U Avenir de i Intelligence, p
LA SCIENCE DE LA BONNE FORTUNE
Instructives ». M. Maurras, qui incarne sans doute l'un de ces anciens Grecs, se complaît à ces réflexions. Il a rencontré sous une forme mortelle la déesse de la bonne fortune. Il a saisi la destmée dans sa courbe vivante, comme Apollon Daphné au moment où la nymphe s'enracme et se mue en arbre. Et il conclut :
« Il est permis de préférer à l'amusant détail de cette intrigue de château et de salon la poétique aventure de Jeanne d'Arc. Ainsi notre XV^ siècle apparaît-il comme supérieur au XIX^. Mais, à peu près comme chevauchées de la Pucelle, les allées et venues de M'"^ de Coigny laissent voir le jeu naturel de l'histoire du monde. Il ne s'agit pas d'être en nombre, mais de choisir un poste d'où attendre les occasions de créer le nombre et le fait... Un moment vient toujours où le problème du succès est une question de lumières et se réduit à rechercher ce que nos Anciens appelaient junctura rerum, le point où fléchit l'ossature, qui partout ailleurs est rigide, la place où le ressort de l'action va jouer ^. »
Ce sont les dernières lignes de V Avenir de l Intelligence, et les derniers mots marquent le tournant qui au cours d'une vie humaine, au milieu de son chemin, engage l'homme dans l'action délimitée et stricte dont l'épure, comme le cylindre d'Archimède, s'inscrira seule sur son tombeau. Point, et place, et ligne étroite comme le sillon dans un champ ou le sillage sous la proue, m.ais toute l'histoire humaine est faite de ces courbes, les unes géométriques, les autres inorganiques et d'autres vivantes, parmi lesquelles quelques privilégiées dessinent ou circonscrivent la figure d'une destinée immortelle. C'est en suivant ces pistes et en approfondissant ces traces que la science de la bonne fortune, V z'j-z'j'/iy. dont Socrate a déjà formulé le concept, s'est ramassée, est devenue vivante et plastique en trois théories sociale, française et royale.
LA SOCIÉTÉ
La haine tenace par laquelle M. Maurras poursuit le nom et la réalité de l'individualisme ne s'expliquerait guère sans une sorte de rancune personnelle, — et très personnelle, très individualiste. L'individualisme semble bien sa mauvaise conscience, celle contre laquelle il se défend et dont il se débarrasse par une tension et par une crise. Son antipathie naturelle contre le romantisme, ses luttes politiques pendant l'affaire Dreyfus lui ont montré la nécessité d'un Contrun, lui ont fait mieux sentir ce que M. Barrés a reconnu de plus en plus après les Déracinés, le primat du social, ou, au sens complet, du politique. Tout son combat est mené contre cette insurrection de l'individu que dénonçait Auguste Comte. « L'Etat français d'avant 1 789 était monarchique, hiérarchique, syndicaliste et communautaire ; tout individu y vivait soutenu et discipliné. Chateaubriand fut des premiers après Jean- Jacques qui firent admettre et aimer un personnage isolé et comme perclus dans l'orgueil et l'ennui de sa liberté •"■. » Un homme de lettres, une sensibilité ardente et brillante impliquent toujours, à l'heure actuelle, un Chateaubriand en puissance que M. Maurras se soucie de ne pas laisser en lui-même passer à l'acte. Il suscitera donc pour le refouler toutes les représentations et toutes les idées antagonistes. Tout ce que perdra l'individu la chose sociale le gagnera, le réalisme social l'incorporera en des êtres. M. Maurras, qui s'en tient au point de vue de l'empirisme organisateur, n'a point formulé de thèses sociologiques, ne s'est pas mêlé au débat sur la nature du fait social et de l'être social. Mais, de son point de vue limité, il a apporté sur le problème de l'association politique, sur la vie du ?tôov ttoXit'.xov des lumières précises et précieuses.
M. Maurras professe une grande admiration pour l'œuvre de Fustel