‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 51 sur 145 · SAVANTS ET LITTÉRATEURS · texte numérisé non relu

SAVANTS ET LITTÉRATEURS

BAUDRY ou BALDERÏC.

OrdericYital, qui assure l’avoir bien connu, dit qu’il était d’Orléans ; Ducange le fait naître dans l’Anjou ; mais Baudry marque lui-même qu’il naquit en 1050, dans la ville de Meung-sur-Loire.

Il eut l’avantage de faire ses premières études sous un professeur habile, Hubert, qui dirigeait alors les écoles de Saint-Liphard de Meung. Dans le dessein d’acquérir de nouvelles connaissances, il entra dans le monastère de Bourgeuiî, délicieuse solitude dont il connaissait les agréments.

(i) Pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne, la science et la littérature ne furent cultivées qu’au sein de l’Église. Presque tous les écrivains antérieurs aux croisades sont des prélats, des prêtres ou des moines. Ce n’est guère qu’a partir du XVIe siècle que la science commence d’ètre sécularisée. C’est pourquoi nous avons réservé un grand nombre de savants et de littérateurs pour les séries des personnages ecclésiastiques et des ordres religieux. Voici, à cet égard , la .règle (pic nous avons cru devoir suivre : Quand le caractère d’écrivain est effacé par celui de prélat ou de théologien , comme pour Théoduife et Hervet, nous rangeons l’auteur parmi les hommes d’église ; lorsqu’au contraire, c’est le savant qui fait oublier le prêtre, comme pour le P. Petau et Gédoyn, nous le retenons dans la série des savants et littérateurs. tohp. r. 13

' Devenu abbé en 1079, Baudry sc relâcha du zèle que d’abord il avait fait paraître et il suivit son inclination à faire des vers.

Le siège d’Orléans ayant vaqué en 1098, par la déposition de l’évêque Sanction, Baudry employa une partie des biens de son abbaye à se procurer les suffrages du clergé et du peuple, par le crédit de la reine Bertrade, mais un jeune archidiacre de la même église lui fut préféré. Cette élection eut lieu le jour des Saints-Innocents, ce qui donna à un des électeurs l’idée de faire ce distique :

Eligimus puerum, puerorum fcsla col entes >

Non morem noslrum sed regis jussa scquenles.

Le jour des Innocents nous nommons un enfant :

La loi ne le veut pas, mais le roi le commande.

L’abbé de Bourgeuil fut assez heureux pour ne pas réussir dans son entreprise et pour ne pas monter sur le siège d’Orléans par la simonie. Du reste, il n’y perdit rien, et, sans avoir fait aucune démarche, il fut élu évêque de Dol, en 1107, par le clergé de cette église. L’année suivante, il reçut h Borne le pallium des mains du pape Pascal II. De retour dans sa ville épiscopale, il s’appliqua h déraciner les abus qu’il trouva établis dans ce diocèse, privé depuis longtemps d’instruction. Plus sévère pour lui-même à mesure qu’il s’élevait davantage, il continua dans l’épiscopat les pratiques de pénitence compatibles avec sa nouvelle dignité.

Après avoir fait la cérémonie des obsèques du duc de Bretagne, Alain Fergent, il assista au concile de Reims, qui fut présidé par le pape Calixte IL II tit ensuite plusieurs voyages en Normandie et en Angleterre , visitant les églises et réformant les abbayes. Il fut un des champions du Saint-Siège dans la fameuse querelle des Investitures, et après une vie agitée, il mourut à l’abbaye de Saint-Samson-sur- Rille, qu’il avait choisie pour sa retraite, le 7 janvier 1130, avant Pâques, c’est-à-dire en 1151, d’après la chronologie moderne.

Ce prélat a laissé un grand nombre d’ouvrages tant en prose qu’en vers. C’était un poète assez médiocre; Mabillon se contente de dire qu’il ne fut pas trop mauvais pour son temps (Fuit haud incelebris , pro suo tempore , pocta.) L’abbé Le Beuf est plus sévère encore: « Ce fut lui, dit-il, qui donna le ton aux écrivains de son temps « pour le style des éloges qui ne lui coûtaient pas beaucoup, se con-

« tentant d’exprimer par des vers assez plats qu’nn tel était un se- « cond Cicéron, un autre Virgile!; celui-ci un Aristote, celui-là un « Homère, que tel autre fut le Platon et le Socrate de son temps ; » et il ajoute que la fréquente répétition de ces lieux-communs marque une grande disette de pensées. Le moins oublié de ces poèmes est celui de la Conquête de l'Angleterre , par Guillaume, duc de Normandie, qu’il avait dédié à Adèle, fille de ce prince.

L’ouvrage le plus considérable de Baudry ^st son Histoire de la Croisade. Le motif qui le lui lit entreprendre est qu’un anonyme en avait fait un semblable , mais dont le style était si mauvais que la lecture en était ennuyeuse. Orderic Vital remarque que l’ouvrage de l’évêque de Dol était écrit veraciter et eloquenteri avec exactitude et éloquence. Cette histoire est divisée en quatre livres qui con tiennent les événements accomplis depuis le concile de Clermont, où la croisade fut publiée, en 1095, jusqu’à la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon, le 15 juillet 1099. Elle se trouve dans le recueil du savant Orléanais Bongars: G esta Dei per Francos.

On attribue encore à Baudry un grand nombre d’ouvrages imprimés et manuscrits dont on trouvera le catalogue dans le manuscrit de Dom Gérou.

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