‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 65 sur 163 · Bulletin du lyrotestnntisiur . t. lil, p · texte numérisé non relu

Bulletin du lyrotestnntisiur . t. lil, p

vie et mourir m'est gain, moyennant la grâce duquel j'espère faire connaître à ceux qui demanderont compte de ma foi, que je crains Dieu et lionore mon roi, comme il m'est commandé .... Quant aux choses de l'esprit et qui concernent le repos de ma conscience, j'en rendrai compte, au moins mal qu'il me sera possible, à celui qui seul en peut disposer. »

Quelques jours plus tard, il faiblit. Il écrit au roi: «Je ferai connaître à Votre Majesté que je lui obéirai comme Dieu me le commande .... » Aussitôt l'Église de s'émouvoir. Un pasteur lui écrit, en date du 9 juillet 1558 : «Les ennemis de l'Église n'ont pas laissé de faire leur triomphe et de sonner partout qu'ils ont bonne espérance de vous ranger bientôt, parce que vous promettez d'obéir au roi comme Dieu le commande, ce qui nous a certes apporté grand ennui, considérant que le blâme qu'on vous veut mettre sus à tort et sans cause, tourne au déshonneur de Dieu et au grand scandale de son Église.... »

A la fin du même mois, Calvin lui-même s'adresse à lui : «Je sais bien, quant à l'acte que vous avez fait, que les excuses que vous amenez , ont couleur pour amoindrir la faute en partie; mais quand vous aure^ tout bien considéré de plus près, le tout ne vous peut guère alléger devant Dieu — Cela a donc été une chute bien mauvaise de laquelle il vous doit souvenir en amertume de cœur. » Cette lettre produisit une vive impression sur Dandelot, déjà troublé par les reproches de sa conscience et par les exhortations sévères des ministres de Paris. De nombreux témoignages prouvent, en effet, qu'il sentit amèrement sa faute et qu'il la répara. Il rivalisa désormais d'énergie et de fidélité avec l'amiral, son frère, dans la profession de la foi réformée. Sa conslance fut d'autant plus soutenue qu'elle avait à réparer un échec momentané.

D'autres, non moins éprouvés que Dandelol, n'eurent pas même un instant de faiblesse. D'Aubigné écrit: «Nous avons encore cette année (1551) Thomas de Saint-Paul, de Soissons, brûlé à Paris, qui, retiré du feu qui l'avait atteint, et sollicité de reprendre la vie en se dédisant, dit: «Je suis en train d'aller à Dieu; remettez-moi au feu, et me laissez suivre mon chemin'. »

Lors de la Saint-Barthélcmy, on cite entre autres Madeleine Briçonnet, qui s'échappa, habillée en religieuse; elle fut trahie par son vêtement de dessous qui dépassait la bure. On la somma d'abjurer; elle refusa et fut précipitée dans la Seine'. Quelle constance ne fallait-il pas pour refuser d'acheter son salut par une seule parole de rétractation, à l'aspect horrible que présentait alors Paris! De Thou, qui vit la capitale pendant ces affreuses journées, s'écrie: «La ville n'est plus qu'un spectacle d'horreur; toutes les places, toutes les rues retentissent du bruit de ces enragés qui tuent el pillent de tous côtés, et des hurlemenis des gens qu'on égorge; partout des corps morts jetés par les fenêtres, et les cours des maisons pleines des cadavres que l'on traîne dans la fange des carrefours ; partout des lacs el des ruisseaux de sang »

Les exemples de constance donnés par les huguenots se multiplient, malgré nous, sous notre plume. Que d'autres que nous pourrions citer, n'était la crainte de fatiguer nos lecteurs ! Que d'autres encore qu'il est aisé de deviner, une fois qu'on a pénétré dans le dédale des obstacles contre lesquels nos ancêtres eurent à lutter! Car l'histoire, évidemment, n'en a pu enregistrer qu'un petil nombre: le reste est inscrit au livre de Dieu.

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