‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 12 sur 145 · IMAGIERS · texte numérisé non relu

IMAGIERS

Il y aurait tout un curieux travail à faire sur les imagiers , au moyen-âge, dans l’Orléanais; malheureusement les recherches les plus minutieuses n’ont pu nous donner à ce sujet que des notions imparfaites.

Le goût des miniatures se propagea , à Paris et h Orléans, depuis le XIIIe siècle jusqu’à la découverte de l’imprimerie, et se perfectionna successivement. Les manuscrits qu’on a pu sauver de l’oubli ont pu seuls foire parvenir jusqu’à nous les noms des artistes qui les ont illustrés. Ils prenaient généralement la qualité de peintres et enlumi- - neurs , souvent même celle d’écrivains.

On cite, au commencement du XIVe siècle, un manuscrit de la chasse aux oiseaux, de Frédéric II, enluminé par l’habile miniaturiste Simon, d’Orléans, ainsi qu’un beau psautier de Saint-Louis, d’un artiste de la même ville, dont le nom est resté inconnu.

Un peu plus tard, on trouve, dans les actes du temps, le nom d’un . enlumineur des environs de Blois, Perreniet, qui , en 1590^ travailla pour la chapelle des Célestins de Paris.

Au XVe siècle, il y avait, dit un manuscrit, jusqu’à 10,000 calligraphes pour les seules villes de Paris et d’Orléans.

Les livres de la Procure, à la bibliothèque d’Orléans, si un patient amateur pouvait les mettre en ordre , fourniraient de précieux renseignements sur l’imagerie, à une époque où les écoles de cette ville donnaient de nombreux travaux aux écrivains et imagiers qui remplissaient la rue de Y Ecrivinerie.

Jean de Fontenay, maistreen écriture, célèbre de son temps, lit paraître, vers 1500, un livre de chiffres d’une belle forme, et des caractères pour écrire les lettres secrétés.

Les imagiers étaient aussi peintres en tableaux , décors ou miniature.

Nous avons trouvé ainsi la mention d’un traité conclu entre Hubert Marcïiant, imagier et enlumineur, demeurant en la paroisse Saint- Donatien d’Orléans , et Jacques de Gourde, procureur, Martin Stech, receveur de la nation d’ Allemagne, en PUniversité d’Orléans, et Jacques de Borche, licencié en droit, en présence de Jehan-Abraham Bedel, de la même nation, et Jehan Albin, peintre imagier à Orléans.

Par ce traité, qui porte la date du 12 février 1500, Hubert Mar chant s'engage à faire une contretable à l'autel sainte Barbe, en l'église St-Germain d'Orléans , en laquelle contretable sera l’histoire des trois rots, avec l'image de'Nostre-Dame assise, tenant son enfant , et au cousté d’elle Joseph, et devant elle aura un des trois roys à genoil , les lieux autres debout , tenant chacun leur présent .

Le marché règle la dimension de chaque figure , la forme des écussons placés de chaque cêté, et le texte de la description mise au-dessous de ce travail. Hubert recevait du procureur : « Vingt-quatre escus à la couronne , voilant trente-cinq sois tournois , dont six escus à la mi-carême, et le surplus quand ladicte besoigne sera faicte et assise , comme dicte est ; y seront les dictes ymaiges rondes et couleurées. » *

Le reste du manuscrit fait supposer que , malgré ces précautions, l’ouvrage ne fut pas soigné, et que, pour cause de retard et de paresse, on lui refusa le reste de la somme fixée par le bail.

Dans cette même rue de l’Ecrivinerie, aujourd’hui rue Pothier, vivait un Nicolas Boivin, écrivain imagier.

En 1606, il termina, avant Pâques, le livre nommé le Miroir historial. C’était une histoire des papes jusqu’à Jean XXII. Ce manuscrit était moins précieux par le style que par la beauté supérieure des caractères, très-bien peints et en grosse écriture. Il faisait partie de la bibliothèque de l’abbaye de Saiut-Germain-des-Prés qui depuis fut détruite par l’incendie de 1794.

tom: i.

Un des ancêtres de l’imprimeur de cet ouvrage , Jacob , était écrivain-imagier à Orléans.

Hamon , Pierre, de Blois, avait une réputation européenne comme écrivain-imagier. Maître d’écriture du roi Charles IX , il devint ensuite secrétaire de la Chambre. Il publia plusieurs alphabets qui furent gravés en taille-douce et imprimés à Paris, chez Lucas Breyer, en 1567. Il dédia ensuite au cardinal Charles de Lorraine la description des Gaules en douze cartes, écrite sur papier vélin. Son dernier travail fut un recueil où toutes les écritures anciennes et modernes étaient imitées, d’après les modèles tirés de la bibliothèque royale de Fontainebleau et des archives des abbayes de Saint-Denis et Saint-Germain-des-Prés. Cet ouvrage, qui n’a pas été terminé, serait inconnu, si le P. Mabillon n’avait fait graver quelques alphabets dans ses Diplomatiques. ‘

Malheureusement Hamon abusa de son talent d’imitation pour fabriquer de fausses pièces. Il fut pris, condamné comme faussaire et pendu en place de Grève en 1569.

La découverte de l’imprimerie ne détruisit pas tout d’un coup l’art des enluminures. Les imprimeurs du XVe siècle laissaient dans les livres des espaces vides pour les lettres capitales que l’on enjolivait ensuite de peintures. Peu à peu les écrivains enlumineurs deviennent rares, les livres se dépouillent de leurs anciens ornements, et les gravures sur bois prennent la place des y maie) es.

Ch.-F. LAP1ERRE.

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