa mort. Ses amis eurent soiu de prévenir qu'il n'avait pas eu le temps d'y mettre la dernière main; en effet , la versification en est plus négligée que celle de ses autres poésies (2). »

Ses Bergeries sont en deux journées ; elles présentent des scènes champêtres vivement retracées, mais avec profusion d'images et de

(1) Élégie à ivi.. Gassot.

(i) Got'JET.

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couleurs. Gomme dans les pastorales de ce temps-la, ses bergers se nomment, non pas Cory don ou Mélibèe, mais Janot ou Pierrot.

Acteur dans les pièces de son ami Jodelle , Belleau composa aussi une comédie intitulée la Reconnue. L'héroïne est une religieuse qui, après avoir porté le voile pendant sept ans , est sortie du couvent pour embrasser le calvinisme. Lors de la prise de Poitiers par le maréchal de Saint-André, en 1562, la religieuse est échue en partage a un capitaine qui la conduit a Paris. Obligé de repartir , il la confie a un sien cousin , vieux, avocat et marié , qui en devient amoureux , fait passer le capitaine pour mort et veut marier la jeuue fllle à son clerc. Au milieu du festin de noces, le capitaine arrive et trouble la fête ; mais en même temps un gentilhomme du Poitou vient pour un procès et reconnaît sa fille; il l'accorde a un jeune avocat qui en était épris , donne sa nièce au capitaine, un office au clerc, au vieil avocat les dépens du procès, à Madame V avocate cent écus pour ses épingles, et tout le monde est content.

On trouve encore parmi les œuvres de Belleau un poème macaronique sur la guerre contre les Huguenots : Dictamen mctrificum de bello huguenotico. Ces singulières compositions en français latinisé étaient en grande vogue a cette époque.

Belleau a doctement commenté la seconde partie des Amours de Bonsard , et ces commentaires ont été imprimés plusieurs fois avec ceux de Muret.

Mais on remarque surtout son recueil intitulé : Les Amours et nouveaux eschanges des pierres précieuses, vertus et propriétés d'icelles. Ce livre, publié en 1576, un an avant la mort du poète, lui fit beaucoup d'honneur. Ronsard composa pour lui cette épitaphe :

Ne taillez , mains industrieuses , Des pierres pour couvrir Belleau ; Lui-même a basti son tombeau Dedans ses Pierres précieuses.

Scévole de Sainte-Marthe , un autre poète de ce temps , fit à sa louange un sonnet , où il dit :

Voyez Belleau , l'honneur des bandes Aonides, Qui ses th résors déploie en cent mille façons, Vous bienbeurant ici de tous ces riches dons Que l'Orient découvre a ses rives humides..

L'auteur lui-même, dans son épître dédicaloire a Henri IU, se félicite de « cette sienne et nouvelle invention d'écrire des pierres , tantôt les déguisant sous une feinte métamorphose , tantôt les faisant parler, et quelquefois les animant de passions amoureuses et autres affections secrètes, sans toutefois oublier leur force ni leur propriété particulière. »

Remi Belleau a évité quelques-uns des défauts de ses amis de la pléiade : l'enflure et le faste des grands mots.

Belleau , dit un critique moderne , est la plus gracieuse figure de ce groupe poétique; rien ne le rattache au pédantisme qui enveloppe le voisinage; il n'a pas visé si haut et s'est contente d'exprimer avec grâce et de peindre avec délicatesse ce qu'il a senti.

On l'appelait le gentil Belleau. Sa gentillesse s'est un peu ridée avec le temps , sa mignardise a légèrement grimacé ; mais parmi les fleurs de sa guirlande , il en est une qui a conservé sa fraîcheur : c'est son Avril , dont le rhythme sautillant a surtout fait la fortune.

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