‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 159 sur 163 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Conclusion.

Il est temps de conclure.

Il y eut, dans les rangs des huguenots, l'ivraie à côté du pur froment. Et les meilleurs d'entre eux ne furent point J parfaits.

Mais, où donc la perfection se trouve-t-elle? Tout, icibas, n'est-il pas relatif? L'un des plus grands parmi les apôtres n'a-t-il pas confessé que le but auquel il tendait fuyait sans cesse devant lui ?

Bien plus : il serait souverainement injuste d'oublier que les hommes dont nous avons dépeint les mœurs ne purent s'affranchir, d'un coup, des erreurs et des passions du moyen âge.

Pour les juger, il faut procéder par voie de comparaison. Eh bien, que l'on compare leur vie avec celle de leurs contemporains. Que l'on mette leurs principes, leurs doctrines, leur foi, leur courage, leur patience, leur résignation, leur vie, en un mot, en regard de ceux du peuple catholique. Qu'on les suive sur les champs de bataille, jusqu'au pied des bûchers, au sein de leurs familles. Qu'on surprenne leurs naïves confidences s'épanchant dans des documents qui n'étaient pas rédigés en vue de la publicité; qu'on interroge leurs adversaires les plus passionnés: on sera bien forcé de convenir qu'ils furent, à tout prendre, de grands athlètes qui firent honneur à l'humanité non moins qu'au christianisme.

CHAP. m. — CONCLUSION. 325

Ils ne sont plus , mais leur souvenir ne s'éteindra point. Ils ne sont plus; mais l'histoire impartiale, toutes les fois qu'elle retracera , soit les épouvantables calamités qui désolèrent la France il y a trois siècles, soit les admirables vertus de nos ancêtres, tirera de ce double récit un grand enseignement que l'on ne saurait trop rappeler aux générations futures.

Lequel?

Ils écrivirent, avec leur sang, les idées que Castellion, Luther, saint Bernard, déposèrent dans leurs livres, en conformité avec la doctrine de saint Paul , de Jésus-Christ lui-même.

Que dit Castellion dans son Traité des hérétiques? Que dit son traducteur?

«La foi et religion , sur toute chose, doit être libre; car elle gît, non au corps, mais bien au cœur, auquel ne peut atteindre le glaive des rois et des princes....»

Et Luther?

«Pour ce qui est de l'âme. Dieu veut qu'elle ne soit gouvernée que par elle-même; il ne peut vouloir autre chose.»

Et saint Bernard ?

« C'est par la persuasion qu'il faut amener les hommes à la foi, non par la violence*. »

Saint Paul n'a pas enseigné autre chose :

« Les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas charnelles. ...»

Jésus-Christ lui-même s'est réservé de séparer l'ivraie du bon grain. Il veut qu'on les laisse croître ensemble jusqu'à la moisson.

Que tous les hommes intelligents se souviennent de ces

1. Voir notre Essai sur l'avenir de la tolérance, p. 130, 156, 112.

conseils, et la hideuse intolérance essayera en vain d'ajouter de nouvelles hécatombes aux trop nombreuses victimes du fanatisme; la vérité fera son chemin toute seule : farà da se.

En rehgion, non moins qu'en politique, il n'y a qu'à laisser faire la liberté.

Seule elle est capable d'assurer le triomphe de la vérité.

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