‹ Les HuguenotsChapitre 52 sur 71 · VALENTINE, RAOUL · texte numérisé non relu

VALENTINE, RAOUL

(Raoul soulève lentement la tapisserie, s'assure que tout le monde est sorti, et s'éUnce vers la porte du fond; mais il s'arrête en entendant qu'au dehors on la ferme an verrou. — M se dirige alors vers la porte à gauche, et Valentine sort en ce moment de son appartement.)

DUO

ÇALENTINB.

Où vas-tu'

i56 OPÉRAS — BALLETS

RAOCL.

Secourir mes frères !

Dévoiler à leurs yeux ces complots sanguinaires, Armer leurs bras vengeurs, et, le fer à la main, De nos vils ennemis prévenir le dessein I

VALENTINE

Mais ces ennemis 1... c'est mon père, C'est un époux qu'à présent je. révère, Et tu voudrais les immoler?

Je veux Punir des assassins 1

VALENTINE

Armés au nom des cieux !

RAOUL

Et voilà donc le Dieu que ton culte consacre, Ce Dieu qui des Français ordonne le massacre I

VALENTINE

Ah 1 ne blasphème pas 1 C'est lui dont la pitié Veut préserver tes jours, auxquels il s'intéresse. Ne sors pas 1

RAOUL

Je le dois !

VALENTINE

C'est trahir ma tendresse i

RAOUL

Et rester... e'est trahir l'honneur et l'amitié.

Ensemble.

BAOUL.

Le danger presse, et le temps vole, Laisse-moi, laisse-moi partir !

Ce sont mes frères qu'on immole,

Laisse-moi, iaisse-moi partir !

L'honneur le veut, je dois te fuir.

Si tu me quittes l'on t'immole.

Garde-toi, garde-toi de fuir, 0 mon seul bien, ma seule idole!

Garde-toi ! garde-toi de fuir.

Ah ! te perdre serait mourir 1

(Retenant Raoul près de la porte où il s'est élancé.)

Non, par toi ce seuil redoutable Ne sera pas franchi ; je m'attache à tes pasl

RAOUL, cherchant à se dégager*

En t'écoutant je suis coupable !

VALENTINE

En t'écoutant ne le suis-je donc pas ? Je le fais cependant, et dans mon trouble extrême Je ne vois plus que toi dont les jours sont proscrits.

Reste, Raoul, et si tu me chéris, Si tu m'aimes encor...

RAOUL

Plus que jamais je t'aime.

Je voudrais te donner et mon sang et moi-même ! Mais immoler les miens, mes frères, mes amis !

VALENTINE

Mais, sorti de ces lieux, chaque pas dans la ville Peut t'offrir un danger 1 et pour t'en préserver, Reste ici, cette nuit I reste dans cet asile I

RAOUL

Je ne puis !

VALENTINE

Et la mort ?

Je saurai la braver.

VALENTINE

Eh bien donc, si ma voix vainement te supplie, Et si mon malheur seul peut préserver la vie. Enfin... s'il faut me perdre afin de te sauver, Reste, Raoul, reste... je t'aime 111

RAOUL

0 bonheur suprême !

0 délire 1... ô transportl Quel mot du ciel s'est fait entendre ! Ouil cet instant change mon sort.

Vienne à présent la mort, Puisau'à tes pieds je puis l'attendre !

VALENTINE

Ah 1 qu'ai-je dit !... grâce et pitié 1

RAOUL

Oui, tu l'as dit... oui, tu m'aimes!

Cest le jour qui renaît, c'est l'air pur des cieux mêmes I . Auprès de toi que tout soit oublié !

Parle encore et prolonge De mon cœur le doux sommeil !..

(La pressant contre son cœur.)

Et si mon bonheur est un songe, Que jamais, ô mon Dieu, n'arrive le réveil !

(il tombe A ses genoux et l'entoure de aes bras. On entend dans le lointain le son d'une cloche. -— Raoul, se relevant I

Entends-tu ces sons funèbres ?

VALENTINE, à part.

Es me glacent de terreur 1

RAOUL

Du sein des noires ténèbres S'élève un cri de fureur 1

(Portant la main a son front et cqmme sortant de ton égarement.)

Où donc étais-je?

VALENTINE

Auprès de moi, dont les prières...

RAOUL

Ah ! souvenir fatal !

Du massacre de mes frères C'est l'horrible signal I

Ensemble.

RAOUL

Plus d'amour !... plus d'ivresse!

0 remords qui m'oppresse I Je les verrais sans cesse Egorgés sous mes yeux !

(Repoussant Valentine.)

Je ne veux rien entendre !

Mes frères vont m'attendre 1 Et je cours les défendre Ou mourir avec eux !

Eii quoi ! dans son ivresse, Repousser ma tendresse !

Le remords qui m'oppresse Est-il donc moins affreux ?

Quoi 1 l'amour le plus tendre Veut en vain te défendre !...

Raoul, daigne m'entendre Ou je meurs à tes yeux !

(On entend de nouveau le son des cloche».) RAOUL.

C'en est fait I... voici l'heure / Le ciel veut que je meure I Tu m'arrêtes en vain I

VALENTINE, le retenant.

Je ne te quitte pas!... Frappe, voilà mon seinl

RAOUL, cherchant à s'arracher de ses bras.

Dieu ! soutiens mon courage!...

(s' approchant de la fenêtre à droite.)

Tiens, vois sur ce rivage, Vois ces cadavres sanglants.

VALENTINE

Ah! quelle horreur s'empare de mes sens!... (Hors d'elle-même.) Raoul ! ils te tueront!... Reste ! reste ! ou je meurs 1

RAOUL, dans le plus grand trouble.

Ah!... que faire? et comment résister à ses pleurs?

(Le beffroi «.retentit, et l'on entend le bruit des armes. Raoul

pousse un cri d'effroi.) Non!... c'en est fait... l'honneur m'ordonne départir.

(Regardant Valentine à demi évanouie.)

Dieu!... veillez sur ses jours !... et moi je vais mourir, (il s'élance du haut du balcon qui esta droite et disparait. Valentine pousse un cri et tombe évanouie.)

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