DANS LE JARDIN
Le crépuscule tombe au soir de la Saint Jean ; Le bleu pâle du ciel a des reflets d'argent, Et, dans le solennel apaisement des chose On voit, vers le couchant, flotter vos robes roses. Vierges en qui le Rêve a mis ses reposoirs. Et qui saignez d'amour au calvaire des soirs. Les fleurs qui se pâmaient sous les soleils torrides Se reprennent â vivre au vol des cantharides Dont le bruissement léger passe a travers Le trouble énamouré des pistils entr'ouverts. Le crépuscule tombe, et ses tristesses lentes Bercent sous le grand ciel ému du soir les plantes. Aux sons lointains d'une musique, avec douceur. Comme une mère dont le cher refrain berceur
Endort le tout petit enfant qu'elle câline f
Et la tige des lys au vent tiède s'incline :
Tels, s'érigeant là bas au large des gazons,
De grands flambeaux d'argent sur l'or des horizons !
Et leur rêve attristé de blancheur héraldique
Se courbe en sanglotant vers la rose impudique ;
Et les œillets perdus dans l'ombre des massifs,
Les œillets blancs semblent, avec leurs yeux pensifs,
Aussi pleurer le deuil des lys aux splendeurs blanches.
Tout près, dans le fouillis échevelé des branches,
Avec leurs tons vieil or et leurs reflets éteints
Evoquant des décors de temples byzantins
Vers le soir empourpré d'ironiques chimères,
Se dressent, fabuleuses, les alstroémères.
Et voici, tout à coup, monter de toutes parts.
Dans le tressaillement noir des buissons épars,
Une senteur exquise, adorable et divine,
Si capiteuse et si troublante qu'on devine
Quelque mystérieuse allée aux dômes verts
De seringats jetant leurs arômes pervers ;
Et. dans la houle énorme et lourde des feuillages,
Il semble que la brise ait tracé des sillages,
Et qu'un désir étrange on ne sait d'où venu
Y nolise pour quelque rivage inconnu,
Vers les baisers de fièvre et l'amour qui torture,
Des vaisseaux de parfums sur des flots de verdure !
SYMPHOXIE VESPERALE 145