Marguerite de Navarre, daus Hcrminjard , t. II, p
cnAP. II. — DKTAii.s. 20ri
lement lues; «J'autres avaient dans leurs houclits ou (hms (le lai'ges lilessures faites tout exprès, des fcuillots des Psaumes et du Nouveau Testament, traduits à l'usage des protestants — ; les soldats criaient en les apostrophant d'un air moqueur: «Puisque vous avez tant aimé ces livres, «mangez-en à présent tout votre saoul ; dites à votre Dieu le «fort de venir à votre secours; il n'a pas été assez fort pour «vous secourir.» Ensuite ils criaient, en branlant leurs épées sanglantes : «Où est maintenant votre poltron de Dieu qui «ne peut vous aider'?»
Nous avons hésité à reproduire ces scènes de cannibales rapportées par un abbé; mais faut-il donc craindre de faire passer sous les yeux de nos lecteurs ces images hideuses si propres à inspirer à tous des sentiments de tolérance réciproque et qui, il faut bien l'ajouter, expliquent, si elles ne les justilîent, les cruautés commises, un peu plus tard, par les huguenots que commandait le baron des Adrets?
A côté de ces sanglantes hécatombes, que de bûchers isolés! que d'actes de barbarie! que d'épisodes touchants, horribles, émouvants, quelles fortunes bizarres dans l'hisloire des martyrs huguenots !
Le corps mutilé de l'amiral, après avoir subi les dernières ignominies, s'est transmis, le croirait-on, de lieu en lieu et de main en main, jusqu'à nos jours! Sa noble tête fut, il est vrai, portée à Charles IX et embaumée sans doute par son ordre, pour être envoyée au pape; mais le maréchal de Montmorency, cousin de Coligny, quatre ou cinq jours après le 24 août, envoya nuitamment ses gens àiMonlfaucon pour enlever du gibet les restes du cadavre. 11 les fit enfermer dans une caisse de plomb et déposer à Chantilly, en atten-