CHAPITRE V
Conclusion.
Nous sommes à même, dès à présent, en jetant un regard rétrospectif sur toutes les preuves que nous avons énumérées, de répondre à la question : Quelle était la maîtressepensée des huguenots? Que voulurent-ils?
Ils recherchèrent par-dessus tout la piété telle que la Bible l'enseigne.
Confession de foi, discipline sévère, prescriptions synodales, culte, chansons spirituelles, devises , ne furent qu'autant de moyens propres à inculquer à tous les membres de la famille réformée les principes d'un christianisme aussi profond que vivant.
Constamment préoccupés de leur salut, ils crurent qu'ils ne le trouveraient que dans la communion vivante avec Jésus- Christ.
Écoutez M""® de Mornay, quand, en 1583, elle craint de n'avoir plus que peu de temps à vivre. Elle confie au papier ses plus intimes pensées: «Nous savons que notre vie est fragile , qu'il n'y a rien de plus certain que la mort, ni si incertain que l'heure; nous savons aussi que notre féhcité est de servir Dieu et d'édifier nos prochains.» Puis elle déclare vouloir mourir dans la foi en Christ, son Sauveur; confesse humblement ses péchés et se tourne, toute radieuse, vers la vie éternelle.
De quelque côté que nous portions nos regards, d'une extrémité du seizième siècle à l'autre, des plus humbles artisans qui embrassèrent la Réforme jusqu'aux lettrés les plus savants, de l'humble toit du bourgeois au palais des
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gentilshommes et des princesses qui acceptèrent les doctrines bibliques, sous le chaume comme près des lambris dorés, sur les champs de bataille comme près des bûchers fumants, dans les doctes assemblées comme au foyer domestique, je vois dans les huguenots des hommes que possède le saint désir de sauver leur âme par la pureté de leur foi et par la sainteté de leur vie.
Quand Gérard Roussel , l'illustre prédicateur de la reine Marguerite de Navarre, eut été nommé, en 1536, évéque d'Oleron en Béarn, ses amis protestants, qui avaient fondé sur lui les plus belles espérances, furent inconsolables. Calvin lui écrivit pour le conjurer de ne pas se laisser éblouir par le faste du monde, de se réveiller de sa mollesse, de ne pas devenir complice des abus qui défigurent l'Eghse du pape, ni des persécutions dirigées contre ceux que jadis il appelait ses frères*. «A la trompette, lui dit-il en ramassant toute son énergie, à la trompette, toi qui dois faire le guet, à tes armes, pasteur! Qu'atlends-tu? à quoi songes-tu? Est-ce le temps de dormir? Malheureux! tu rendras compte au Seigneur, de la mort de tant de gens! que de fois n'estu pas homicide! chaque goutte de sang que tu verses, le
Seigneur la redemandera de la main Redresse-toi sur
tes pieds! Aie les yeux dressés vers le royaume des
cieux !....»
Aie les yeux dressés vers le royaume des cieux!
C'est ce que chaque huguenot se disait dès l'aube du jour ; c'est ce que son âme, avide de salut, se redisait encore à l'heure où la nuit couvrait sa demeure de ses ombres.
1. Cb.Schmidt, Gérard Roussel, prédicateur de la reine Marguerite de Navarre. Strasbourg, 1846, p. 115.