‹ Les HuguenotsChapitre 43 sur 71 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LES MÊMES; VALENTINE', couverte d'un voile. FINALE.

TOUS, la regardant.

0 surprise nouvelle!

(Valentine, effrayée à.lavuede tant de monde. descend les marches delà chapelle et veut se perdre dans la foule. Saint-Bris t'arrête par la main.)

SAINT-BRIS

C'est elle qui m'accuse et dont l'œil a, dit-on, Pour protéger Raoul, surpris ma trahison! Je connaîtrai les traits de ce témoin fidèle.

(Valentine veut lui échapper; il la retient, lui arrache son voile et s'écrie avec effroi.)

Ma tille I

TOUS

0 ciel!

RAOUL, regardant Valentine.

Eh quoi! pour me sauver la vie Elle aurait de son père affronté le courroux ! Et sans m'aimer !

MARGUERITE

Elle n'aimait que vous.

VALENTINE, voulant empêcher la reine <?e parler.

Madame !... au nom du ciel 1

RAOUL, vivement.

Et cette perfidie Dont je fus le témoin, chez Ne vers, sous mes yeux !

MARGUERITE

Elle y venait pour rompre un hymew odieux.

RAOUL, à Valentine.

Et j'ai pu l'outrager ! Grâce pour un coupole Que l'amour égarait, que le remords accable !

(A Saint-Bris.)

Rendez-moi tous les biens que mon cœur repoussait ; Rendez -la moi 1 - je l'aime 1 — et j'attends mon arrêt!

SAINT-BRIS, avec joie, et retenant Valentine qui veut parler.

Tu l'aimais donc?

RAOUL

Toujours 1 et de vous seul j'implore Sa main et mon pardon.

SAINT-BRIS, de même.

Et tu l'aimes encore ?

RAOUL

Sans elle tous mes jours sont voués au malheur.

SAINT-KRIS

l'aurai donc satisfait le seul vœu de mon cœur I

A mes genoux ton amour la réclame!

Eh bien donc aujourd'hui (juge de mon bonheur!) Et depuis ce matin... d'un autre elle est la femme.

(Volentine s'éloigne et cache ia tète 'dans ses mains.) MARGUERITE.

Qu'entends-je!

V>«LENTINE, à part.

Je me meurs !

RAOUL, que la reine cherche en Tain à calmer.

0 comble de douleurs I

(On entend une marche joyeuse jouée par une musique lointaine.) SAINT-RRIS.

Mais j'entends éclater des accents d'allégresse; De l'époux triomphant le cortège s'empresse, Appareil digne enfin des Nevers, des Saint-Bris!

(Au fond du théâtre parait sur la rivière une grande chaloupe élégamment décorée et illuminée; elle porte des musiciens, des pages, des dames de la cour et tout le r.ortège de noces du comte de Nevers, qui débarque en ce moment.)

RAOUL, à part.

4h! comment contenir ma fureur?

DE NEVERS, descendu de la chaloupe et suivi du cortège de nocet.

Noble dame, Venez près d'un époux dont l'amour vous réclame.

SAINT-RRIS.

Comte, voici la nuit, emmène en ton logis Valentine ma fille... et ta nouvelle épouse: Elle est à toi!

MARGUERITE, bas à Raoul.

Calmez votre fureur jalouse, Pour son honneur, Raoul.

RAOUL

De rage je frémis!

Des bohémiens et bohémiennes s'approchent du comte de Nevers et delà (nouvelle mariée, et, suivant Pus»*» di temps, leur offrent des fleurs •*

des gâteaux. — Le comte fait un signe à un de ses pages, qui distribue de l'or eux bohémiens. Ceux-ci témoignent leur jaiepar des danses, puis sortent un instant, reviennent arec des flarabeaux allumés, et éclairent le cortège qu'ils escortent à droite et à gauche en dansant. — De Nevers prend In main de s' femme, et, suivi de Saint-Bris, de ses pages et de tous ses amis, il se dirige arec Valentine vers la chaloupe qui les attend. Les musiciens font retentir les airs de joyeuses fanfares, tandis que »ur le devant du théé^re se chante le finale suivant.)

ÉTUDIANTS et SOLDATS PROTESTANTS, se ménageât.

Plus de paix, plus de trêve I Que ia lutte s'achève I Il faudra par le glaive Décider notre sort!

Oui, c'est trop de clémence, C'est trop de patience ; Je n'ai qu'une espérance :

La vengeance ou la mort!

AMIS de de Never».

Gaîté, plaisir, ivresse!

Que nos chants d'allégresse Célèbrent leur bonheur; Du noble mariage Qui tous deux les engage Célébrons la splendeur!

Enxemble.

RAOUL

0 desespoir ! ô rage !

Un autre hymen l'engage Au rival que je hais; Et quand j'ai sa tendresse, La haine vengeresse Me l'enlève à jamais I

VALBNTINB.

Plus d'espoir, de courage, Un autre hymen m'engage

Et m'enchaîne à jamais, Hélas 1 et sa tendresse Maintenant ne me laisse Que d'éternels regrets!

SA1NT-BRTS et LES CATHOLIQUES.

J'ai satisfait ma rage :

Un autre hymen l'engage Et l'enchaine à jamais, Ma vengeance lui laisse Ses remords, sa tendresse* Et d'éternels regrets!

MARGUERITE

Modérez votre rage, Et que votre courage Calme ici vos regrets.

Plus d'espoir, de tendresse; La haine vengeresse Vous sépare à jamais.

DE NBVERÇ..

Je me ris de sa rage -, L'hymen ici m'engage Et comble mes souhaits.

Il faut qu'à sa tendresse, A sa belle maîtresse, Il renonce à jamais !

Page 1