CHAPITRE III
Histoire abrégée de la Réiorme française jusqu'en 1562.
L'âge d'or de la Réforme on France. — Lel'èvre cl Noël Béda. — Briçonnet.— Farel. — "Wolniar, etc. — Premières mesures de rigueur.
— Le parlement de Paris. — Louise de Savoie. — Les premiers martyrs. — L'intolérance décrétée et mise en pratique. — Chambre ardente. — Procès fait aux livres dos huguenots et à leurs cadavres.
— Courage qu'il fallait pour se déclarer huguenot. — Les Placards-
— Aveux de Nicolas Pithou. — Les seigneurs de Mouvans , etc.
On peut considérer l'an 1512 comme marquant le point de départ du mouvement réformateur en France. C'est alors, en effet, que Jacques Lefèvre, l'un des professeurs les plus éminents de l'Université de Paris, publia la première édition de son Commentaire sur les épures de saint Paxd et que, non content d'imprimerce qu'il pensait en matières religieuses, il enseigna en pleine Sorbonne la grande doctrine de la justification par la foi.
En 1521, alors que la Sorbonne venait d'ordonner de livrer publiquement aux flammes les écrits de Luther, pendant que le syndic de l'illustre Faculté, Noël Réda, se démenait comme un furieux contre les idées du moine saxon et méritait qu'Érasme déclarât qu'il valait trois milliers de moines, Lefèvre répondit, avec ses amis, à l'appel du pieux, mais timide évêque de Menux, de Briçonnot; il alla prêcher l'Évangile à Mcaux, dont le peuple se rallia avec enthousiasme aux nouvelles doctrines puisées dans la Bible seule, dans le Nouveau Testament, dont Lefèvre, comme pour compléter son œuvre, publia en 1522 une traduction fran-
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çaise. Théodore de Bèze venait à peine de naître et Calvin n'était âgé que de treize ans; quatorze ans devaient s'écouler avant la publication de XInslitution.
C'est donc à Briçomiet, à Lefèvre et à son ami Farel, apôtre à l'imagination vive, au courage indomptable, à l'esprit droit et sincère, que revient l'honneur d'avoir, les premiers, fait connaître à la France le pur Evangile.
Les idées vont vite. En 1524, la Réforme a déjà fait entendre sa voix puissante dans vingt villes de France. A Bourges et à Orléans, c'est Melchior Wolmar qui en propage les principes; à Toulouse, Jean Caturce; à Lyon, Amédée Maigret; à Grenoble, Antoine Papillion; à Mâcon, Michel d'Arande; d'autres, à Langres, à Aulun, à Troyes, à Poitiers, à Rouen. «Enrayons! se disent ses eimemis. Sévissons au plus vite !» et les mesures de rigueur se mulliplient.
En 1523, sentence rendue par la Sorbonne contre un favori du roi, qui avait osé traiter avec mépris les subtilités de l'école et traduire rjuelques écrits de Luther et de Mélanchton : contre Louis de Berquin.
En 1524, ariêt du parlement de Paris qui ordonne aux archevêques de Lyon ei de Reims, aux évê((ues de Meaux, d'Orléans, de Paris, de Gliàlons, d'Amiens et d'Angers, aux chapitres de Sens et d(3 Bourges , de donner vicariat (commission) à divers conseillers el docteurs « d'informer secrètement et de procéder contre ceux qui tiennent et enseignent les hérésies, erreurs et doctrine de Luther»,
En 1525, la régente de France, Louise de Savoie, demande à la Soi'bonne par (juels moyens on peut «casser et extirper la doctrine damnée de Luther de ce royaume très.chrétien, et entièrement l'en purger»; et la Sorbonne de répondre, par l'organe de Réda , «qu'il faut poursuivre l'hérésie avec la dernière rigueui', sinon qu'il en résultera un grand ])réjudice à l'honneur du roi el de Madame de
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Savoie, et qu'il lui semble même qu'on en a déjà trop enduré ».
En 1526, le 5 février, nouvel arrél du parlement de Paris, dirigé contre les «détenteurs de la Bible traduite et autres livres de religion». C'est le premier index des livres luthériens et calvinistes prohibés en France. Il y est ordonné à tous ceux qui ont en leur possession «les livres des cantiques, du psautier, les évangiles, épîtres de saint Paul et autres livres du vieil et nouveau Testament contenus en la sainte Bible, qui ont été de nouveau translatés de latin en français et imprimés, qu'ils en vident leurs mains et les apportent dans huit jours après la publication du présent arrêt, au greffe civil de ladite Cour». Défense aux imprimeurs d'imprimer dorénavant aucun des susdits Hvres. Recommandation aux prélats d'enjoindre à tous les curés et vicaires de leurs diocèses «qu'ils défendent à leurs paroissiens, chacun jour de dimanche, au prône, de ne révoquer en doute la foi catholique , par disputation ou autrement, et de n'alléguer ni enseigner ladite doctrine de Luther ni autres doctrines réprouvées et répugnantes à la doctrine catholique». Les réformés savaient donc, dès 1526, à quoi ils s'exposaient en confessant leur foi. Et pour ne pas leur laisser le moindre doute, on confirma, en 1525 déjà , la théorie par la pratique , en livrant aux flammes les deux premiers martyrs de la cause protestante, Jean Leclerc et Pavanne. Se figure-t-on les angoisses qui durent s'emparer des adhérents de la foi naissante, quand la terrible nouvelle courut à travers le pays!
Jean Leclerc, cardeur de laine à Meaux, avait été gagné à la cause de la Réformation par la lecture du Nouveau Testament de Lefèvre. « Il s'engendra alors, raconte Crespin, un ardent désir de plusieurs personnes, tant hommes que femmes, de connaître la voie du salut nouvellement
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révélée. Les artisans, comme cardeurs, peigneurs et foulons, n'avaient autre exercice en travaillant de leurs mains, que conférer de la Parole de Dieu et se consoler en icelle. » Leclerc, dans son aveugle zèle de néophyte, eut l'audace d'arracher une bulle d'indulgence affichée aux portes de la cathédrale de Meaux et d'y substituer un placard où le pape était traité d'Antéchrist. C'était fort mal assurément; mais quelle expiation! Le malheureux fut emprisonné par arrêt du parlement, fouetté publiquement à Paris, trois jours de suite, par la main du bourreau, renvoyé à Meaux pour y subir le même supplice, marqué au front et banni. Sa mère eut le courage d'assister à l'exécution de cette horrible sentence, et lorsqu'elle entendit la chair de son fils frémir sous le fer rouge, elle eut la force de s'écrier: « Vive Jésus- Christ, et ses enseignes'! »
La leçon était dure: elle ne corrigea point l'ardent prosélyte. Il se retira à Rosay en Brie; mais au mois de juillet 1525, ne s'y trouvant pas en sûreté, il se rendit à Metz, où il passa quelque temps, travaillant de son métier. Ayant appris un jour qu'une procession devait se faire le lendemain, à une lieue environ de Metz, il sentit son enthousiasme se l'éveiller plus ardent que jamais", et le soir même , il alla briser les images au pied desquelles les catholiques devaient faire fumer l'encens le jour suivant. Celte profanation mit en émoi toute la ville. Les premiers soupçons se portèrent sur lui , et comme on l'avait vu rentrer à Metz au point du jour , il fut sur-le-champ arrêté. Loin de nier le sacrilège dont on l'accusait, il s'en fit gloire; aussi son procès fut-il bientôt jugé. Il fut condamné à un épouvantable supplice. On lui coupa le poing droit, on lui arracha