CAVATINE
Une dame noble et sage, Et dont les rois seraient jaloux, M'a chargé de ce message Pour l'un de vous.
Sans qu'on la nomme, Honneur ici Au gentilhomme Qu'elle a choisi !
L'on peut m'en croire, Oui, nul seigneur N'eut tant de gloire Ni de bonheur I
DE NEVERS, nonchalamment.
Trop de mérite aussi quelquefois importune ; Mais puisque enfin, mes chers amis,
On ne peut se soustraire aux coups de la fortune,
(A Urbain, tendant la main.)
Donne donc !
URBAIN
Seriez-vous sir Raoul de Nangis ?
DE NEVERS
Que dis-tu?
URBAIN
C'est à lui que ce billet s'adresse.
TOUS
Ah ! grand Dieu!
MARCEL, avec fierté.
C'est mon maître ; il est là, le voici.
RAOUL
Qui? moi? c'est une erreur : je ne connais ici Personne dont le cœur à mon sort s'intéresse.
URBAIN, souriant.
C'est pour vous, cependant.
RAOUL, lisant après avoir rompu le cachet.
« Vers le milieu du jour, « On viendra vous chercher en ce riant séjour; « Alors, les yeux voilés, discret et sans rien dire,
« Obéissez et laissez-vous conduire.
« Raoul, l'oserez-vous ? » Allons, à mes dépens
Je vois que l'on veut rire.
Il en peut coûter cher... Eh bien ! soit... j'y consens.
(A Neyers, lui donnant le billet.)
Lisez vous-même.
(Les convives se rassemblent tons en groupe. j DE NEVERS, jetant les yeux sur la lettre et la passant a Tavannes.
Ah ! grands Dieux !
TAVANNES, de même, la passant à de Hetz.
0 surprise)
DE RETZ, de même, la passant à Cossé.
Son cachet !
COSSÉ, de même, la passant à Thoré.
Sa devise !
THORÉ, de même, la passant à Méru.
Est-il vrai ?