France protestante , t. V, p
322 ir PARTIE. — LA VIE DES HUGUENOTS.
nante à l'heure où, décidé à rompre avec l'Église romaine, il chargea Genlis de faire savoir au roi sa conversion : «Dites au roi, aux deux reines et à vos Lorrains que je suis tout dévoué à Leurs Majestés , mais dites-leur bien aussi que je suis huguenot. J'ai profondément réfléchi et je leur laisse leurs momeries romaines. Moi, j'y renonce et la messe ne me verra plus. . . j Mais Gondé eut de grandes défaillances. Sa vie ne fut point en harmonie avec ses convictions. Ses mœurs ne furent point à la hauteur de son courage de soldat. Et puis, s'il fut un habile général; si sa voix, d'un timbre particulier, jeta maintes fois l'épouvante dans les rangs de ses ennemis , plus d'une fois aussi il fut un embarras pour la cause qu'il servait. L'ambition, en lui, primait la ferveur religieuse, et la volupté, pour tout dire, primait l'ambition.
Nous pousserons l'impartialité jusqu'à reconnaître que Bèze lui-même, Goligny, Galvin, les plus grands hommes qu'ait produits la Réforme française, ne nous sont pas entièrement sympathiques.
Goligny, dont les mœurs furent si austères, la piété si sincère, la foi si vive, le courage si mâle, fut, nous sommes prêt à le reconnaître, «grave jusqu'à la raideur».
Théodore de Bèze «se laissa emporter trop souvent par sa verve mordante et satirique au delà de toutes les bornes de la modération, et trop souvent se plut à accabler ses adversaires de bouffonneries quelquefois grossières'».
Galvin connut et pratiqua les vertus fortes de préférence aux vertus aimables. Il poussa parfois la sévérité jusqu'à la dureté. On l'a dit avec beaucoup de raison : d'autres avant lui avaient eu une piété plus tendre, plus spirituelle, plus