‹ Les Huguenots, grand opéra en cinq actesChapitre 44 sur 49 · DUO · texte numérisé non relu

DUO

VALENTINE

OÙ vas-tu ?

RAOUL

Secourir mes frères!

Dévoiler à leurs yeux ces complots sanguinaires, Armer leurs bras vengeurs, et, le fer à la main, De nos vils ennemis prévenir le dessein !

VALENTINE

Mais ces ennemis!.., c'est mon père, C'est un époux qu'à présent je révère ; Et tu voudrais les immoler?

RAOUL

Je veux Punir des assassins !

VALENTINE

Armés au nom des cieux !

RAOUL

Et voilà donc le Dieu que ton culte consacre, Ce Dieu qui des Français ordonne le massacre !

Ah ! ne blasphème pas ! c'est lui dont la pitié Veut préserver tes jours, auxquels il s'intéresse. Ne sors pas I

RAOUL

Je le dois !

VALENTINE

C'est trahir ma tendresse.

RAOUL

Et rester... c'est trahir l'honneur et l'amitié! Le danger presse, le temps vole!

Laisse-moi, laisse-moi partir!

Ce sont mes frères qu'on immole,

• Archives de la Ville de Bruxelles Archief van de Stad Brussel

Laisse-moi , laisse-moi partir.

L'honneur le veut, je dois te fuir.

VALENTINE

Si tu me quittes Ton t'immole, Carde-loi, garde-toi de fuir, 0 mon seul bien, ma seule idole, Garde-toi, garde-toi de fuir.

Ah ! te perdre serait mourir !

VALENTiNE, le retenant près de la porte où il s'est élancé.

Non, par toi ce seuil redoutable Ne sera pas franchi ! je m'attache à tes pas l RAOUL, cherchant à se dégager.

En l'écoutant je suis coupable .'

YALENTINE.

En l'écoutant ne le suis-je donc pas?

Je le fais cependant, et dans mon trouble extrême Je ne vois plus que toi dont les jours sont proscrits;

Reste. Raoul, et situ me chéris, Si lu m'aimes encor...

RAOUL

Plus que jamais je t'aime I Je voudrais te donner et mon sang et moi-même! Mais immoler les miens, mes frères, mes amis !

VALENTINE

Mais, sorti de ces lieux, chaque pas dans la ville Peut l'offrir un danger! et pour l'en préserver, Reste ici celle nuit ! reste dans cet asile !

RAOUL

Je ne puis !

VALENTINE

El la mort?

RAOUL

Je saurai la braver !

VALENTINE

Eh bien ! donc , si ma voix vamement te supplie, Et si mon malheur seul peut préserver ta vie, Enfin... s'il faut me perdre afin de te sauver, Reste, Raoul; reste... je t'aime!...

0 bonheur suprême!

0 délire 1... ô transport l Quel mot du ciel s'est fait entendre .' Oui, cet instant change mon sort,

Vienne à présent la mort, Puisqu'à tes pieds. je puis l'attendre .'

VALENTINK.

Ah! qu'ai-je dit?... grâce et pitié!

RAOUL

Oui, tu Tas dit... oui, tu m'aimes.

C'est le jour qui renaîl, c'est l'air pur des deux mômes. Auprès de toi, que tout soit oublié!

Parle encore et prolonge De mon cœur le doux sommeil !

La pressant contre son cœur.

Et si mon bonheur est un songe.

Que jamais, ô mon Dieu ! n'arrive le réveil ! II tombe k ses genoux et l'entoure de ses bras. On entend dans le lointain le son d'une cloche.

RAOUL, se relevant.

Entends-tu ces sons funèbres?

VALENTiNE, effrayée.

Ils me glacent de terreur !

RAOUL

Du sein des noires ténèbres

S'élève un cri de fureur !

Portant la main à son front et comme sortant de son égarement. Où donc étais-je?

VALENTINE

Auprès de moi, dont les prières...

Ah ! souvenir fatal !

Du massacre de mes frères C'est l'horrible signal !

Plus d'amour !... plus d'ivresse!

0 remords qui m'oppresse !

Je les verrai sans cesse EgOfgés sous mes yeux!

Repoussant Valentine.

Je ne veux rien entendre !

Mes frères vont m'altendre, Et je cours les défendre Ou mourir avec eux'

VALE^iTINE.

Eh ! quoi, dans ton ivresse.

Repousser ma tendresse !

Le remords qui m'oppresse Est-il donc moins affieux?

Quoi ! l'amour le plus tendre Veut en vain se défendre!.»* Raoul, daigne m'entendre Ou. je meurs à tes yeux !

On entend de nouveau les cloches.

RAOUL

C'en est fait!... voici l'heure !

Le ciel veut que je meure :

^ Tu m'arrêtes en vain !

VALENTINE

Je ne te quitte pas !... frappe, voilà mon sein.

RAOUL, cherchant à s'arracher de ses bras. Dieu I soutiens mon courage!

S* approchant de la fenêtre à droite.

Tiens... vois sur ce rivage, Vois ces cadavres sanglants.

Ah! quelle horreur s'empare de mes sens...

Hors d'elle même.

Raoul ! ils te lûront I... reste, reste, ou je meurs !

RAOUL, dans le plus grand trouble.

Ah ! que faiie et comment résister à les pleurs ? Le beffroi retentit, et Ton entend le bruit des armes. Raoul poussant

un cri d'effroi.

Non, c'en est fait... ThonDenr m'ordonne <le partir!

Regardant Velentine à moitié évanouie.

Dieu, veillez sur ses jours !... et moi, je vais mourir? Il s'élance du haut du balcon qui est à droite et disparaît. Yaientine pousse un cri et s'évanouit.

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