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AVERTISSEMENT DES EDITEURS

Eugène Scribe, né à Paris, le 24 décembre 1791, et mort le 20 février 1861, a composé, seul ou en société, et fait représenter sur les divers théâtres de Paris, pendant une période de cinquante ans (de 1811 à 1861), plus de quatre cents pièces, dont trois cent cinquante au moins ont été imprimées isolément et dans différents recueils. Il a, en outre, publié, dans plusieurs journaux ou revues périodiques, des Proverbes, des Nouvelles, des Romans, etc.

Les principales éditions de ses Œuvres parues jusqu'en 1859 (il n'en a pas été publié depuis cette époque), bien que portant quelquefois le titre $ Œuvres complètes, n'étaient, en réalité, que des recueils d' 'Œuvres choisies ; elles ne comprenaient d'ailleurs ni les proverbes, nouvelles et romans publiés depuis 1846, ni les pièces de théâtre représentées depuis 1852*.

Toutes ces éditions sont actuellement épuisées.

* Voici la liste de ces diverses éditions :

1° 1827-1842. — Aimé André - Théâtre complet. — 24 vol. in-8° : 168 pièces, de 1812 à 1840.

S0 1840-1842. — Forne et Aimé André. — Œuvres complètes. — 5 vol. gr. in-8°, en 10 tomes, à 2 colonnes : 171 pièces, de 1812 à 1840.

3° 1845. — Firmin Didot. — Œuvres choisies. — 5 vol. in-12 : 54 pièces, de 1815 à 1840.

4 (8524854. — Lebigre-Duquesne. — Œuvres complètes. — 17 vol. gr. in-8°, à 2 colonnes : 209 pièces, de lSi^ à 1852; et Proverbes, Nouvelles et Romans, de 1829 à 1846.

'., 1854-1859. — Vialat et Maresoq. — Œuvres illustrées. — 12 vol. gr. in-8° à 2 colonnes : 208 pied-, de 1812 à 1852; et Proverbes, Nouvelles et Romans, de 1829 à 1846.

6 1855-1859. —Michel Lévy. — Théâtre. Historiette» et Proverbes, Nouvelles et Romans. — 25 vol, in-18: [23 piècesde 1817 à 1852;etProverbos, Nouvelles et Romans, de 182;) a 181 ».

Au moment d'entreprendre une nouvelle publication des œuvres d'Eugène Scribe, ses éditeurs ont hésité sur le parti qu'il convenait de prendre pour mieux honorer sa mémoire.

Devaient-ils se contenter de publier des Œuvres choisies, composées seulement de ses ouvrages dramatiques ou autres particulièrement consacrés par un long succès? Devaient-ils, au contraire, offrir au public des Œuvres complètes, c'est-àdire la collection de toutes les productions de sa plume féconde ?

C'est à ce dernier parti qu'ils ont cru devoir s'arrêter, car, ce qu'ils voulaient, c'était non seulement remettre en lumière des ouvrages si longtemps et si justement applaudis; c'était aussi, en réunissant l'œuvre entière de cet auteur, qui fut l'une des plus brillantes personnifications du théâtre contemporain, le montrer dans toute la puissance de son travail et sous tous les aspects de son talent; c'était enfin faire connaître les véritables causes de tant de succès, causes si bien expliquées du reste dans les discours qui ont été prononcés à l'Académie française, lors de la réception de son successeur.

« Il y avait chez Scribe, — a dit M. Vitet*, — une faculté « puissante et vraiment supérieure qui lui assurait et qui « m'explique cette suprématie sur le théâtre de son temps. « C'était un don d'invention dramatique que personne avant « lui peut-être n'avait ainsi possédé : le don de découvrir à « chaque pas, presque à propos de rien, des combinaisons o théâtrales d'un effet neuf et saisissant ; et de les découvrir, « non pas en germe seulement ou à peine ébauchées, mais en « relief, en action, et déjà sur la scène- Pendant le temps « qu'il faut à ses confrères pour préparer un plan, il en achève .< [dus de quatre ; et jamais il n'achète aux dépens de l'origi- « nalité cette fécondité prodigieuse. Ce n'est pas dans un « moule banal que ses fictions som jetées. S'il a ses secrets, « ses méthodes, jamais il ne s'en sert de la même façon. Pas « un de ses ouvrages qui n'ait au moins son grain de nou- « veauté.. Scribe avait le génie de l'invention dramatique. »

+ réponse de M. Vitet au discours prononcé par M. Octave Feuillet dans la séance du "20 mars 1863.

<. Un des arts les plus difficiles dans le domaine de l'invente tion littéraire, — disait auparavant M. Octave Feuillet* « — c'est celui de charmer l'imagination sans l'ébranler, de « toucher le cœur sans le troubler, d'amuser les hommes « sans les corrompre : ce fut l'art suprême de Scribe. »

Les éditeurs n'ont donc pas craint de publier les œuvres réellement complètes d'Eugène Scribe. En agissant ainsi, ils ont songé à procurer au lecteur des éléments plus nombreux d'observation et d'étude; ils ont voulu aussi répondre à cette, curiosité qui s'attache volontiers aux plus fugitives productions d'un auteur célèbre. Et, quelque jugement que l'on porte sur certaines de ces œuvres dépouillées du prestige de la représentation ou de l'attrait de l'actualité, ils pensent qu'elles intéresseront encore les amateurs de l'art dramatique.

Tous les ouvrages compris dans la présente édition ont été revus et collationnés avec soin sur les manuscrits originaux ou sur les éditions primitives, dans le but de rectifier quelques erreurs et de réparer certaines omissions qui s'étaient successivement glissées dans les éditions postérieures.

Cette publication sera divisée en six séries distinctes, comprenant chacune, par ordre chronologique, les divers ouvrages classés d'après leur genre, savoir : — Comédies et Drames. — Comédies- Vaudevilles . — Opéras et Ballets. — Opérascomiques. — Proverbes, Nouvelles et Romans. — Œuvres diverses et inédites. — Cette dernière série se composera notamment de pièces de théâtre inédites, représentées ou non, de lettres, de discours, de chansons et d'autres opuscules en prose ou en vers.

Eugène Scribe aimait à associer au souvenir des principaux rôles de ses pièces les artistes qui s'étaient distingués dans leur interprétation, et qu'il considérait comme lui ayant apporté une part essentielle de collaboration. C'est pour se conformer à ce sentiment que les éditeurs ont rappelé, dans cette nouvelle édition, en regard du nom des personnages, celui des acteurs qui avaient créé les rôles.

* Discours de réception de M. Octave Feuillet.

La première édition des Œuvres d'Eugène Scribe portait, en tête, une Dédicace à <?es collaborateurs. C'est également par cette dédicace que commence la présente édition. Elle exprime à la fois des sentiments si modestes de la part de son auteur et si flatteurs pour ceux qui les ont inspirés, que ce serait faire tort à l'un et aux autres que de ne pas la reproduire.

Enfin, on a fait suivre cette dédicace du Discours de réception à V Académie française, prononcé par Eugène Scribe dans la séance du 28 janvier 1835, seule préface qu'il ait voulu mettre en tête des précédentes éditions de ses œuvres.

Les éditeurs pensent que la publication de cette œuvre considérable permettra de mieux apprécier encore cet homme d'esprit, cet homme de bien, qui « crut servir assez son pays en l'honorant* », et dont on peut dire, à si juste titre, ce qu'il a dit lui-même de son confrère, ami et neveu J.-F. Bavard : « Il était du petit nombre de ceux qui, fiers du titre d'homme de lettres, n'en ont jamais voulu d'autre; étranger à tous les partis, il n'a spéculé sur aucune révolution, il tf a flatte aucuns pouvoirs, même ceux qu'il aimait! Il n'a sollicité ni honneurs, ni places, ni pensions ! il n'a rien demandé qu'à lui-même ! Il a dû à son talent et à son travail son bonheur et son. indépendance. » Il en fut de même, en effet, d'Eugène Scribe, qui dut aussi à son travail son bonheur et son indépendance) ce que traduisait fidèlement sa devise : Inde fortuna et libertas, — Inde liber etfelix.

* Discours de réception de M. Octave Feuillet.

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