SCÈNE VI
LES PRÉCÉDENTS, VALENTINE, couverte d'un voile. TOUS , la regardant.
0 surprise nouvelle !
Valentine effrayée à la vue de tant de monde, descend les marches de la chapelle et veut se perdre dans la foule. Saint-Bris l'arrête par la main.
S4INT-BRIS
C'est elle qui m'accuse et dont rœil a, dit-on,
Pour proléger Raoul, surpris ma trahison î
Je connaîtrai les traits de ce témoin fidèle.
Valentine veut lui échapper , il la retient , lui arrache son voile et
s'écrie avec effroi :
Ma fille!
TOUS
0 ciel !
RAOUL, regardant Valentine, Eh quoi ! pour me sauver la vie, Elle aurait de son père affronté le courroux, Et sans m'aimer !
MARGUERITE
Elle n'aimait que vous.
VALENTINE, voulttut empêcher la reine de parler. Madame !... au nom du ciel !
RAOUL, vivement.
Et cette perfidie Dont je fus le témoin, chez Nevers, sous mes yeux.'
MARGUERITE
Elle y venait pour rompre un hymen odieux.
Et j'ai pu l'outrager!
A Valentine.
Grâce pour un coupable.
Que l'amour égarait, que le remords accable! A Saint Bris.
Rendez-moi tous les biens que mon cœur repoussait ; Rendez-la-moi ! je l'aime et j'attends mon arrêt ! SAINT-BRIS , avec joie , retenant Valentine qui veut
-parler.
Tu l'aimais donc ?
RAOUL
Toujours? et de vous seul j'implore Sa main et mon pardon.
sA,iNT-Bî\?î^. de même.
Li lu laimes encore?
RAOUL
Sans elle tous mes jours sont voués au malheur.
SAINT-BRIS
J'aurai donc satisfait le seul vœu de mon cœur?
A mes genoux, ton amour la réclame!
Eh bien donc ! aujourd'hui (juge de mon bonheur !) Et depuis ce matin... d'un autre elle est la femme. Valentine s'éloigne et cache sa tète dans ses mains.
MARGUERITE
Qu'entends-je ?
VALENTINE, à part.
Je me meurs ! RAOUL, que la reine cherche en vain à calmer. 0 comble de douleurs !
On entend une marche joyeuse jouée par une musique lointaine. SAINT-BRIS.
Mais j'entends éclater des accents d'allégresse ;
De l'époux triomphant le cortège s'empresse,
Appareil digne enfin des Nevers, des Saint-Bris !
Au fond du théâtre paraît sur la rivière une grande chaloupe élégamment décorée et illuminée; elle porte des musiciens, des pages, des dames de la cour et tout le cortège de noces du comte de Nevers . qui débarque en ce moment.
RAOUL, à part.
Ah î comment contenir ma fureur?
DE NEVERS , dcscendu de la chaloupe et suivi du cortège de noces.
Noble dame,
Venez près d'un époux dont l'amour vous réclame.
SAINT BRIS
Comte, voici la nuit, emmène en ton logis Vaientine, ma fille, et ta nouvelle épouse, Elle esta toi!
MARGUERITE, bas à Raoul.
Calmez votre fureur jalouse,
Archives de la Ville de Bruxelles Archief van de Stad Br usseJ
Pour son honneur, Raoul.
De rage je frémis?
Des bohémiens et bohémiennes s'approchent du comte de Nevers et de la nouvelle mariée, et, suivant l'usage du temps, leur offrent des fleurs et des gâteaux. Le comte fait un signe à un de ses pages, qui distribue de l'or aux bohémiens. Ceux ci témoignent leur joie par des danses, puis sortent un instant, reviennent avec des flambeaux allumés et éclairent le coitége qu'ils escortent à droite et à gauche eu dansant. De Nevers prend la main de sa femme, et suivi de Saint-Bris, de ses pages et de tous ses amis, il remonte le théâtre et conduit Vulentine k la chaloupe qui les attend. Les musiciens font retentir les airs de joyeuses fanfares, tandis que sur le devant du théâtre se chante le finale suivant.
CHOEUR, des étudiants et soldats protestants j se menacant.
Plus de paix, plus de trêve;
Que la lutte s'achève j
Il faudra par le glaive
Décider notre sort !
Oui, c'est trop de clémence, ' C'est trop de patience ;
Je n'ai qu'une espérance :
La vengeance ou la mort!
CHOEUR, des amis de Nevers
pendant la danse. raoul.
Gaîlé, plaisir, ivresse ! 0 désespoir ! ô rage !
Que nos chants d'allégresse Un autre hymen l'engage Célèbrent leur bonheur. Au rival que je hais. Du noble mariage Et quand j'ai sa tendresse,
Qui tous deux engage, La haine vengeresse
Célébrons la splendeur. Me l'enlève à jamais !