BiUletin, t. XVII, p
90 r* PARTIE. — LA FOI DES HUGUENOTS.
conséquenl, de leur malheur, aiguisant en ce temps leurs plumes qui coupaient aussi bien que leurs épées\
L'anonyme, entre autres, dont nous avons reproduit plus haut un cantique des plus suaves, le doux provincial qui gémit, à Paris, sur les horreurs dont il est témoin, sait aussi donner un libre cours à l'indignation qui le saisit parfois. Il trouve des accents guerriers jusqu'à la férocité. Ainsi, à propos du massacre de Vassy*:
Sus donc, ô Dieu, prends les armes, Venge ce sang épandu; Seigneur, tu as vu nos larmes.
Tu as nos cris entendu ; Console donc notre plainte Et par ta droiture sainte Envoy ce prince au cercueil.
D'une mort juste et fatale, Si bien que sa peine égale La fierté de son orgueil.
Les catholiques provoquaient par des injures non moins que par des massacres. Alors les huguenots , oubhanl pour un instant le pardon des offenses reçues, rendaient injures pour injures, invectives pour invectives.
Les premiers chantaient, au lendemain de la journée de Vassy^
Honneur et salut à Dieu
Et au roi notre sire.
Qui nous a, en ce bas lieu.
Si bien gardés de l'ire
1. Mémoires, etc., édition Michaud et Poujoulat, t. I, p. 81. 1. Bulletin, t. V, p. 513.
3. Leroux de Liiicy, Chanta historiques Jiunçais , t. il, p. 269. Bulletin, t. V. 391.
Des hugueneaux
Remplis de maux, Qui nous voulaient occire!
Un jour viendra
Qu'on les fera Très tous crever de rire!
Nous avons un bon seigneur
En ce pays de France, Et prince de grand honneur, Vaillant par excellence!
El très-humain,
Doux et bénin; C'est le bon duc de Guise,
Qui à Vassy,
Par sa mercy , A défendu l'Église.
Or, on sait de quelle manière le duc de Guise défendit l'Eglise et quelle bénignité fut la sienne. Les réformés ne pouvaient entendre, sans fiéniir, ces audacieuses diatribes; ils y répondirent par une des plus audacieuses satiies qui aient été, en aucun temps, composées contre un culte dominant, savoir par la Chanson nouvelle, contenant la forme et la matière de la messe. Je n'en copierai que les deux couplets les plus doux, qui suffiront à donner une idée du reste * :
L'on sonne une cloche, Dix à douze coups; Le peuple s'approche, Se met à genoux; Le prêtre se vest, etc.
1. L'original, imprimé à Lyon, se compose de quatre feuillets petit in-8". Voir Leioux de Lincy, t. Il, p. 239 et 266. Bulletin, t. V, p. 392.
Un morceau de paste
Il fait adorer,
Le rompt de sa patte
Pour le dévorer,
Le gourmand qu'il est! etc., etc.
Je ferai connaître encore, d'après Lestoile, deux pièces huguenotes où perce l'esprit le plus mordant, la verve la plus satirique.
La première est de 1564. Elle a été composée sur un bourgeois de Paris, nommé Colin, qui, après avoir fréquenté pendant quelque temps le culte huguenot, était retourné à la messe, pour ce que la plupart y allaient^:
Pour suivre le monde à la messe Colin pense être homme de bien; Pour aller souvent à confesse, Colin cuide (pense) être homme de bien. Le pauvre homme s'abuse bien , Car tant plus de monde il ira C'est signe que tout n'en vaut rien, Car la plus grant'part périra.
La seconde est une épitaphe sur le sire Philbert de Marsilly, sieur de Cipierre, vaillant et brave capitaine, qui mourut en 1566.
Passant, veux-tu savoir de qui est ce tombeau,
Quels os y sont cachés et quel corps y repose?
C'est d'un qui n'eut désir, quand vivait, d'autre chose
Que d'être des enfants de Dieu cruel bourreau.
En sa vie ne fit rien de bon ni de beau
Que réduire en un bourg une grand'ville close.
Comblé d'ambition, et si encor dire ose,
A tout mal adonné, même dès le berceau;
I Mnnoires . etc., rollection Poujoiilat , t. 1 , p. 18.
Vrai est que près du roi avait autorité,
Et toujours l'empêchait d'entendre vérité;
Mais Dieu ne pouvant plus souffrir sa fière mine ,
L'a bien su atrapper , quand en cherchant recours
Aux bains pour sa santé, il accourcit le cours
De ses ans malheureux. C'est tout, passant, chemine.
Ces feuilles fugitives, ces petits livres huguenots tout pétris de verve gauloise firent énormément de mal à l'Église romaine. Elle leur fit une guerre acharnée. Ainsi, en 1548, il paraît un index des livres et chansons prohibés par un inquisiteur de la province de Toulouse. On y dénonce au monde catholique la chanson des dix (îommandements de Dieu, une chanson sur le premier psaume, une autre contre le Monde, d'autres encore dirigées contre les cérémonies de la messe, contre le pape, les cardinaux, la Sorbonne, le clergé séculier et régulier, poésies vigoureuses et tout d'une venue '. Le frère Vidal de Bécanis, de l'ordre desPrècheurs, général inquisiteur de la damnée et mauvaise hérésie, prend son ton le plus solennel pour prier les prêtres, curés, vicaires et clercs de se tenir en garde ,contre la htléralure huguenote : «Nous vous mandons et commandons, sur peine d'excommuniement et de vingt-cinq marcs d'or au
roi » Décidément, il semble que l'on s'effrayât de la
propagande huguenote et que l'on voulût l'étouffer sous les étreintes de la peur. Les adversaires des protestants, jusqu'en 1572 et 1685 et depuis 1525 et 1526, préférèrent les moyens oppressifs aux difficiles victoires de la controverse. Constamment ils se plurent à s'inspirer de l'arrêt du parlement de Paris (1526) rendu sur requête du procureur général, d'après l'avis de la faculté de théologie, par lequel arrêt les fidèles (et l'on considérait tout le monde comme