‹ Les idées de Charles MaurrasChapitre 164 sur 181 · I. L'Avenir de l Intelligence, p · texte numérisé non relu

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L'ANTI-FRANCE

L'ANTI-FRANCE

L'ennemi c'est l'Allemagne, et M. Maurras est de ceux qui n'ont pas attendu 1914 pour lui ménager leur persévérante antipathie : tout le monde a présente à l'esprit la campagne clairvoyante d'avantguerre menée près de lui, dans V Action Française, par M. Léon Daudet. M. Maurras s'est réservé le spirituel de la défense anti-aîlemandc, et les articles sur le Service de FAllemagney écrits en 1893 et recueillis dans Quand les Français ne s'aimaient pas, le montrent dès cette époque en communauté de pensée avec M. Maurice Barrés, pourvu de ce que M. Louis Bertrand appelle le sens de l'ennemi, arm.é de toutes ses méfiances et de toutes ses haines contre le germanisme. En opposition à sa théorie de la France, il a donné en des pages éparses une théorie de l'Anti-France, écrit son chapitre des Inimitiés Françaises.

M. Maurras a dit un jour, je ne sais plus où, que lorsqu'il était enfant le plus bel exploit militaire lui paraissait être de s'emparer des canons de l'ennemi et de les retourner contre lui. C'est un peu la manière qu'il emploie dans son offensive intellectuelle contre l ennemi héréditaire. Vers 1895 on traduisit en français les Discours à la nation allemande, de Fichte, et ce fut une des lectures qui frappèrent le plus M. Maurras. Il se proposait déjà et il se proposa davantage encore par la suite, l'affaire Dreyfus aidant, de consacrer sa vie à adresser des Discours analogues à la nation française. Evidemment la France de 1895 n'était pas dans la position de l'Allemagne de 1806, mais M. Maurras la voyait sur la pente qui devait l'y conduire. Il la voyait conquise et minée par des infiltrations, avant d'être recouverte et ruinée par le torrent. Il pensait discerner les causes du mal et ses remèdes. Il se proposait de déterminer, comme le philosophe de l'Université de Berlin, une réforme intellectuelle, condition de la réforme nationale.

« Ce n'est point notre genre humain, mais son Allemagne que Fichte a renouvelée. Regardons comme il s'y est pris. Il a suivi l'ins-

tinct, cet instinct des peuples vivaces, vaincus sans qu*on les ait domptés. Il s'est décerné à lui-même et aux siens d'énormes éloges. Il a violemm.ent injurié le vainqueur. Une apologie enflammée de sa race, une critique amère du Français, c'est tout l'mtéressant de ces oraisons ampoulées. Mais la critique est belle de furie et de cécité volontaire. Quel mépris des langues latines ! Quelle horreur de 1 esprit latin ! Quelle force à marquer l'esprit des deux races ! L'une est la mort, l'autre la vie ^. »

Ainsi M. Maurras s'est proposé de renouveler non le genre humain, mais la France, en la ramenant à ses racines traditionnelles. Il a fait appel à l'instinct en l'éclairant par la raison. Il a construit une apologétique de l'esprit classique, de la France monarchique. Il a violemment injurié l'ennemi extérieur et l'ennemi intérieur, dont il a placé les deux têtes sous le même bonnet rouge. Sa critique compte entre ses beautés un masque furieux, et sa lumière ne se concentre qu'au prix de certaines cécités volontaires. Quel mépris du germanisme ! Quelle horreur de l'esprit allemand ! Quelle force à marquer l'esprit des deux races ! L'une est le mal, l'autre le bien !

La théorie du germanisme esquissée par M. Maurras est simple, et l'on trouvait certainement plus de subtilité dans les écrits des légistes que Richelieu faisait travailler contre l'Empire et l'Empereur. « Depuis le début de la guerre, nous ne cessons de dire que nous avons affaire au Germain éternel, tel que l'a vu César, tel qu'il apparaît tout le long du moyen âge, sous Charles-Quint et pendant la guerre de Trente ans ^. » Ainsi M. Victor Bérard écrivait au lendemain de la déclaration de guerre son Allemagne éternelle. Il paraissait appartenir aux publicistes et aux historiens de brosser des tableaux sommaires dans le genre du Rêve de Détaille, et de mobiliser, sous les drapeaux de quelques idées générales, derrière l'ennemi en armes tout son passé, sa tradition, sa légende.

L'Allemand, selon M. Maurras, appartient à une espèce inférieure. C'est « un simple candidat à la qualité de Français ». et M. Maurras n'hésite pas à le faire asseoir devant son bureau. Ce mauvais candidat voudrait en remontrer à l'examinateur, et la vérité, selon M. Maurras, est qu'il a mal profité de certaines leçons et bien de certaines autres, qu'il mérite une mauvaise note de moralité, mais une bonne note de

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