La Politique Religieuse, p
Dieu pour principe, l'ordre social pour base, le progrès de l'âme (c'est-à-dire le salut) pour but. Dans ce triple élément. M. Maurras, en défiance contre le premier et le dernier, attribue à la base un primat exagéré. Son hym.ne à l'Eglise de l'ordre ne s'adresse qu'aux parties inférieures de l'Eglise. « En rappelant le membre à la notion du corps, la partie à l'idée et à l'observance du tout, les avis de l'Eglise éloignèrent l'individu de l'autel qu'un fol am.our-propre lui proposait tout bas de s'édifier à lui-même ; ils lui représentèrent combien d'êtres et d'hommes, existant près de lui, méritaient d'être considérés avec lui ■'■. » Précisément parce qu'elle est un ordre, l'Eglise classe, hiérarchise tout ce qu'elle contient, et, dans cette hiérarchie la place supérieure appartient a des valeurs mystiques, à une réalité individuelle, au diamant pur de l'âme rachetée : « J'ai versé telles gouttes de sang pour toi. » Le Docteur qui classerait la Politique Urée de l Ecriture Sainte au-dessus de Y Imitation ne serait pas loin de préférer, comme le fondateur du positivisme, Ignace de Loyola à Jésus-Christ. Marthe a nettoyé la maison pour la venue du Sauveur, elle a fait de la Tarasque un animal politique, elle a été la patronne de la Provence. Marie n'a passé sur la terre que pour mener avec le Christ son dialogue intérieur. 1 Eglise a canonisé les deux sœurs, mais à un rang certainement inégal, puisque la meilleure part appartient à Marie.
Enfin l'Eglise est incorporée à notre tradition nationale. M. Maurras considère l'Eglise catholique du même œil politique dont un Anglais bien né considère l'Eglise anglicane. Avec cette différence que l'Eglise d Angleterre est chère aux Anglais parce que nationale, tandis que l'Eglise catholique doit être chère aux Français parce qu'universelle et romaine. Comme elle interpose sa médiation entre Dieu et l'homme, elle figure aussi un médiateur entre l'humanisme méditerranéen et les puissances autochtones du sol français.
Com.me Dieu est pour un hégélien la catégorie de l'idéal, l'Eglise figure, pour M. Maurras, la catégorie de la tradition. Et, puisqu'une nation se construit de tradition, la France, en épousant le catholicisme, double ses forces, ses ressources de tradition. La continuité de l'Eglise fait partie de notre continuité nationale, lui communique, par une vibration sympathique, sa valeur spirituelle.
Dès lors il serait injuste, selon M. Maurras, d'offrir simplement chez nous au catholicisme une liberté et une tolérance qu'il par-